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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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19 mai 2026

KHAOS et la LUMIERE : Héraclite

Au début était Khaos, la grande Faille. On encore la Nuit, à entendre comme le fond sans fond précédant toute émanation, source universelle. Du fond sourd, éternellement  jeune, vivante et créatrice, la nature, Physis, en sa prodigieuse prodigalité. Les Chinois disent : la Mère des dix mille êtres, la Femelle obscure. Mais ne soyons pas dupes de la formule : « au début » n’a pas de début, est de tous les débuts, à chaque matin du monde, éternelle aurore qui déjà a lui, qui luit ce matin même, et qui luira encore. Les Grecs disaient : ce qui était, qui est, et qui sera, hier comme aujourd’hui, et comme demain. C’est ici que s’origine le sentiment d’éternité : éternelle aurore du monde, et de la pensée.

Cette évidence est la réponse lumineuse à la mélancolie qui voit en toute chose le déclin et la mort. La mélancolie est un savoir terrible, mais c’est un demi savoir. Elle privilégie la pente descendante, oubliant que la route qui descend est la même que celle qui monte. Que le déclin du jour, la venue de la nuit, sont la condition d’un nouveau jour.

Du Khaos émerge la lumière. La lumière établit les choses dans leur statut, fixe les contours, donne la mesure. Sans elle pas de monde. Elle distribue, répartit, distancie, met en rapport, sépare et unifie. Elle fonde le multiple comme tel dans l’unité supérieure qui les réunit : hen kai pan : un et tout, l’un est le tout, le tout est l’un, l’un se séparant de soi dans le multiple, le multiple se réunissant éternellement dans le tout. C’est l’intuition fondatrice d’Héraclite.

Ce n’est pas un hasard si Héraclite célèbre le Logos, mais le Logos est d’abord Phaos, lumière. Par la lumière il y a une nature (physis), et un Logos commun, qui pèse les choses, les reconnaît dans leur statut, les pense dans leur nature (physis) et les pose dans le discours (logos). La fondation de ce qui s’appelle depuis lors philosophie c’est l’acte lumineux du jour reflété, redoublé dans la conscience. Aussi chaque matin faut-il revenir à l’éblouissement fondamental, qui nous fait naître comme conscience lumineuse dans la lumière du monde.

La lumière s’origine de la grande Nuit. Il ne faut pas oublier la nuit, refouler,  négliger sa vertu propre.  Il importe de savoir mourir chaque soir, de porter en soi l’énigme de la nuit, pour renaître au petit jour. Plus originel que tout autre mouvement, celui-ci nous fonde en vérité. L’habiter est notre noblesse, notre santé et notre salut.

 

 

 

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Commentaires
G
Phoibos, le lumineux! C'est bien la lumière des soleils dispersés dans l'espace infini qui fait notre joie. Terriblement vivante dis-tu. Il y a bien une sorte de terreur muette dans le sentiment d'exister, si exister c'est s'éprouver scandaleusement vivant. Ce scandale marque de sa touche expressive la conscience qui sait que "je pourrrais ne pas être - mais je suis".<br /> <br /> Sartre disait : sans justification.
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M
« Bien des soleils gravitent dans l'espace désert : leur lumière parle à tout ce qui est ténèbres, — c'est pour moi seul qu'ils se taisent » (Ainsi parlait Zarathoustra). <br /> <br /> Avec une oreille attentive, je peux décider d’écouter ces soleils, de sentir leur chaleur sur ma peau frissonnante, de frémir de plaisir sous l’onde caressante. Recevoir, renvoyer cette énergie solaire, c’est résolument choisir et accepter d’ETRE et dire à la terre entière : la nuit existe, je la côtoie mais je suis aussi lumineuse et TERRIBLEMENT vivante ! C’est là ce qui constitue toute ma force et toute mon humanité.
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