COLOMB 1492 : poème
Assis à la terrasse d'un café
Ma pipe aux aromates tropicales
Et devant moi
La mer, la mer, immensément, la mer !
Aventureux et magnifiques
Ils ont quitté l'abri du port,
Toutes les certitudes, ils ont osé
Lever le grand défi. Hélas, touchant terre,
1492, année fatale,
Ils abordèrent aux Amériques, et c'est là
Qu'ils sombrèrent, c'est là
Qu'ils trahirent leur âme, c'est là
Que remonta depuis les entrailles
Jusqu'aux lèvres, leur noyant le coeur,
Toute la lie du monde, et l'envie
Et la folie de l'or. Ainsi c'est dans le sang
Les larmes et la haine qu'ils reçurent
Les mains ouvertes de ceux qui les accueillirent.
Puis vinrent par miliers les charognards
Toutes les gangrènes de la vieille Europe
Les batteurs, bretteurs, bateleurs, écorcheurs, massacreurs
Alguazils, spadassins, aigrefins,
Marchands d'esclaves,
Tout ce qui rampe, tout ce qui vole, tout ce qui tue.
Tous ils se sont donné rendez-vous sur la terre vierge
Pour spolier l'indigène. Ainsi fut manquée
La plus belle Renconte qui devait régénérer le monde.
Ils avaient cru trouver le paradis
Ils ne trouvèrent rien que la misère ordinaire.
Et la nouvelle terre devint l'ancienne Europe.
Ma pipe a un goût de cendre dans la bouche
Non, je ne fête pas la découverte du Nouveau Monde
Il n'existe pas de nouveau monde
Pas plus qu'il n'existe un paradis
Une fin de l'Histoire, une apogée,
Un retour des dieux sur la terre.
Le temps ne se referme pas en boucle,
Il fuit, il fuit, jamais il ne s'arrête
Ce qu'il fait naître il le jette
Il ne cumule rien, n'ajoute rien à rien
Il court et voilà tout.
Si tu vas sur la mer
Que ce soit en toute innocence
Non pour voler ou rapiner,
Mais que l'aller te soit, au fil de ton sillage
Satisfaisante volupté.