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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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8 décembre 2017

ETRE ou ne pas ETRE : de la culpabilité

 

Ni gémir, ni se moquer, mais tenter de comprendre. C'était la recommandation de Spinoza. J'ajouterai qu'il y a sans doute maintes choses ou affaires qui ne méritent pas même la considération, et qu'il faut éliminer, si l'on peut. Il y va de la santé psychique et de la santé tout court. Trop de choses déplaisantes exercent une action toxique, parfois directement, parfois à distance. D'autres sont d'une telle complexité qu'on n'en peut venir à bout. D'autres encore échappent totalement à notre pouvoir, alors même qu'elles nous font soufrir. La question, question d'hygiène, devient : que puis-je supporter sans me détruire ? De quoi dois-je me préserver si je puis ? Et surtout, que dois-je rechercher comme un bien, ou du moins, sans forcément le rechercher, l'accueillir et le recueillir dès lors qu'il se présente ?

Spinoza dirait sans doute : accueillir et développer ce qui augmente ma puissance de penser et d'agir, ce qui est digne d'amour et qui augmente ma joie. Fuir ce qui me décourage, m'abat, me contriste et me désespère, réduisant d'autant ma puissance.

Epicure dirait sans doute : cultiver le plaisir - non la démesure, la passion et l'obsession de l'illimité. Cultiver la nature propre, au lieu de se ranger aux normes communes, aux valeurs frelatées, à la frénésie marchande ou politique. 

Chaque matin apporte son lot de mauvaises nouvelles - car les médias vendent plus difficilement les bonnes. Mais il faut se demander aussi pourquoi le public adore les mauvaises nouvelles, s'y complait et en redemande. Le malheur fait vendre, il satisfait quelqu'obscure disposition masochiste, offrant sans cesse de nouvelles victimes expiatoires au sentiment collectif de culpabilité. C'est une vieille histoire : autrefois on immolait le "pharmakos", victime innocente sacrifiée à la rapacité des dieux, plus tard des boucs et des taureaux (voire Homère dans l'Iliade) jusqu'à ce que des penseurs éclairés, tels Empédocle ou Bouddha, interdissent les holocaustes, et suggérassent d'offrir aux dieux du miel et des bouquets de fleurs, encore qu'il eût valu bien mieux s'abstenir de toute offrande, et chercher plutôt à guérir la souffrance par la sagesse et la compassion pour les vivants. Recourir aux sacrifices est une facilité plutôt écoeurante : on déplace la faute sur la victime au lieu de chercher en soi-même par où on pèche.

La culpabilité est une tricherie : on se vautre dans l'angoisse, on déniche un coupable, on maintient le système de la faute en renouvelant à l'infini les facilités de l'expiation, généralement déplacée sur un tiers arbitrairement désigné, le "pharmakos" - tels ces lynchages de Noirs en période de disette. Il est évidemment plus difficile d'interroger un système économique qui jette des mlllions de personnes dans la misère, tout en multipliant exponentiellement les avantages des possédants.

Mais alors, la culpabilité éprouvée par le sujet lui-même, si pénible, si déprimante, est-elle aussi une tricherie ? Je crains bien que oui. Je me roule dans l'angoisse de la faute, je me déprime, je me condamne, je veux expier, et dès lors je paie par l'angoisse et le remords, croyant qu'un jour, ayant longtemps payé de ma personne, je finirai par être soulagé et racheté. Marché de dupe, car plus je paie, plus je me convaincs que je suis coupable, et plus je paie. Et ainsi la vie, toute la vie, s'en va en charpie, se décompose et agonise. Comment ne pas voir dans ce processus un évitement payé au prix fort ? Un mécanisme de répétition ? Un renforcement névrotique ? Car au total il ne s'agit que d'une chose : éviter l'examen de la cause, la vraie, et y substituer des causes imaginaires, telles qu'en ont inventées et propagées le système religieuux.

En dernière instance la faute est de faiilir à l'égard de soi-même, d'avoir cédé sur son désir originaire, d'avoir sacrifié sa propre nature à l'Autre, quelles que soient par aileurs les formes sous lesquelles cet Autre s'est présenté à nous et nous a enseveli. Où l'on retrouve Spinoza et Epicure : la mission la plus haute de l'humain, à son niveau et avec ses moyens propres, est d'affirmer sa propre vie dans le concert universel de la vie. Il n'est pas d'autre paradis, que d'être. Et pas d'autre enfer, que de ne pas être. "Etre ou ne pas être, telle est la question".

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Commentaires
C
Merci pour la nouvelle couleur !
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D
Je me permettrais juste d'ajouter, concernant Spinoza, qu'il s'agit bien de rétablir la véritable causalité par un effort de pensée contre la production imaginaire qui n'est qu'un effet c'est-à-dire la conséquence mal adaptée à une situation de peur ou d'angoisse, effet que nous prenons spontanément pour la cause réelle.<br /> <br /> Que de temps perdu dans le labyrinthe de la fausse monnaie et des impasses subjectives avant de découvrir que tout se joue effectivement dans ce qui est et non dans ce qu'on imagine ou qu'on espère. Misère de la croyance et de la crainte...<br /> <br /> Il n'est pas impossible que lorsque la pensée parvient à rétablir quelque peu la véritable causalité, les choses soient déjà perdues au point de constater que nous ne coïncidons jamais avec notre état intérieur. Présence toujours manquée dès lors que la pensée intervient telle ces particules quantiques toujours dérobées au regard de l'observateur.
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A
merci innfiniment pour ce texte que j'approuve totalement <br /> <br /> Anne
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C
Bonjour Monsieur,<br /> <br /> Par-delà le Noir et le Blanc. POUR UNE HYGIÈNE DES YEUX<br /> <br /> Laissez-moi vous dire que la lecture de vos textes s'apparente parfois à une thérapie, surtout quand il s'agit d'auteurs comme Lucrèce, Épicure ou Spinoza. Cela nous TRANSCENDE et nous change des ÂNERIES ET DES LIEUX COMMUNS que l'on peut CROISER ça et là. Néanmoins, j'aurais une observation à vous faire si vous le voulez bien; celle-ci est d'ordre formel. Le noir profond qui sert de fond de page (Je n'ose dire: trame de fond tant l'expression est connotative) est hautement préjudiciable pour les yeux notamment par le contraste que ce dernier occasionne avec le blanc de la graphie. A peine ai-je parcouru deux ou trois paragraphes qu'une brume opaque (Pardon pour le pléonasme, mais c'est à dessein que j'en use) s'instaure entre moi et l'interface. Ce n'est pas Freudien, je vous l'assure. Je me vois, à mon corps défendant, contraint d'arrêter la lecture. C'est vraiment dommageable et frustrant ! Sans interférer le moins du monde dans ce qui relève de la gestion souveraine de votre domaine réservé, n'est-il pas possible que vous changiez ce fond "NOIR" afin que le "Jardin Philosophe" soit davantage fleuri, éclairé, moins monochrome et encore accessible aux pauvres yeux déclinants des sexagénaires que nous sommes sans être obligés d'abandonner en rase campagne une si belle lecture interpellative et odoriférante ????
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