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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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27 janvier 2016

L'OBSTACLE des OPINIONS : Bouddha et Epicure

 

 

"Ceci, ô moines, est appelé spéculations, jungle d'opinions, désert d'opinions, perversion d'opinions, agitation d'opinions et liens d'opinions. Lié par ces liens d'opinions, ô moines, l'homme ordinaire et non-instruit n'est pas libéré de la naissance, de la vieillesse, de la mort, des chagrins, lamentations, souffrances, peines mentales, agonies : il n'est pas libéré de la Souffrance, je le dis". (Bouddha, Sabbasava-sutta, Tous les obstacles).

Les opinions dont il s'agit ici ce sont les spéculations sur la nature du moi : ai je une âme, suis-je une âme, l'âme est elle mortelle ou immortelle, qu'étais-je avant cette vie présente, que serai-je dans le futur, d'où suis-je venu, suis-je ou ne suis-je pas - et autres questions de ce genre. Bouddha se garde bien de répondre, ce serait entretenir une inquiétude inutile et futile, qui détourne de la vraie et seule question qui compte : quelle est la nature de la souffrance, d'où vient la souffrance, que signifie se libérer de la souffrance, comment se libérer de la souffrance. C'est dire qu'il y a deux sortes de questionnement, celui qui nous entraîne dans des conjectures infinies et sans solution, celui qui travaille dans le concret, le sensible, l'expérimentable pour trouver des solutions praticables et réalistes. 

Dans d'autres textes Bouddha utilise la même méthode au sujet des problèmes cosmologiques : le monde est-il fini ou infini, a-t-il une origine, a-t-il une fin, est-il régi par une intelligence divine, est-il sensé ou insensé etc. Questions sans solution. 

Aux trois Idées kantiennes, psychologique, cosmologique et théologique (l'âme, l'univers, Dieu) Bouddha répond par la suspension du jugement suivi par le détournement : laissons cela, passons à autre chose, ces questions sont des obstacles à la pratique (d'où le titre du sutta). Il importe donc de les supprimer, sans reste. 

Dans la seconde partie du texte Bouddha, expose succinctement la nature de la souffrance : naissance, vieillesse, mort, chagrins, lamentations, peines, agonies. Naissance désigne la mise en place de cet univers mental de la souffrance - naissance et entrée dans le samsâra - crainte de la vieillesse et de la mort, angoisses, douleurs, soucis, tribulations du désir, de l'aversion et de l'ignorance. Inévitablement l'homme est aliéné aux opinions dans la première partie de sa vie, en raison de sa dépendance, et ce n'est que par la connaissance juste qu'il peut se libérer : "Sois à toi-même ta propre lampe". Encore fait-il prendre garde à ne pas s'égarer dans les sentiers des opinions fausses, des pratiques douteuses, des vices et des passions. D'où l'insistance sur le piège du désir (à entendre comme "soif", avidité, passion d'être et d'avoir), de l'aversion (haine, colère, dégoût, répulsion), entretenus par l'ignorance (méconnaissance des mécanismes psychiques qui soutendent le désir et l'aversion). Le facteur fondamental qui détermine la suite nécessaire des enchaînements est donc bien l'ignorance : à sa manière Bouddha annonce, dans un contexte historique tout différent, le précepte : "connais-toi toi-même". Connais, par expérimentation personnelle, la naissance de la souffrance et les moyens de t'en délivrer.

Lorsque Epicure écrit : "Fuis, voiles déployées, toute paideia" (paideia c'est l'éducation classique de la jeunesse athénienne, mais ici, sans doute, toute culture encyclopédique et cumulative), il exprime une idée semblable à celle de Bouddha : il ne faut s'intéreser qu'à ce qui est humainement utile aux hommes, et fuir les spéculations sans intérêt pratique. Et comme Bouddha il considère que c'est la souffrance qui est le vrai problème de l'homme. Certes les voies préconisées par chacun de ces deux médecins de l'âme diffèrent du tout au tout, mais je ne suis pas le premier à faire entre eux un rapprochement. Tous deux, avant Schopenhauer, diagnostiquent dans l'être humain je ne sais quelle malfaçon originaire - Lucrère parlera d'un vase poreux - je ne sais quelle lacune et béance qui voue cet être inachevé et immature à une errance calamiteuse parsemée d'éclairs, pauvre marin égaré sur un vaisseau fantôme, entre vents et marées, cherchant désespérément la voie improbable qui le mènerait au port.

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Commentaires
K
Deux choses me remplissent le coeur d'une admiration et d'une vénération, toujours nouvelles et toujours croissantes, à mesure que la réflexion s'y attache et s'y applique : le ciel étoilé au-dessus de moi et la loi morale en moi. […] Le premier spectacle, d'une multitude innombrable de mondes, anéantit pour ainsi dire mon importance, en tant que je suis une créature animale qui doit rendre la matière dont elle est formée à la planète (à un simple point dans l'Univers), après avoir été pendant un court espace de temps (on ne sait comment) douée de la force vitale. Le second, au contraire, élève infiniment ma valeur, comme celle d'une intelligence, par ma personnalité dans laquelle la loi morale me manifeste une vie indépendante de l'animalité et même de tout le monde sensible.<br /> <br /> <br /> <br /> Kant, Critique de la raison pratique, V, 77f
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Y
Ma seconde naissance s'est faite sur un rejet de la religion et j'ai retenu de Kant deux choses auxquelles s'intéresser: l'âme en moi et le ciel au dessus de moi. <br /> <br /> Il manque le troisième terme, la nécessaire dimension spirituelle. <br /> <br /> Au prochain siècle le monde sera spirituel ou ne sera pas disent certains. <br /> <br /> Mais ce texte ouvre une nouvelle perspective, se débarrasser du désir, de l'aversion et de l'ignorance en commençant par le troisième terme. Là j'ai un problème: si j'entends bien il s'agit de combattre l'ignorance mais pas par la connaissance livresque ni en investissant la paideia mais autrement... Via la fameuse méditation. Le problème est que je trouve cette voie sans saveur et je ne retient pas cette orientation comparable à des mets non épicés...
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N
Beaucoup de gens pensent que l'homme est une calamité qui marche sur la terre sans raison mais ils oublient de voir qu'avoir un corps autonome, etre au monde, se réveiller chaque matin est une bénédiction en réalité qui ne dépend pas de notre volonté. On est pas obligé de se reveiller chaque matin et pourtant cela se produit. En permanence une intelligence qui nous dépasse nous epaule dans notre vie quotidienne, en permanence l'Univers lui meme aux travers de la genetique et de bien d'autres choses nous permet d'etre ici, d'exister et d'interagir. Il est donc plus productif pour le chercheur de voir les avantages que nous possedons que les obstacles sur lesquels nous butons.
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N
Meme si le Bouddha connaissait les mondes metaphysiques qui nous entourent il a effectivement décidé de ne pas trop en parler a ses disciples pour ne pas qu'ils s'eparpillent. <br /> <br /> Il n'etait simplement materialiste comme Epicure mais plutot dans une vision ou le materialisme et le spiritualisme ne forment qu'un. En ce sens il etait selon moi beaucoup plus sage et plus savant qu'Epicure.
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N
Quand on ne spécule plus on s'établit dans le " je ne sais pas " ou il n'y a ni naissance, ni vieillesse, ni mort.
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