De l'ILLUSION AFFIRMATIVE
Bien comprise en son essence la philosophie est un processus de démolition : sa visée, c'est la déconstruction de toutes les illusions, sans reste. Alors apparaît le fond obscur, l'"abîme" où se résorbent toutes les formes, images et symboles, valeurs, idéaux, constructions mentales, tout l'arsenal pesant de nos représentations. Vacuité disent les Bouddhistes. Apeiron, dirai-je plutôt avec Anaximandre, immensité informe et sans fond, origine absolue.
"Contemplez votre visage d'avant la naissance" - mais ce n'est nullement un visage, c'est l'avant de tout visage, de toute forme, où s'abolit le rêve même du plus beau, du plus expressif des visages, immensité indistincte, qui est tout et qui contient tout.
Mais nul, jamais ne vivra en ce lieu du sans lieu, folie de l'origine, vertige inhabitable, tourbillon des mondes et des univers pas encore engendrés, pré-lude obscur des gestations futures. Masques tombés, tout sujet aboli, tout désir effacé, ne reste que la folie, comme hésitation ultime, d'avant la disparition.
Moment schizophrénique : être ou ne pas être, vivre à nouveau, consentir à la nouvelle danse, ou bien, tout doucement, fermer les yeux, et glisser...
J'ai décidé de vivre, de remettre à plus tard ma décomposition, et ma délivrance. Alors, paradoxalement, il faut consentir à l'illusion, l'accueillir, l'affirmer, car c'est dans l'illusion que la vie s'engendre et se perpétue. Que viennent à moi les formes, les images et les sons, mille musiques et mille fleurs, et mille danses, et les dix mille visages de la Beauté! Qu'un printemps éternel dans mon coeur distille la musique au bosquets d'Apollon! Et si, de savoir sûr, je me sais mortel, je vivrai, décidé, de ma vie immortelle!
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Il y a deux types d'illusions : la passive et l'active. La passive nous fait tourner sans fin dans les rets du sâmsara, méconnaissance, duperie, servitude. L'active est ce consentement tragique et joyeux qui transmue la souffrance en beauté : allégresse de la poésie, affirmation et création.