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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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1 décembre 2014

POURQUOI DES POETES EN CE TEMPS DE DETRESSE ?

 

 

"Pourquoi des poètes en ce temps de détresse?" demandait Hölderlin. Mais en quoi notre temps serait-il un temps de détresse? De quelle détresse parlons-nous? Et ce qui inquiétait Hölderlin, en quoi  cela nous concerne-t-il aujourd'hui?

La détresse, selon moi, tient au caractère unilatéral de nos existences, déterminées presque exclusivement par la domination des intérêts économiques et financiers, d'où résulte une uniformité sans précédent, revers inévitable de la carence symbolique. Si une oeuvre d'art ne vaut qu'en termes de placement comptable que vaut la valeur de l'art? Et le reste à l'avenant, dans la débâcle du politique, du service public, de l'intérêt général. Ce que Marx analysait jadis comme effondrement de l'ancien monde ne prend toute sa dimension universelle que depuis peu, sous les espèces d'une mondialisation sauvage et débridée. Les effets en sont partout visibles, mais pas assez encore pour provoquer le réveil nécessaire de nos consciences. Pour le moment on se console en jouissant d'une prospérité relative, fort inégale du reste, mais suffisante à étouffer les mécontentements légitimes. C'est dans ce contexte qu'il faut penser la nécessité d'un art affranchi de la tutelle financière, et d'une poésie libre. Et comme il est quasi impossible de spéculer sur les oeuvres poétiques, lesquelles ne présentent aucun intérêt de placement, c'est peut-être là plus qu'ailleurs, plus qu'en peinture ou sculpture, que le travail de resymbolisation est possible.

"Ce qui demeure les poètes le fondent" disait Hölderlin, lui encore! Cette idée paraîtra dérisoire, au vu de l'indifférence générale du public à l'égard de la poésie. Songeons aux tirages insignifiants des oeuvres, à l'effet nul de leur publication. Qui miserait sur un canasson aussi dépenaillé?

La philosophie se porte un peu moins mal : certaines oeuvres sont lues, il y a de la demande, mais peut-on parler d'un effet effectif? Le temps de la philosophie est bien différent du temps de l'économie, de la technique et de la politique. C'est un temps long, face à un temps accéléré. Ses effets, si effets il y a, ne se mesurent pas à l'aune de l'actualité et de l'accélération mondialisée.

Diogène le Chien, contestant toutes les valeurs en cours, se proposait de frapper "de la fausse monnaie", entendons, une nouvelle table de valeurs, des valeurs inouïes, inentendues, hors norme, cherchant désespérément, sa lanterne allumée en plein jour, "un homme", un vrai, qui ne sacrifie pas au Veau d'or, qui méprise l'obsession mercantile et le pouvoir, qui témoignerait du vrai et du juste. Epicure se détourne du jeu politique pour construire son jardin.

Dans la vacuité universelle, penseurs et poètes, et quelques artistes scrupuleux, intègres et avertis militent à leur manière pour une préservation de la dimension symbolique, pour une refondation de l'humain. Leur tâche est longue et difficile, incomprise et méprisée, mais absolument nécessaire. Il faut souhaiter qu'elle puisse rencontrer son public, et par sa veille exigeante, son appel pressant, témoigner de l'urgence, provoquer un éveil. Le reste appartient à la collectivité des hommes.

