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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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13 mai 2020

CHASSEZ LE NATUREL...Du pluralisme

 

"Nature" c'est le natif, conformément à l'étymologie : nasci, naître, naissance, nature. Le grec classique procède de même : phuein, phusis. D'où l'idée nécessaire que le naturel c'est ce qui procède de la naissance, développement spontané des capacités natives. C'est chez Homère le caractère propre du héros qui est spontanément et totalement ce qu'il est, force d'affirmation de soi, sans ambages, sans culpabilité, alors même qu'il ruse, qu'il trompe, comme fait Ulysse l'industrieux. C'est de ce même mouvement qu'Homère qualifie ces hommes de divins - le divin étant l'expression naturelle de la nature, ou du daïmon particulier de chacun. "Le caractère de l'homme c'est son daïmon" (Héraclite). De la sorte on obtient une quasi équivalence des termes : nature, divin, daïmon. Il s'agit toujours d'une qualification individuelle. Dans Homère il ne se trouve que des singularités. Achille est divin, mais de manière tout à fait différente de Patrocle ou d'Ulysse, qui sont divins à leur manière. On peut toujours comparer si l'on veut, dire qu'Achille est plus rapide qu'Ajax, mais ces comparaisons ne rendent pas compte de la singularité des uns et des autres, qui est absolument originale.

Nous touchons là à une limite du langage : dire la singularité est impossible puisque les mots n'expriment que les généralités, les catégories, les notions communes ou les concepts. Le poète contourne la difficulté en faisant vibrer une image, une harmonique inouïe. Homère dit : "Achille aux pieds légers". Et voilà que nous voyons le héros voler comme une flèche au-devant de l'adversaire, et l'assaillir ! Seul Achille est cette force véloce, cette intrépidité, nature propre d'Achille.

Ce qui étonnera indéfiniment Montaigne, c'est l'infinie diversité des caractères, des "natures", des complexions que l'on peut observer chez les hommes, mais aussi la diversité infinie des cultures, des moeurs et coutumes, des institutions, dans l'espace et le temps. Rien de stable, de régulier. Même les lois, les interdits et les obligations offrent une disparité troublante. Ici on vénère les vieillards, là-bas on les laisse mourir de faim. Ici on condamne l'inceste, là-bas on le recommande. Et le reste à l'avenant. Que faut-il en penser ? La réponse qui vient spontanément c'est : il n'y a pas de nature humaine, pas de règle universelle, pas de loi qui ne soit, en d'autres lieux, en d'autres temps, renversée. Et s'il n'y a pas de structure stable et permanente tout est possible, comme le montre l'histoire, toutes les combinaisons imaginables peuvent se réaliser selon l'inventivité, le hasard, les circonstances locales, ou le caprice.

Nous voici confrontés à un paradoxe : s'il n'y a pas de nature universelle (sauf à dire que le propre de l'homme, sa nature, est de n'en pas avoir) il n'y a par contre que des natures particulières. Ce qui est déterminant, en dernière analyse, c'est la nature individuelle, le daïmon individuel. Des natures, en somme. La diversité des hommes réels, "ondoyants et divers" - que rien ne peut sommer, analyser ou réduire, élément réfractaire à toute tentative de globalisation. Un psychanalyste ajoutera peut-être : inéducable, ou plutôt : éducable en surface et inéducable quant au fond, idée qui ne choquerait guère un Montaigne si sensible à l'irréductible singularité.

"Chassez le naturel, il revient au galop" - mieux vaut en prendre acte plutôt que de rêver, de prétendre domestiquer et enrégimenter les hommes. 

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Je comprends mieux aujourd'hui pourquoi j'ai toujours été un mauvais élève à l'école. Mon système immunitaire me défendait contre le virus de la domestification...
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