OPERA de 'L'AMOUR et de la MORT -ACTE II
ACTE DEUX : l’ENFANT
1
Je ne sais rien encore
Rien de moi-même et du monde
Ils parlent de moi
Ou plutôt de leurs désirs,
En souriant je les écoute.
2
J’entends leurs voix
Comme un murmure indistinct
Un peu d’eau qui coule
Je ne comprends pas très bien
Mais leurs voix bercent mes rêves.
Je devine un monde
Etrange, vaste inconnu
De l’autre côté
Leurs paroles m’interpellent
Aux rives de la lumière
Lové dans l’obscur
De cette enveloppe tiède
Je laisse advenir
La puissance favorable
Pour la grande traversée.
3
Me voici. Mon cri
Déchire cette enveloppe
Ce rideau de soie
Qui voilait le vaste monde
Tout nu, tout vif, me voici !
LA VOIX
Issu de l’obscur
J’ai découvert le passage
Porté par le fleuve
Sur la barque de Charon
Ou d’Osiris le solaire.
Et d’un monde à l’autre
Je voyage sans répit
Tissant bout à bout
Les deux faces de la vie
Les deux faces de la mort.
Et dans l’entre deux
Sous la feuillaison de midi
Lotus tumescent
Je raccorde les deux mondes
Soudés par mon cri.
L’ENFANT
4
Quelque part, où donc ?
Dans l’insondable univers
Ce tout petit rien
Ce tout petit quelque chose
S’agite, pleure, et désire.
Et ce petit homme
Déjà goûte la musique
Du vent dans les feuilles
Et sourit au beau sourire
Du visage qui se penche.
Douleur de la faim
Plaisir de se laisser faire
Et de s’endormir
Fondu dans le bercement
D’une ineffable douceur.
5
A distance égale
De la veille et du sommeil
Au bord du ruisseau
Je regarde l’eau qui coule
Je respire son murmure
De petites vagues
Font vaciller la lumière
Danser le soleil
Je rêve et je m’émerveille
Et je glisse au fil de l’eau
Pus, très doucement
Les yeux se ferment d’eux-mêmes
Délicieusement
Je coule au fond du ruisseau
Dans le flux calme de mes rêves
Et j’oublie le temps
Le monde et mon propre corps
Je coule, je coule
Dans la sublime inconscience
Qui délivre de la faim.
6
Qu’est-ce que cela ?
Qui vit, qui boit, qui respire
Est-ce moi, cela
Qui vit de vie vagissante
Au sein de paroles vives ?
Ils parlent de moi
Je ne comprends pas très bien
Mais sa voix à elle
M’éveille à la vie magique
Des archanges musiciens.
Mais une autre voix
Plus grave, plus rude
Parfois résonne en tambour
Elle fait battre mon cœur
Elle rassure et fait peur.
6
Oui, je suis ici
Immobile à vos côtés
Et si je m’avance
Le vertige me saisit
Je ne sais plus qui je suis.
Mes jambes flageolent
J’ai grand peine à me traîner
D’une chaise à l’autre
Ma main saisit un hochet
Ma bouche en fait une fleur
Fleur de bouche amère
Ou délicieuse, c’est selon,
Cela me rassure,
Si je sens, je suis vivant
Dans le trou de l’univers.
LE CHŒUR ANTIQUE
La voix fait l’homme
Ce souffle qui nous traverse
Qui de part en part
S’élance vers la parole
Et fleurit en poésie.
Ni la crainte vile
Ni la Fortune aux cent bras
Ne font tressaillir
Le voyageur intrépide
Qui a sondé les deux mondes.
Il ne saurait craindre
Anges, monstres ou démons
Eau, feu, air ou terre,
Pour lui la grande lumière
Déchire les murs du monde.
LA VOIX
Mais de quel désir
Suivrai-je la douce pente ?
Désir, ô désir !
J’ai perdu la belle étoile
Et le doute me déchire !
LE CHŒUR ANTIQUE
Au hasard voué
A la douleur d’exister
Tu n’es que passage.
Dans le flux et le reflux
Noble et belle soit ta vie !
Né pour la musique
Les mots qui chantent, le doux
Babil des ruisseaux,
Sache garder en poète
L’enfant libre dans ton cœur.