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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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13 août 2012

De l' ETRE selon HEIDEGGER

 

 

 

 

 

Je me suis mis en quête, depuis quelque temps, de la lecture que fait Heidegger de ce qu’il appelle l’Etre, et je sombre par moments dans des abysses de perplexité. La notion en elle-même me semble suspecte, tant je me suis mis en demeure de pourchasser en tous lieux la représentation, sous toutes ses formes, désireux par dessus tout d’évacuer tout ce qui dans l’esprit peut faire barrage à l’expérience directe, hors signification, hors langage, hors image et pensée, - du réel. Réintroduire la notion d’Etre c’est multiplier les difficultés d’approche alors même qu’on prétend les apurer.

Le point fort, à mon avis, de la réflexion heideggerienne, c’est la distinction de l’être, to einai, et de l’étant, to on. Il est assez facile de caractériser l’étant, comme monde perçu, pensé, représenté selon une logique commune, à une époque donnée, et faisant système. Pour notre époque c’est le rationalisme de la techno-science, et la logique de l’exténuation de la terre qui fait système et impose partout sa loi d’airain. Elle prend tout son relief si on l’oppose à la vision chrétienne qui pensait le monde à partir de la créativité divine, situant toute créature  dans la perspective métaphysique de la finalité. Plus encore, elle s’oppose au monde hellénique, à sa vision tragique dominée par l’antagonisme des instincts : beauté et vérité, Apollon et Dionysos. Au regard de ces anciennes visions du monde le nôtre apparaît comme l’aboutissement d’une tendance dominatrice, expansive, s’exprimant sans retenue dans l’arraisonnement général et la dictature technique.

Tout cela, que je résume maladroitement ici,  me semble lumineux et vrai. C’est une bonne appréhension de l’étant dans sa dimension historiale. Ou encore, chacune de ces périodes développe à sa manière l’être de l’étant, à partir d’une méconnaissance de l’être. L’être est voilé bien qu‘agissant, en sous main pourrait-on dire. Il y a un rapport très difficile à penser entre l’être et l’être de l’étant, à la fois d’oubli et de manifestation, de dissimulation et de révélation, selon des modalités qui, pour moi, restent inintelligibles. C’est là que je deviens mauvais lecteur, non par paresse, mais par incapacité, ou, si l’on veut, par manque d’affinité intellectuelle.

Ce qui m’a quelque peu rassuré c’est de lire chez notre auteur que l’être est en parenté avec le néant : non point une nullité, un non-être absolu, une carence, mais l’absence de détermination positive – toute détermination renvoyant nécessairement à l’étant. L’être n’est ni ceci, ni cela, ni pas ceci et pas cela, échappant par définition à toute définition. Voilà qui me rassure : je craignais une résurrection des monstres métaphysiques, et je suis convoqué au banquet de la non-détermination. De l’être on ne peut rien dire, si ce n’est : « il y a » comme il y a une source inqualifiable du temps qu’il fait, des orages et des bonaces, de la pluie, et du vent, de tous les êtres de la nature. On ne sait ce que c’est, on ne peut le savoir, ni le voir, on n’en voit que des effets, ou plutôt des manifestations, sans que l’on puisse vraiment séparer la source de ses eaux : les eaux sont la source elle-même, et la source c’est l’eau, mais selon un rapport qui n’est nullement de superposition, d’identité, de confusion. Pas de source sans eau, pas d’eau sans source, (pas d’étant sans être, pas d’être sans étant) mais, selon une autre logique, l’étant ne coïncide jamais tout uniment à l’être, n’en épuise jamais la fécondité inépuisable. - Et voilà que je me mets à parler comme Anaximandre au sujet de l’Apeiron, comme les Chinois au sujet du Tao ! – Je ne sais si je  pourrai jamais vraiment comprendre Heidegger !

Pour autant je ne me décourage pas. Je pense aussi que l’âge de la métaphysique est derrière nous, même si les ravages de l’époque n’ont pas fini de nous meurtrir, et que nul ne voit poindre les prémices d’un nouvel état du monde. Il faudra sans doute encore plusieurs décennies pour que s’épuise sous nos yeux la rage dévastatrice de la mondialisation industrielle. Mais d’un point de vue historial c’est déjà fini alors même que l’acmé n’est pas encore atteinte.

Je me pense souvent comme un hellénistique, contemplant la fin d’un monde dans la  dissémination de l’Empire, spectateur malgré lui de la dévastation universelle, impuissant à y changer quoi que ce soit, mais décidé à sauver ce qu’il peut de l’esprit, et dans la débâcle générale à témoigner de la fécondité inépuisable de la Source.

