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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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19 mai 2025

Le TOUT selon EPICURE (2) - et de la sensation

 

Epicure vient de poser la base de la physique : "le tout est". Il poursuit : "Car, que les corps soient, la sensation l'atteste sur toutes choses à elle seule, et c'est sur elle qu'il est nécessaire que s'appuie le raisonnement pour témoigner sur l'inconnu (adèlon), ainsi que je l'ai dit plus haut".

Ce passage brutal de l'universel (le tout) à la particularité de la sensation - qui ne saurait, en un instant donné, ne recevoir qu'un nombre limité d'impressions - ce passage est surprenant, et paraîtra même inconséquent : "En quoi, dira le lecteur pressé, la sensation, toujours locale et particulière, pourrait-elle prouver la proposition de base : "le tout est" ? Tout au plus peut-elle établir, par expérience, que "quelque chose" est, un quelque chose, d'ailleurs, mouvant, instable et incertain. Mais il est exclu d'avoir une sensation du tout en tant que tout".

On peut répondre à cette objection : la sensation, dans la diversité même de ses objets, nous met en relation à un seul et même réel, continu et homogène, ou si l'on veut à la même nature, une et homogène. Ou encore, aux mêmes composés atomiques, dont la forme peut bien varier à l'infini, mais qui sont toujours et partout des composés formés des mêmes éléments. Dans la nature tout est nature, et n'est que nature. Nulle part, nulle sensation ne donne autre chose que des expériences de combinaisons naturelles. Peut être existe-t-il d'innombrables univers dans l'espace infini, dont nous ne connaissons pas les structures particulières, mais on peut inférer de notre expérience de la matière proche, que, s'ils sont différents par la forme ou la combinaison, ils n'en sont pas moins nature. 

La nature fait naître, multiplie, diversifie, invente et répète. Il n'est rien en dehors d'elle, voilà le point décisif. Ce qui fait qu'en aucun lieu, aucun moment, on ne rencontre chose qui ne soit naturelle.

La cosmologie épicurienne pense le tout en termes d'éparpillement : éparpillement des astes, éparpillement des mondes dans l'infini. Rien ne fait clôture, ou système. Impossible de refermer l'espace, de contenir la dispersion cosmique. Il en résulte notamment que le tout - à supposer que l'on puisse faire le tour du tout, ce qui justement est impossible - n'apporte rien à la connaissance du particulier, ne le modifie nullement, ne l'enrichit que de savoirs inutiles. Connaître le particulier c'est connaître le tout, si le tout n'est que l'extensivité infinie du particulier : une étoile, une autre étoile, toujours les mêmes atomes, à peu près, extension indéfinie qui n'apprend rien. L'épicurien, sur ce point se distingue de l'astrophysicien : à quoi bon tous ces amas de savoirs, qui n'ont aucun effet sur la condition humaine, et n'enseignent rien sur la quête du bonheur ? "Eadem sunt omnia semper" : les mêmes sont toujours les choses, et vivrais tu mille ou dix mille ans, tu serais toujours ce que tu es dans la nature telle qu'elle est. C'est, on le voit, la face tragique de l'épicurisme. 

L'audace propre d'Epicure, que l'on voit dans le court passage cité au début de cet article, c'est de donner à la sensation le rôle premier (mais non exclusif) dans la connaissance. Sentir c'est toucher, c'est expérimenter la présence incontestable et fulgurante du réel. C'est ce moment décisif, et mille fois reconduit, où se manifeste (phainesthai, apparaître, surgir) la jonction du sentant et du senti, générant l'impression sensible (phantasia, impression imaginative), éprouvée comme image mentale (phantasma). Il faut revenir sans cesse à cette expérience, gouster et taster, car ici nous sommes au plus proche de ce qui est. L'esprit, hélas, trop souvent s'en va batifoler vers les chimères, produisant ces pseudo-images (les phantasmoi, que l'on distinguera soigneusement des phantasmata) auxquelles la passion s'attache, et les désirs non naturels non nécessaires. Non, revenons plutôt au sensible, à la chair des choses : nous assurant, dans la sensation, de cette réalité particulière, pomme du jardin, fleur d'été, délicate carnation d'une épaule, nous connaissons une partie du tout, qui vaut le tout.

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Commentaires
J
" On peut répondre à cette objection : la sensation, dans la diversité même de ses objets, nous met en relation à un seul et même réel, continu et homogène, ou si l'on veut à la même nature, une et homogène "<br /> <br /> Oui, ce qu'il y a de "beau" à mon avis, dans un enfant, c'est l'enfance, ce qu'il y a de beau dans une personne âgée, c'est la vieillesse qu'elle porte, assume, ce qu'il y a de beau dans une femme, c'est la féminité etc<br /> <br /> Mais on peut continuer : ce qu'il y a de beau dans l'enfance, c'est le miracle de l'éclosion, dans la vieillesse, c'est le phénomène biologique qui veut que tout passe et meurt. Autrement dit, cela renvoie à un ordre, une beauté universelle même dans son caractère implacable. <br /> <br /> Et le sublime, pour moi, c'est quand cet ordre, cette beauté du tout se concrétise, se manifeste dans du singulier.(le génie dans l'art) Alors là ! !
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X
Et si la particularité de la sensation, pour reprendre cet exemple, n'était pas tout simplement le tout ? dans le sens ou au moment ou la sensation apparait il n'y a rien d'autre que cela car, encore une fois, ou est donc cet " univers " si grand dont les physiciens nous parlent et que personne n'a vu dans sa totalité si ce n'est qu'à travers de savants calculs ? <br /> <br /> Il nous faudrait pour comprendre cela revenir sans cesse à l'expérience subjective qui elle seule serait vrai et arriver à un point ou l'imaginaire et le symbolique sont détruits pour ne garder que le réel, réel qui nous ferait découvrir alors qu'il n'existe que ce qui apparait au moment ou cela apparait. <br /> <br /> N'est ce pas une chimère par exemple d'imaginer que le soleil est une boule énorme de feu alors que notre perception et expérience directe nous montre qu'il s'agit en fait d'un cercle plat de quelques centimètres dans notre champs de vision ? pourquoi l'homme préfère t - il croire les livres et les analyses de nos savants au lieu de sa propre expérience ?
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