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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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4 septembre 2025

Les 5 REGLES du SAVOIR : DEMOCRITE


 
1) "Quant à nous, en réalité, nous n'appréhendons  rien d'immuable,
mais ce qui change selon la disposition des corps, 
et des choses qui pénètrent et de celles qui repoussent ».
       En réalité : et non selon l’opinion commune, ni selon les métaphysiques de l’Etre, obsédées par l’immuable, qui fixent les processus, sans parvenir à l’intuition du mouvement universel. Plus remarquable encore, cette évidence de l’interpénétration des corps. Remarquons que Démocrite voit la connaissance comme action physique : nous même, comme corps, nous sommes pénétrés, repoussés : agités par le mouvement universel dont nous sommes un élément parmi d’autres : physique des corps.
 
2)  « Que nous n’appréhendons pas, en réalité, comment chaque chose est faite ou n’est pas faite, a été rendu évident de multiples façons ».
     
      En réalité : ce qu’est une chose, comment elle est constituée, ses caractères structuraux, tout cela est en dehors de notre connaissance. Nous en sommes réduits à constater l’action des choses sur notre corps, et réciproquement : l’évidence, le manifeste c’est l’apparaître phénoménal : pénétration et répulsion, action et réaction. Phénoménisme des corps.
 
3) « L’homme doit connaître au moyen de la règle que voici : il se trouve écarté de la réalité ».
   
     Admirable paradoxe : la vérité, c’est que nous n’avons nul accès à la réalité. Mais de cette constatation même il faut inférer la règle du Savoir : non pas renoncer au savoir, non pas tomber dans le nihilisme, mais fonder le savoir sur la reconnaissance préalable du non-savoir. Si le non-savoir est la forme fondamentale de la vérité, le savoir sera la somme des acquis élaborés par la perception phénoménale : ce que nous pouvons, selon l’évidence, reconnaître comme action et réaction des corps.
 
4)  « Ce raisonnement aussi montre à l’évidence que nous ne savons rien sur rien, mais que pour chacun l’opinion est un remodelage ».
   
      A l’évidence : nous ne savons rien sur rien, mais nous pouvons savoir que nous ne savons rien sur rien. Humilité préalable, qui nous permet de recevoir l’opinion ("l’opination"), comme une entreprise de remodelage, une construction hasardeuse sur la base de l’ignorance. L’opinion, ici, ne souffrira pas d'une condamnation facile (rejet de la doxa chez Platon au nom de l’intelligible), mais gagne son statut honorable de vision risquée, incertaine, et sans doute nécessaire et inévitable, projetée sur l’énigme du monde. Toutes nos connaissances ne sont, au fond, que des images plaquées sur le réel, des représentations qui nous permettent de vivre et d’agir. Faute d’accéder au vrai nous construisons des images du monde, et notre dignité de philosophes consiste très simplement à ne pas être dupes, à l’inverse du commun qui adhère à l’image.
 
5) « Il n’en sera pas moins évident que connaître en réalité comment chaque chose est faite se situe dans l’impasse ».
     
     En réalité, évident : vérité évidente de l’impasse : aporie, difficulté, embarras, indigence, incertitude. Comment ne pas penser à la célébrissime formule démocritéenne : "alètheia en buthô", la vérité est dans l’abîme?
Placer l’abîme au centre de la vie humaine c’est être grec au plus haut degré, héritier de l’esprit tragique, à mille lieues de l’optimisme de la connaissance. Nos savoirs ne sont jamais que des constructions de seconde main, des « remodelages », des projections imaginatives, ce qui n’enlève rien à leur intérêt pratique. L’homme, dans l’ignorance fondamentale où il est jeté, dans l’« abîme » de sa condition mortelle, ne peut faire autrement que d’imaginer, d’opiner, de fabriquer, en artiste, des conceptions du monde par quoi il affirme sa créativité. 
Au-delà d’un scepticisme apparent, Démocrite renoue avec la sagesse dionysiaque et apollinienne. La puissance d’Apollon s’exprime dans ces constructions artistiques et poétiques, ces images qui embellissent et célèbrent la vie. Mais à l’arrière-plan gronde le mystère de Dionysos : les mille masques de la beauté et de la poiesis ne font jamais que voiler le fond insondable d’une vérité abyssale et terrible.
    

 
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