 

 

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Commentaires
G
Tout cela je le comprends sans difficulté et j'y adhère pour l'essentiel. Mais les difficultés subsistent. Comme elles sont trop importantes pour être traitées dans un commentaire je les expose dans le prochain article. Merci en tout cas pour ces précieuses contributions qui devraient éclairer nos lecteurs.
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M
Cher Guy, je veux bien essayer de répondre à ta question en termes simples. Le lien que je fais entre le Dasein et l’accès ou le dévoilement de l’être est celui-ci. Heidegger le précisera ainsi dans Sein und Zeit « Le Dasein est un étant qui ne se borne pas à apparaitre au sein de l’étant. Il possède bien plutôt le privilège ontique suivant ; pour cet étant, il y va en son être de cet être. Le privilège ontique du Dasein consiste en ce qu’il est ontologique. » <br /> <br /> De cet « être » ( versant : « homme-sujet » et versant existant) Heidegger distinguera précisément deux sortes d’attitudes d’être-au-monde, la forme inauthentique celle de l’étant avec ses catégories ( que l’on identifie avec le « on ») qui s’articulent de façon linéaire, puis la forme authentique celle du Dasein avec ses existentiaux qui s’agencent dans un mouvement circulaire, de co-appartenance et déterminent l’affection ( Stimmung): la tonalité ou le fait d’être intoné.<br /> <br /> De ce point de vue, le Dasein en son être-jeté est ouverture, il est son « là ». Afin d’être plus concise, prenons l’exemple d’un existential insigne celui de l’angoisse, l’absence d’objet met le Dasein en face de lui même qui expérimente une solitude très épurée (l’étant est absent de cette condition). Elle pousse à l’extrême la différence entre l’être et l’étant, elle nous met devant l’être, elle nous dévoile l’être de l’étant. Je suis alors un être dépouillé de tout artefact, contingences et « qualités mondaines ». Cette affection est étroitement liée à son enracinement dans la temporalité originaire, notamment celle de l’instant (qui n’est pas une série de maintenants) et me révèle ma propre étrangeté (Unheimlichkeit) c'est-à-dire le « rien » que je ne percevais pas et qui n’est pas le néant, mais probablement « une des manifestations de l’être » de l’étant. L’être comme non latence et comme aletheia apparaît.
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J
Merci beaucoup pour ces propos très justes et inattendus sur le présent dans l'article suivant.<br /> <br /> <br /> <br /> Pour l'être, en parenté avec l'absence de détermination, cela m'a fait penser à Paul VALERY qui disait : <br /> <br /> "Le déterminisme est la seule manière de se représenter le monde. Et l'indéterminisme, la seule manière d'y exister."
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G
Merci pour cette intervention bien venue. Hélas, pour le moment je ne vois pas encore clairement le rapport que tu fais entre le positionnement du Dasein et la question de l'Etre. Peux-tu en dire davantage? Comment s'opère ce "dévoilement" qui me mettrait en relation avec L'Etre, encore que tes remarques sur le on et la déchéance me semblent éclairantes? Mais cela ne me suffit pas.
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M
Cher Guy, effectivement « la réflexion heideggérienne » sur la distinction de l’être et de l’étant est une question centrale. En effet, en termes non heideggériens, nous pourrions dire que« La totalité du réel » repose sur cette différence ontologique qui dévoilerait le fait originaire, ce à quoi rien ne saurait échapper et ce sur quoi tout repose. Tout ce qui est prend place au sein de cette différence. Ceci est d’autant plus sensible, visible par le Dasein (l’être-là, « l’existant », « la réalité humaine »toute traduction étant vaine et misérable), avec cet éminent privilège inhérent au Dasein dont la pensée saisie comme évènement se déploie en direction de l’être. Ici, Le Dasein n’est pas le sujet, puisqu’il n’y a pas de différence ou autre problématique (kantienne) entre l’objet et le sujet. Le Dasein est un être toujours d’emblée jeté dans un ensemble, il est un être-au-monde. <br /> <br /> Mais derechef, atteindre l’être de l’étant suppose que l’on sorte de cette déchéance reliée à la dictature du « on », de l’inauthenticité, de la pensée sérielle qui nivelle toutes les possibilités de l’être de l’étant où chacun est l’autre et aucun n’est lui-même. A l’instar de Parménide, l’être ne désigne pas « ce qu’il y a » mais le « il y a »lui-même comme fait extraordinaire : le « es gibt sein
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