POESIE TRAVERSIERE / LIVRE 3 - ORIGINAIRES
LIVRE TROIS
ORIGINAIRES
I
Née
De la première fleur
La faille
Livre au ciel vide
Son blanc d’acier
Déjà
La lettre a creusé sur le front de l’enfant
Marque de bistre, nom ravageur
Mais plus pur
Au cœur du silex
Apre splendeur muette
L’éternel éphémère.
II
De nuit
Quelques fragments de roc écartelés
De jour
Point fixe, regard fatal
Qui suis-je, ô dieu, qui suis-je ?
Poussière
Incrédible néant ?
III
Sous le masque du ciel
Désert
La plaine immense et famélique
Décapités
Les dieux de pierre
Dans la poussière
Au coeur de tout
L'araignée du vide
La faille
En toute chose comme un cri de sang
Assis
Le sage laisse aller
Filet de lune entre ses doigts.
IV
La lettre tue
Mais quel être, en ce premier vagissement?
Qui donc imprime, quelle fée mortuaire
Dans le coeur qui sommeille
La lettre de la mort?
Ecartelés
Nous vouons notre semblant de vie
A forcer les hasards.
V
Nous allons comme des voleurs par les bois
Le gibier se fait rare et la chasse est fermée
Et nous allons toujours la brèche au fond du coeur.
Ce qui nous institue
Nous tue.
Tel le serpent de ses peaux dépouillé,
Dépouiller,
Pour renaître en exil.
VI
Au large, au large où va le coeur
Alizés jaseurs
Caps de bonne aventure
Soleils justiciers flibustiers
Et l'amour et l'amour
Au fond de tout
Blanc le grand oeil de la nuit féconde
Ouvert.
VII
La chose insiste, mais la patience aussi
Toujours il manque le premier mot, chance nuptiale
L'edelweiss.
VIII
La vérité c'est que nul n'a de nom propre, comme ces bêtes à cornes pour l'abattoir
Nous allons sans savoir, entre deux morts, également.
Le peu que nous sommes n'est écrit dans aucun livre
Par aucun dieu.
IX
Le réel est partout le même
Vertige qui promet, cri qui abolit
Dans l'interstice
Un tout petit quelque chose
Un presque rien
X
Sous le masque du mot
Livide, protoplasmique, innommable
Coulure blanche, femelle obscure,
La Chose.