Le CHANT des ORIGINES : Chant troisième (2)
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Certains meurent trop tôt
D’autres meurent trop tard.
Terrible est le lot de ces jeunes trop tôt
Emportés par la mort. Ils n’ont connu
Que l’affliction du corps, l’angoisse et le désespoir,
A moins qu’un ange bienveillant les ait tôt libérés
Des souffrances communes. Mais pire encore
Le lot du vieillard qui se survit à lui-même
Claquemuré dans l’agonie interminable
Entre lit de douleur et chaise de douleur
Dans le triste hôpital, sous les fenêtres grises
Suppliant qu’on achève une vie sans plaisir
Qu’on en finisse de ce corps, de cette âme souffrante
Bourrelée, torturée, épuisée de chagrin
Lasse de tout, lasse de soi, et que nul
N’a le courage de soulager. Et lui-même
S’imaginant une improbable guérison
Repoussait chaque jour de mettre fin lui-même
A l’horreur de sa vie. Et maintenant il n’a plus la force
Ni l’occasion. Il gît
Dépendant d’un bon vouloir qui ne viendra jamais.
Ah puissions-nous, sentant les forces nous quitter
Nous-mêmes, par nous-mêmes, quitter à temps
L’enfer.
Mais ils ne l’osent pas, ils croient
Que l’âme, dans l’Hadès expiera ses péchés,
Que l’enfer c’est là-bas, et perclus d’angoisse
Ils retardent tant qu’ils peuvent le mourir.
D’autres craignent le jugement des hommes
Ils ont souci de ce qu’un vain peuple pense
Ou le conjoint, ou les enfants. Ils espèrent laisser
La belle image qu’ils ont d’eux-mêmes, hélas,
De longtemps gangrenée.
Hélas, ne vivons-nous que dans l’esprit des autres ?
N’avons-nous par nous-mêmes ni vie, ni souffle ni courage ?
Ne sommes- nous que l’ombre d’une ombre
Inconsistante, molle,
Labile et volatile comme un nuage ?
Si de naître ne dépend nullement de nous
Que le vivre du moins,
Et le mourir encore, soient notre œuvre
Unique, précieuse, irremplaçable et belle !