Le dieu d'Héraclite
Dans la vie et l’œuvre d’Héraclite on peut relever la référence à cinq divinités du panthéon traditionnel.
Artémis d’abord, qui honorait Ephèse d’un temple célèbre, où Héraclite, selon Diogène Laerce, aimait jouer aux osselets avec les enfants, dédaignant la politique et les mœurs de sa ville natale. C’est à Artémis qu’il remet son grand œuvre avant de mourir, confiant à la déesse le soin de sa pensée pour l’éternité. Artémis est la soeur jumelle d’Apollon, ce qui inscrit en toute clarté la pensée d’Héraclite dans la sphère apollinienne.
Apollon est signalé deux fois de manière indirecte : « Le nom de l’arc est vie, son œuvre est la mort. » et : « Le dieu qui est à Delphes ne montre ni ne cache, il fait signe ». Rappelons le caractère ambigu du dieu « oblique », inspirateur des plus hautes réalisations de la culture (la lyre), guérisseur et médecin, mais aussi dieu de l’arc, impitoyable comme le destin.
Dionysos est cité dans un passage où Héraclite condamne les cérémonies purement formelles et civiles, exécutées sans vraie connaissance du sacré. Et lorsqu’il évoque le dieu véritable qui préside à l’ordre du monde, il salue le jeu divin de l’enfant. Or Dionysos, dans les sculptures helléniques, est régulièrement représenté avec des osselets, des poupées, un miroir, des toupies : images de l’innocence et de la royauté de l’enfant, gratuité inconcevable du devenir.
« Hadès et Dionysos c’est le même » : Dionysos symbole de la vie luxuriante, Hadès dieu de la mort. Vie et mort c’est tout un dans le cycle éternel des métamorphoses. Contrariété et unité, comme dans la symbolique de l’arc et de la lyre, comme dans Apollon.
Et Zeus enfin, principe de souveraineté cosmique : « L’Un, la sagesse unique, accepte et refuse le nom de Zeus ». On peut l'évoquer sous le nom de Zeus, mais ce n'est là qu'une approximation. La pensée d'Héraclite s'élève bien au delà des conventions langagières.
Mais il est bien évident que le dieu, le seul dieu d’Héraclite, c’est le Tout, dont la symbolique la plus sensible et la plus vraie est le divin Sphaïros qui contient tout et qui est tout, qui est le Tout.