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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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13 septembre 2013

SE PAYER DE MOTS

 

 

C'est plus qu'une inélégance. Se payer de mots c'est tromper autrui en se trompant soi-même. C'est une manière futile de fuir les difficultés de la pensée, et comme la seiche, de répandre un écran d'encre noire pour enfumer le débat. Tous les bonimenteurs y sont experts. Chez un philosophe ce serait comique si ce n'était si pernicieux. L'histoire de la pensée regorge de poncifs alléchants, de fumisteries, de pièces controuvées pour boucher le trou du réel. Tel ce Platon qui déclare que le philosophe est un chasseur de réel et qui s'empresse de colmater l'abîme avec l'idée du Bien. Le réel serait le bien, mais quel bien si ce n'est le bien d'une imagination saisie par l'inquiétude, et qui s'en va construire de frauduleuses espérances? Et que dire de ces Stoïciens qui se représentent une Raison universelle, immanente et providentielle, laquelle aurait sagement disposé les choses en vue de la félicité humaine? L'idée de finalité, en général et en particulier, est sans doute la pire de toutes nos inventions, qui satisfait à bon compte notre besoin hystérique de sens et de raison. "La nature ne fait rien en vain", en toute chose il faut chercher la destination intrinsèque, la cause finale. Et voilà l'univers ramené magiquement à notre frénésie de domination. Principe anthropique : si quelque chose existe, s'il y a des galaxies, des étoiles et des planètes c'est pour qu'apparaisse la vie, et la conscience, et pour finir une humanité qui va recoller les morceaux du cosmos dans une vaste synthèse compréhensive, oui, c'est évident l'univers n'existe que pour assurer l'avénement de l'homme!

Sublime et dérisoire fantasmagorie! Entre le rire et la stupeur, on hésite, on se gratte la tête, on ne sait si on rêve, si on délire, si on hallucine! Pourtant les remarquables avancées de la science cosmologique aurait dû nous ranger à la modestie. Songez aux milliards de galaxies, essayez de vous représenter les amas stellaires, les pouponnières d'étoiles, les quasars, les espaces vides à l'infini, les trous noirs, les millions d'années lumière, le bombardement de la lumière intergalactique, et tout le reste, et puis, éblouis, consternés, sidérés, revenez à la considération de votre misérable enveloppe, à vos petites misères physiques et psychiques, à la vanité de vos représentations, et puis songez à la précarité de votre existence, qu'un microbe emporte, soutiendrez-vous toujours que l'univers est fait pour vous, que vous en êtes le sens et la raison? Certains de nos contemporains devraient relire Pascal, et Montaigne encore plus.

Je n'aime que les penseurs qui font mal. Non par masochisme ou dolorisme, mais par égard pour la vérité. La grandiloquence m'agace. L'optimisme m'exaspère. Les bons sentiments me donnent la nausée. Je ne veux pas me payer de mots, quitte à souffrir dans mon narcissisme, quitte à passer par une certaine humiliation, qui n'est pas morbide, mais nécessaire à la lucidité. Je refuse les consolations faciles, qui ne font du bien qu'à ceux qui les prodiguent, et qui me laissent, moi, décidément et définitivement inconsolé. J'aime ceux qui se font vertu de voir, de ne pas boucher "les trous de l'édifice universel". Pour autant je ne renonce pas à vivre ma vie d"homme, simplement je ne considère pas qu'il faille en toute chose une raison, je laisse les choses comme elles sont, je n'exige ni sens ni raison, estimant d'autant ce qui apparaît, qui brûle un instant avant de disparaître. Telle est notre vie, et comme disait Homère, copieusement cité par Pyrrhon, "telle la nature des feuilles, telle la nature de l'homme".

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J
Lorsque nous levons le nez au ciel, le cosmos nous protège de sa beauté. Et pourtant, ce n'est qu'une vision fossile qui nous rend sa belle image. Dire une belle image, c'est précisément ce que signifie le mot "cosmos" en grec. Mesdames, ne faites-vous pas usage de "cosmétiques" pour nous séduire davantage ? Vous sortez du réel, du naturel, mais nous aimons bien cela !<br /> <br /> Le Triangle de l'été avec Véga, Deneb et Altaïr, pendant les beaux jours, Orion, Sirius et les Pléiades en hiver. Je tiens à redire que ce spectacle tournoyant avec une précision d'horloge chaque année de notre vie est une image fossile, elle met tellement de temps à nous parvenir... Mais ça, nous n'y prenons pas garde, nous aimons trop cette coupole qui nous rassure d'être là...<br /> <br /> <br /> <br /> Spinoza, grand spécialiste du réel, rejetait tout, du ouïe-dire à la fiction, pour nous placer sur le précieux chemin de l'idée vraie. Et, depuis l'Antiquité, que de textes philosophiques n'ont pas été écrits dans cette idée de la Vérité ?<br /> <br /> La Nature ne fait bien sûr rien en vain, puisqu'elle désire toujours nous apporter ce que la philosophie veut nous offrir, la beauté naturelle de l'existence... Le divin se trouve précisément là... Merci Socrate de nous avoir confirmer cette précieuse Vérité, que la beauté existe à l'état naturelle...<br /> <br /> <br /> <br /> Mon langage est-il de la poésie ? Non, c'est le constat de la véritable science universelle, qui se donne le droit d'être révélée à tous, plutôt qu'à quelques initiés, parce que je me souviens qu'en septembre 2006, la Nuit des étoiles avait trois semaines de retard à cause des conditions météorologiques. Je suis allé passer cette nuit décalée à l'observatoire de Dax. J'ai été émerveillé par cette passion commune qui m'entourait. A ma grande surprise, même des enfants connaissait notre ciel aussi bien que des adultes. L'obscurité, le calme et le reflet de tout ce que le ciel aime nous montrer gracieusement. Une forte émotion était tellement présente que chacun parlait à voie basse, afin de ne pas effrayer ce cosmos diaphane qui pénétrait notre âme. Le sagesse philosophique était présente et bienfaisante, comme un dieu... M'étonnant moi-même de ce que j'ai écrit spontanément, comme Pyrrhon, je pourrai dire la même chose !<br /> <br /> <br /> <br /> La semaine suivante, j'ai mis pour la première fois les pieds dans un café-philo, il n'y en avait encore qu'un seul à Dax en ce temps-là. Sans aucune timidité, je n'ai pas eu peur de dire : "Vous tous, amateurs de philosophie ! Je ne vous ai pas vu, il y a une semaine à l'observatoire. Pourtant, savoir d'où nous venons est une question capitale !". Pas le moindre petit argument de réponse de cette assemblée. Je me suis donc dit qu'un café-philo n'est pas toujours aussi philosophique qu'on le croit. Hannah Arendt et Karl Jaspers ont écrit "La philosophie n'est pas tout à fait innocente". Il faut lire ce livre, il ferait beaucoup de bien à certains...<br /> <br /> <br /> <br /> Il y a deux jour, je me suis procuré "Petite philosophie à l'usage des non-philosophes" d'Albert Jacquard. Hier, j'ai été attristé d'apprendre son décès à l'âge de 87 ans. Fait du hasard ou prémonition ? Qu'importe Monsieur Jacquard, merci d'avoir existé.<br /> <br /> Je retourne à mon ciel, mais il est bleu aujourd'hui, le soleil me fera lui aussi du bien à l'âme...
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