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Commentaires
J
Coucou Monsieur Karl, me revoilà ! Comme le dit le poète, changement d'herbage réjouit les veaux !<br /> <br /> <br /> <br /> D'abord, il nous faut savoir si personnellement nous aimons la poésie. Et, si c'est le cas, se lancer, non pas contre elle, mais à ses côtés... Hier, le thème consacré aux sens, m'a ému de le relire et m'a prouvé une fois de plus que je faisais de la prose par amour du bien écrit et de l'expression spontanée. Oui, j'ai fait de la prose sans le savoir comme l'a dit un certain Monsieur Jourdain !<br /> <br /> <br /> <br /> Le poète sait-il à l'avance ce qu'il va écrire ? Non. Sait-il qu'il n'a qu'une vague idée de ce dont il va parler ? Oui. C'est peut-être ainsi que les plus beaux textes de la poésie ont été écrits. Faire de la poésie ce n'est pas rédiger un éditorial pour un journal. Au début du XXe siècle, les romans et les poèmes paraissaient bien souvent sous forme de feuilleton, on se souvient des écrits de Charles Péguy dans : "Les cahiers de la quinzaine". C'est ainsi qu'un bon nombre de chef-d’œuvres nous sont parvenus...<br /> <br /> <br /> <br /> A l'école primaire, les poèmes ou plutôt les récitations nous étaient enseignées au rythme des saisons ou par leur place immuable dans le programme de l’Éducation Nationale. C'est ainsi que nous apprenions "Premiers sourires du printemps, Les conquérants, Heureux qui comme Ulysse...etc".<br /> <br /> <br /> <br /> Mais aujourd'hui, les médias ont écrasé la belle littérature. Ces messieurs de l'information connaissent-ils Hölderlin, Novalis ou Lord Byron ? Francis Jammes, notre ami commun, puisqu'il est né à Tournay, entre Béarn et Bigorre. A vécu à Orthez et repose à Hasparren au Pays Basque. Sa fille Bernadette, j'ai eu l'occasion de la voir bien souvent, mais trop timide pour lui parler du Curé d'Ozeron, de la Maison habillée de feuilles ou des Musardises... Certains de ces livres sont des originaux, mais je ne les vendrais pour rien au monde.<br /> <br /> <br /> <br /> Nous avons une âme qui ne demande qu'à recevoir encore et encore, des émotions. Mais nous n'avons droit qu'aux derniers potins de la presse à sensation, ce n'est plus du romantisme qu'il nous faut, mais des faits divers plus morbides les uns que les autres et du people. Avez-vous observé les devantures de ces marchands de papier encré ? Pourtant, il faut bien chercher dans les rayons d'un marchand de journaux pour trouver ce qui pourrait nous faire réellement plaisir. A la rigueur, on exploite l'anniversaire de la mort d'un auteur célèbre. Et, il m'arrive trop souvent de sortir de la boutique dépité et les mains vides. En librairie, ce n'est pas la même chose, au départ, nous savons ce que nous voulons, ce qui apporte beaucoup à notre satisfaction. De plus, un libraire nous apporte son aide précieuse.<br /> <br /> <br /> <br /> Il est vrai que la philosophie sait faite une place dans ce monde en mal d'existence, sa vulgarisation a été très vive il y a seulement quelques années. Mais toutes modes à une fin, car on estime qu'un courant littéraire doit être une mode et, le jour ou la vente chute, c'est la dégringolade assurée. Des présentoirs entiers de fascicules à thèmes philosophiques ont disparu. Coco Chanel n'a-t-elle pas dit qu'il n'y a rien qui ne se démode plus vite que la mode ?<br /> <br /> <br /> <br /> Je possède un lecteur numérique, mais je l'ai laissé dans un coin et n'éprouve plus l'envie de m'en servir. L'odeur du papier, utiliser un coupe-papier pour avancer dans le livre ancien, ça c'est l'amour littéraire. Dans un journal qui empeste l'alcool et salit les doigts, non merci ! Si l'on plie un livre devant moi, j'ai mal pour le livre et si l'on déchire une page, c'est moi qui reçois la blessure. mes livres sont pleins de marque-pages, je ne corne jamais une page. Blasphème !<br /> <br /> <br /> <br /> Tout esprit éclairé sait qu’Épicure était allergique à la politique et accueillait sans distinction tout le monde dans son Jardin. Aujourd'hui, un service d'ordre viendrait habillé d'une cuirasse moyenâgeuse et d'un jet d'eau froide pour déloger tout le monde, ne faisant aucune distinction avec des Bonnets Rouges bretons.<br /> <br /> <br /> <br /> Dans votre texte, vous nous parlez de Diogène le Chien (de Sinope et du Tonneau), je me souviens de sa lanterne qui lui servait à chercher un Homme. Mais Nietzsche a défloré ce qu'il a voulu dire, en affirmant qu'il recherchait le Dieu parfait. Faut-il s'offusquer d'un tel comportement ? En parlant de David Hume ou de Thomas Hobbes, il a osé dire qu'un Britannique est trop aristocrate pour être philosophe. Par contre, lorsque Alfred Nobel inventa la dynamite, il était jeune et en ria en disant que la philosophie est de la dynamite ! En ce temps-là, c'était encore vrai mais aujourd'hui, la sagesse philosophique a été délaissée au profit de la dynamite, la science des sciences n'a plus court et il n'y a que quelques passionnés qui cherchent un parallèle avec ce que les grands philosophes ont dit. Raphaël Enthoven est un bon exemple, il est toujours le nez dans un vrai livre de philosophie et fait tout son possible pour le placer dans notre existence actuelle.<br /> <br /> <br /> <br /> J'ai beaucoup parlé du livre qui doit guider notre vie, mais je pense que c'est indispensable, face à la tristesse d'une modernité sans but. Il nous faut résister à toute pollution de notre besoin de lire de l'authentique émotion. Il nous faut combattre la détresse qui veut tuer la poésie, mais nous prendrons nos livres, pas les armes ! La raison l'emportera, je lui fais confiance...
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Y
Ironie du langage ? Le mot valeur a au moins deux sens, celui de la morale et celui de l'échange. Si le premier semble ne pas poser de problème particulier, le second lui semble bien avoir été récupéré par le marché. En effet la valeur d'échange, bien théorisé par Marcel MAUSS, est colonisée par le marché. Arnaque faite au langage, la haine de la parole (titre du récent livre de Claude ALLIONE) s'exprime dans toute sa splendeur. Perversité extrême qui consiste à surfer sur les mots pour mieux les annihiler. Il convient de nommer ce dans quoi nous sommes tous pris aujourd'hui, nommer pour parvenir à combattre ces mécanismes paradoxant. <br /> <br /> Pour reprendre la formulation poétique - l'urgence poétique - appliquons-nous en 2014 à suivre la lumière pour empêcher les étoiles de tomber !
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