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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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15 novembre 2011

De la REVOLUTION ANTHROPOLOGIQUE (II)

 

 

                                                                 IX

                                              DE LA REVOLUTION ANTHROPOLOGIQUE  2

 

 

Si cette révolution est bien en cours, comme je le pense, elle l'est présentement sur un mode passif. Les résistances sont innombrables, d'autant qu'aucune perspective de changement crédible n'émerge pour l'heure, si ce n'est sous forme de propositions relativement isolées, dans tel ou tel domaine spécialisé, comme l'économie, l'écologie militante ou la culture. Il me semble qu'aucun esprit, fût-il résolument génial, ne peut penser l'ampleur du phénomène. Ce processus est de nature planétaire, il excède largement les capacités de la pensée : ses traits sont encore relativement indistincts, mêlés, obscurs, incertains. Les penseurs ne peuvent qu'accompagner le phénomène, non le prévoir dans son déroulement, ni le conduire, évidemment. Il faut rappeler que les révolutions antérieures s'étendaient sur de longues périodes, parfois des siècles, et que leurs effets à terme n'étaient sans doute pas davantage discernables que pour la nôtre. De plus un effet de révolution ne se peut produire que par la rencontre cumulative de divers facteurs a priori distincts, qui soudain se culbutent, se renforcent les uns par les autres, produisant ce que les scientifiques appellent l'"effet catastrophe": amplification et généralisation des effets jusqu'à produire une mutation irréversible. On ne peut imaginer à l'avance, pour parler de notre actualité, ce que peut donner la rencontre de la paupérisation, de la guerre de l'eau, de migrations massives de populations, des idéologies fondamentalistes dans un continent pressurisé par la famine, déchiré par les luttes d'influence des grandes puissances. Et ce n'est là qu'un schéma parmi d'autres.

Je pense souvent à cette découverte de Karl Jaspers : l'humanité actuelle, sur le terrain culturel, moral et philosophique s'est formée, pour l'essentiel, à cette époque fort courte qu'il appelle "la période axiale", autour du Vième siècle, en même temps en Grèce, en Inde et en Chine, par un singulier hasard, puisque les fondateurs de ces nouvelles pensées ne pouvaient nullement se connaître. Comme si, dans les grandes cultures de ce temps, chacune de son côté accédait d'un coup à un niveau supérieur d"humanité. Héraclite, Pythagore, Empédocle, Bouddha, Confucius, Lao-tseu : quel émerveillement! Ces génies ont défini l'universalité de l'homme, son destin éthique, sa position dans le monde. Ce fut une chance extraordinaire, et nous l'avons fort évidemment manquée! Nous avons préféré idolâtrer le veau d'or, exalter nos passions de pouvoir et de conquête, comme si ces exigences éthiques étaient bien au delà de nos capacités mentales. Nous en sommes toujours là. Et voici que s'ouvre une brêche extraordinaire entre le fil des révolutions scientifiques, technologiques, économiques, croissance exponentielle, volonté de puissance infinie, - et d'autre part l'impossible révolution mentale, proposée par les fondateurs, ratée sur toute la ligne. Divorce abyssal entre l'intellect discriminant, efficace, opératoire, conquérant - et la pensée contemplative, méditative, au principe d'une éthique humaniste et universelle.

Ce fossé mérite réflexion. Car si l'homme "peut", et semble être le seul à pouvoir ausculter et  maîtriser les forces de la nature, il semble par ailleurs dangereusement inapte à se modifier dans sa nature instinctuelle et émotionnelle. Ce hiatus est douloureusement inquiétant. Je vois partout la sauvagerie la haine, la destruction, la  pulsion de meurtre, et surtout cette joie sadique de détruire, et je me demande sincèrement si une telle espèce n'est pas une tragique erreur de la nature.

C'est là un aspect essentiel de notre interrogation : une révolution de l'humanité est-elle possible, qui ne réitère pas les effroyables massacres des temps passés?

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Commentaires
A
Bien sur nous ne maîtrisons pas le déchainement des éléments sauf, que nous pouvons être prudents et prévoyants.<br /> Si chacun dans son environnement oeuvre de façon écologique son action devient universelle.<br /> Espérons qu'il n'y aura pas de conflits entre les peuples.<br /> Aux politiques en toute conscience de prendre les pouvoirs de leurs sages engagements, car nous ne sommes plus dans l'ignorance.
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T
L'inscription de la philosophie dans la cité, par le biais des cafés-philo, me paraît être une forme de résistance, dans la mesure où elle ouvre des espaces publics pour la discussion, l'effort de mise à distance et de réflexion. Comment développer d'autres formes de résistance ? Les blogs propagent une pensée critique, du moins ceux qui ne sont pas standardisés. Mais comment aller vers un travail libre, qui ne soit pas télécommandé par des injonctions à l'obéissance venues du pouvoir central ? Comment libérer des espaces pour l'initiative de base des individus ?
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G
Va pour le tremplin, mais ce que je ne vois pas ce sont les modalités pratiques que vous voudriez mettre en oeuvre, du moins à un niveua plus général.
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V
tg - j'ai cru que vous comprendriez le tremplin que pouvait constituer pareil "sujet de réflexion" : une sorte d'ALIBI pour une prise de position politique eu égard à des problèmes qui ne se voudraient que philosophiques (et qui peuvent tout à fait n'être traités que de cette façon). Il y avait là selon moi l'occasion de saisir à bras-le-corps la primauté des relations humaines sur les institutions dont on régale les esprits. Je me suis trompé. Du reste j'ai fait cet aprem une première lecture dudit article, celui-ci se révèle pour moi très décevant. <br /> <br /> gk - je m'en voudrais de tolérer quelque rancoeur personnelle aux sources de mon inspiration. Et je salue d'autant plus votre retenue à l'égard de mon "ironie" que je ne réponds moi-même quasiment jamais à toute attaque personnelle. Je pourrais faire à mon tour l'éloge de votre blog, soyez-en sûr. Mais je suis animé d'une "vision des choses" et surtout des moyens d'action que je me dois de critiquer toutes les attitudes ... comment dire ... infructueuses ?<br /> Je ne veux pas abuser de votre patience. A vrai dire, et sans ironie aucune, je crois que je vous en demande trop. C'est quand même un comble que Thomas et vous - alors que j'ai jeté une pierre dans votre jardin enveloppée dans un manuscrit - vous n'ayez vu que la pierre et reçu que le coup. <br /> Bien à vous deux, et merci de votre attention.
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T
Ne pensez-vous pas qu'il est peut-être possible de construire un discours critique commun sans se contraindre à répondre à un article - sans doute très intéressant - de la revue Philosophie ?<br /> Monsieur Karl anime des cafés-philo et des ateliers, et ce travail inscrit la philosophie dans la cité. Les blogs sont aussi sans doute une forme d'inscription de la philosophie dans la cité. Du moins dans son antichambre virtuelle.<br /> Peut-être défendons-nous tous une vision de la philosophie comme recherche de l'existence libre et heureuse, par l'esprit critique, et non comme instrument de prestige. Du moins c'est ainsi que je le vois. Je vous félicite en tout cas, Varna, de tenter d'unifier les efforts. <br /> La construction d'une plate-forme commune de discussion philosophique me paraît déjà quelque chose de très important. C'est un coup d'arrêt au sentiment de misère et d'urgence que provoque la crise - économique et pas seulement - actuelle.
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