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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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18 mai 2011

De la Riche INTERIORITE MEDITATIVE

Une riche intériorité méditative, voilà ce qui caractérise le philosophe selon mon coeur. Penseur certes, comme le veut Heidegger, mais d'une pensée qui se distingue radicalement de la pure et simple conceptualité. Toutes les grandes traditions, des Taoïstes aux Bouddhistes, des Antésocratiques aux Pyrrhoniens manifestent une profonde attention au développement de l'intériorité, recueillant  avec gratitude toutes les apparences phénoménales pour les intégrer dans la vision contemplative du tout. Mais ce tout n'est jamais seulement le monde extérieur, visible et invisible, il se rapporte toujours à une intuition centrale,  sensible et intellective, qui est l'être intérieur, sa vérité inconditionnelle. C'est ainsi qu'il faut comprendre l'Apeiron d'Anaximandre, la vacuité de Bouddha, le Tao de Lao-Tseu, le Sphaïros d'Empédocle. Ces termes sont des approximations verbales, des non-concepts qui tentent de conjurer la fermeture du concept, d'ouvrir, dans l'indétermination, à une dimension extra-conceptuelle, indicible :

"Le Tao que l'on peut nommer n'est pas le véritable Tao" (Lao-Tseu)

Qui pourrait qualifier l'Apeiron autrement qu'en termes négatifs : a-Peiron, non-limité, non-défini, non-définissable. Et Pyrrhon : "Les choses sont également in-différentes, in-décidables, im-maîtrisables". Et Bouddha : au delà de la vérité relative des phénomènes, des formes et des figures, la vérité absolue du non formulable. Tous ils disent que le discours achoppe, que la parole manque son objet, que le mot n'est pas la chose. Et pourtant c'est bien la chose qui compte, qui est réelle : res, en latin, c'est chose.

Le philosophe se rapporte à la Chose, en quoi il se distingue des autres, se manifeste dans le monde comme l'être de la radicale parole de l'Absence : absence du savoir, absence de la maîtrise, dépossession métaphysique et existentielle. C'est en quoi il est insupportable. On feint de respecter sa distance critique, sa défiance, sa "hauteur de vue", mais dans le secret du coeur on souhaite son élimination. Illusion oblige.

Se rapporter à la Chose est une pratique de l'intériorité. Quand le philosophe s'exprime sur le kosmos, sur l'infini, sur la source indicible de toute phénoménalité c'est encore de lui-même qu'il parle. Mais attention : ce "lui-même" n'est pas le sujet de la psychologie empirique, ni même de l'inconscient, ou de quelque subtile structure infra-linguistique. Ce n'est pas davantage le sujet de l'Histoire, ou de la Culture universelle. Ce sujet n'en est pas un, si tout sujet est l'assujetti d'une autorité symbolique, humaine ou anthropologique. Ne parlons même pas de sujet. Ce dont nous parlons excède toute subjectivité, tant il est vrai que toute subjectivité est l'envers nécessaire d'une nécessité objective. Tous, ceux dont je parle, répètent à l'envi que ce dont ils parlent n'est pas l'expression d'une coupure sujet-objet, n'est pas commandé par l'ordinaire opposition du connaissant et du connu. Hors langage, cela qui tente de se dire par le langage, mais un langage détourné de sa fonction d'information et de communication, poiétiquement subverti, où c'est le trou qui compte, qui fait signe :  discours de l'Ab-sens.

La "physique" des philosophes n'est pas une physique. Leur monde n'est pas le monde. C'est une parole sans extériorité, a-phasique et totale. L'extérieur et l'intérieur coïncident dans une fulguration intuitive qui fait exploser l'opposition du dedans et du dehors, pour ne laisser subsister que l'intuition unitive, dans l'intériorité épurée, qui est à la fois soi et le monde. C'est ainsi que j'entends le "noein" d'Empédocle, qu'il faut bien rendre par "penser", mais un penser qui est corps, et coeur, et "diaphragme", et certitude intérieure de la pensée qui se nourrit de soi en se nourrissant de toute la riche phénoménalité des choses. Goethe écrivait dans "Tassso" : "Tout est là et je ne suis rien", mais ailleurs aussi : "C'est du rien que je fais ma cause". Ma cause c'est ma chose, et ma chose c'est rien - rien de ce qui se nomme et se dénomme. 

Les Grecs ne faisaient pas de psychologie. Voyez Eschylle. Ou Héraclite. Ils se rapportent d'emblée à l' Im-mense, tantôt sous la forme mythologique de la Moïra, chez les Tragiques, et plus essentiellement à l'Excès, entendu comme forme-informe de l'Un-Tout. Leur humanité, du moins dans les temps archaïques, n'est pas auto-centrée comme chez nous. C'est pourquoi ils nous parlent, bien davantage que les Modernes, de ce rien qui est la Chose même.

 

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Commentaires
G
Je me sens, quant à moi, bien démuni pour créer de la sorte un dire qui dise cet apophainesthai : la poésie me semble davantage capable de le faire que le discours. Il y faut une parole de l'originaire que les Antiques savaient encore faire entendre.- Je reconnais dans cette remarque son auteure inspirée! - et je la remercie!
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M
Le langage est terriblement piégeux mon cher Guy, souvent inopportun, voire même inapproprié pour faire signe vers cette forme d’intériorité méditative. Pour autant, il ne s’agit pas d’un néant d’existence n’est-ce pas, mais seulement d’un néant de détermination, d’une tournure spécifique mais sans forme (amorphon – aneidos) du regard, de notre vision intérieure, d’aucuns diront d’un troisième œil peut-être : une vision sans visée. Et si de toute force, mon cher Guy, nous devions revenir à un certain « degré ou niveau » de langage, pourquoi n’envisagerions-nous pas un nouveau mode d’expression : APOPHANTIQUE, révélateur de la chose même à partir de son ORIGINE ( apo), de son propre surgissement.
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