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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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5 mars 2026

LA FORME ET L'INFORME : ANTIPHON

"Si on enfouit un lit et que la putréfaction ait la force de faire pousser un rejeton, il ne se produira non un lit mais du bois, ce qui montre que la façon conventionnelle et artificielle (donnée à la chose) n'existe (en elle) que comme un accident, tandis que l'essence est ce qui présente une durée continue et reçoit tout cela". Antiphon, cité par Aristote en Physique II,1,193a9).

C'est encore notre vers de Ronsard : "La matière demeure et la forme se perd".

Ce texte, en langage aristotélicien, oppose l'essence à l'accident. Le lit est un accident du bois, une forme seconde, conventionnelle et artificielle, laquelle ne résisterait pas à un long séjour dans l'eau : la forme se perd dans l'élément étranger et hostile. L'essence (le bois), qui reçoit à l'aventure une forme par le travail de l'artisan, résiste en quelque sorte à toutes les transformations, présentant "une durée continue", immuable dans sa nature. De même pour les métaux, ou pour l'eau, la terre et les autres éléments.

Mais je ne sais si Antiphon raisonne en ces termes là, qui sont ceux d'Aristote. Il dirait plutôt, me semble-t-il : le lit est un "rythmos" - une forme seconde et artificielle, le bois est une image de l'arythmiston, du non-rythmé, du non-formé, de l'in-forme. La forme, le rythmos, est périssable, l'arythmiston est éternel. On dira peut-être : mais le bois lui-même est périssable, il n'est donc pas une image satisfaisante du l'arythmiston. En effet. Le bois ne vaut ici que pour soutenir une opposition visuelle, aisée à comprendre, et en réfléchissant plus avant on verra qu'il n'existe aucune figuration possible de l'arythmiston, toute chose apparente se présentant comme une forme, échouant par là à représenter la non-forme.

Aussi loin que puisse aller notre regard, aussi profondément que puisse sonder notre intellect, nous ne rencontrons jamais l'informe pur - hormis peut-être dans ces spéculations astrophysiques sur "la soupe primitive" ou le vide quantique. Et encore...

Il n'empêche : le propos d'Antiphon n'est pas de fonder une physique scientifique mais de mettre en évidence l'opposition entre la nature, conçue comme puissance générative universelle, et l'artifice (le langage qui découpe, chosifie, classifie) dans lequel se déroule l'existence humaine. S'il existe une vérité ce n'est sûrement pas dans nos constructions conventionnelles qu'elle réside. Comment ne pas évoquer le mot de Démocrite : "la vérité est dans l'abîme" ?

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La surface mondaine , le moi, ne serait en réalité qu' un masque mais c'est se risquer à penser l'inacceptable, l'abyssal.
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