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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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23 mai 2016

De la PUISSANCE PHALLIQUE

 

Que devient l'homme, au masculin, quand, l'âge venant et ses petites misères, il perd l'usage de sa puissance phallique ? Certains n'y survivent pas, préférant l'annihilation à cette intime déconvenue. C'est une décision fâcheuse, qui exprime quelque chose d'un ratage fondamental : la puissance ne se confond pas, ne se résume pas à l'érection. Après tout, chacun fut enfant, hors sexe, avant que d'accéder à la génitalité, laquelle ne représente qu'une période de la vie, un aspect particulier, dont il est possible de faire le deuil, même si, très évidemment, ce n'est pas facile. Les hommes ont cette tendance un peu ridicule, fort naturelle au demeurant, de s'identifier au sexe biologique : " en avoir ou pas" - voilà leur rengaine, qui commande les comportements de démonstration et de vulgarité que l'on sait, et qui souvent exaspèrent les dames. Et cette perpétuelle terreur d'en manquer, de ne pas faire le poids, de passer pour une "fille", si bien que l'exhibition directe ou imaginaire est un trait constant de la névrose masculine. L'homme se définit par différence : il est celui qui ne manque pas, alors que les femmes....Mais si cette précieuse différence se révèle fautive, s'il n'est plus rien pour marquer la prégnance phallique - est-ce l'impuissance tant redoutée, conjurée et jugulée de tant de manières, est-ce une sorte de castration catastrophique, une éviration ? Une chute dans le féminin, une perte d'identité ?

Ce qui est interrogé ici c'est l'identification au phallus. Avec toutes les confusions possibles, car enfin on ne parle ici que du pénis, lequel n'est pas perdu, mais dont l'usage, pour la pénétration, se révèle impossible. La puissance ne se réduit pas à l'affirmation sexuelle, elle peut se déplacer de mille manières, investir d'autres champs, s'exprimer autrement. Déplacement, sublimation, spiritualisation.

Il est vrai que cette opération suppose une nouvelle économie du désir et du plaisir. A celui qui investissait toute son énergie dans la sexualité, qui en tirait les plus vives jouissances, cette situation nouvelle paraît bien terne, fade et décevante. Aucune extase ne lui semblera comparable à la volupté orgasmique. La vie même perd de sa couleur, et la vieillesse lui semblera une pénible fatalité, peuplée de regrets amers, de nostalgie pesante, de déception. Il manquera le sel qui fait la vivacité de l'expérience, et l'ennui installe son voile sur le monde. Ce qui explique en partie la mélancolie du vieillard.

La philosophie, heureusement, nous a familiarisé avec de toutes autres expériences, nous enseignant à ne pas nous investir dans les seuls plaisirs du corps. Nous avons appris en toute chose à voir l'impermanence, la fragilité, le passage. A changer de plans lorsqu'il le faut. A varier les points de vue. A nous rendre disponibles aux multiples sources d'étonnement. A redoubler par la conscience les perceptions, les intensifiant, les prisant, les goustant doublement. Ce qu'on perd d'un côté, on peut le gagner de l'autre, à condition de renouveler le point de vue, en se déplaçant soi-même.

Il en va de même pour le corps. J'aimais fort les exercices martiaux, les grands mouvements amples, les déplacements hardis et pénétrants. J'en suis à présent inacapable. Je suis faible en énergie externe (Yang). Qu'à cela ne tienne, je développe l'énergie interne(Yin), celle qui m'est conaturelle, innée, qui me soutiendra jusqu'au terme de ma vie, qui me fait cultiver le mouvement lent, souple, fluide, paisible et doux, lequel me donne une sorte de plaisir complet, physique et psychique, m'enveloppant dans la gaze éthérée d'une danse voluptueuse, quasi érotique. N'est-ce pas merveilleux ? Cela, je n'aurais pu le connaître autrefois, j'étais trop brusque, trop volontaire, trop engagé, trop crispé. Entre temps j'ai appris à me dégager, à me laisser faire, à suivre le penchant plutôt que le vouloir, m'abandonnant sans réserve à l'instant présent.

Et encore, ceci, qui surpendra quelques-uns. Souvent je n'ai envie de rien de particulier, ni de marcher, ni de converser, ni de lire, ni d'écrire. Autrefois je me serais précipité dans une activité quelconque, pour fuir l'ennui. Maintenant, toutes affaires cessantes, je m'allonge sur un canapé, je ferme doucement les yeux, je laisse venir une respiration calme et régulière, et je me laisse descendre benoîtement dans les profondeurs de la conscience, à la porte du sommeil, que j'évite de franchir pour mieux goûter ces merveilleux moments de détente, et je laisse jouer mon imagination, les rêveries bercent mon extase, je flotte dans un espace-temps indescriptible, bienheureux et pacifique - jusqu'à ce que l'envie me reprenne d'ouvrir les yeux, de m'étirer et de m'asseoir. Ces instants, comme d'autres consacrés au travail, je les tiens pour de véritables exercices philosophiques. Sonder le préconscient me semble aussi important que d'agir, de penser et d'écrire sous le gouvernement de la conscience. Nuit et jour sont les deux faces inséparables d'une même journée, et d'une même temporalité.

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Commentaires
A
Merci pour tous ces textes, cette générosité du partage. Y a-t-il d'autres entrées qui évoquent vos expériences avec les arts martiaux?
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A
Bravo le texte et aussi le commentaire !!!
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O
Déplacement, sublimation, spiritualisation; nouvelle économie du plaisir et du désir.<br /> <br /> <br /> <br /> Joli programme; mais est-ce un programme? La plupart des hommes, des vrais hommes (et là je me permets de rire) tournent autour de leur phallus comme autour d’un mas de cocagne, toute leur vie,<br /> <br /> La vie du phallus en érection, c’est là qu’ils réalisent, ou veulent, secrettement, réaliser leur être intime. Bien des femmes, en sens inverse, également.<br /> <br /> Libéré des injonctions du phallus, l’humanité serait différente, dans ses passions, ses guerres, ses obsessions de domination ou de servitude, etc.<br /> <br /> Une vie de l’esprit remplacerait le goût excessif des matières, des nourritures, des objets. Cette vie de l’esprit se nourrirait d’art, de philosophie, voire de mystique.<br /> <br /> Il s’agit là d’une utopie. Ceux qui y sont sensibles sont une minorité de peu de pouvoir. Le pouvoir qui dirige le monde appartient aux forts, centrés sur la volonté et quelques idées fixes qui favorisent le succès; entités hermétiques comme sont parait-il les monades, leur phallus assure. Rien ne vient les distraire de leur action.<br /> <br /> <br /> <br /> Cependant la vieillesse est l’occasion d’une métamorphose que d’aucuns réussissent.
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