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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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15 juin 2009

PRONENADE PHILOSOPHIQUE

Il existe en allemand une expression pour laquelle nous n'avons pas d'équivalent adéquat : "das Wandern", que nous traduisons faute de mieux par "promenade, excursion, balade, vaticination, cheminement". Le "Wandern c'est tout cela à la fois, et encore davantage. Cette notion renvoie de fait à une longue tradition de voyage à pieds, par monts et par vaux, sans autre souci que de parcourir la belle nature, les yeux bien ouverts et le coeur content. Concrètement cette idiosyncrasie pédestre se traduit dans l'abondance des chemins forestiers balisés, des refuges de montagne et des chants de marche, toujours gaillards et allègres. J'ai pratiqué cette noble activité dans ma jeunesse mais aujoiurd'hui je me sens un peu paresseux, lourd de jambe et rétif à l'effort. Je me reproche quelque peu cette fâcheuse inclination, mais qu'y puis-je? Je suis devenu quelque peu casanier et urbain, sans m'en glorifier le moins du monde. Mes vaticinations manquent parfois d'espace et de large. Mais je compte bien aérer mes humeurs. Point par point je poursuis lentement mais sûrement ma révolution.

Depuis de longues années je pratique une sorte de "Wandern" philosophique, à la teutonne, mais non sans quelque oeillade du côté de la Dordogne, du Périgord et de la Gascogne. Maintenant que je suis installé en Béarn je me familiarise de mieux en mieux avec une certaine sensibilié agreste, bucolique et méridionale qui m' a toujours fait rêver. Du regard je parcours avec émerveillement les jolis bocages du Jurançon, les nuages qui traînent au ras des côteaux, et le merveilleux glissement ascensionnel vers les premiers sommets des Pyrénées. D'ici, chaque matin de lumière, je contemple la cime des Gabizoz, encore saupoudrée da quelque neige tardive, alors que le soleil se faufile obstinément entre les arbres du square, et que la journée s'annonce brûlante. Ma joie, ici, c'est l'abondance et l'extrême variété de la végétaion, où se mêlent les grands chênes du nord et les palmiers du sud. De vrai, je suis à Athènes, à Rome, à Florence et à Gand, et à Strasbourg! D'ici le monde entier me tend les bras et m'accueille!

En Alsace, puis en Lorraine je rêvais d'écrire des "Pronenades épicuriennes" où je m'eusse exercé à vaticiner par les allées fleuries de la pensée antique : revisiter les écrits du maître sur le plaisir, la vie heureuse, les affects et les passions, la solitude et l'amitié. Surtout je voulais rédiger une "Esthétique" où j'eussse examiné les conditions naturelles et acquises de la sensation, fondement de tout rapport au réel, principe de vérité, mais aussi, et c'est là que je m'éloignais d'Epicure, de la Beauté. La vie m'a entraîné ailleurs, mais ces idées sont toujours là, au principe d'une philosophie de la nature dont le sens véritable se découvre à moi avec beaucoup plus d'acuité, et d'urgence.

De fait je me suis beaucoup promené plus que je n'ai étudié. J'étais plutôt rétif aux enseignements universitaires, fort ennuyeux, et sans rapport avec mes propres préoccupations. J'ai toujours pensé à côté. Préférant toujours le texte initial aux commentaires savants, aux gloses et aux spécialités. Toujours électron libre, farfelu et indiscipliné. Comment j'ai pu réussir mes concours je me le demande encore. En revanche j'étais au plus près de mes élèves qui me sentaient du même côté qu'eux. Aujourd'hui, délivré de toute charge officielle, je suis toujours un amateur, un autodidacte et un réfractaire. C'est en cela que je me sens philosophe, et plus que beaucoup d'autres, pourtant renommés et publiés.

Je me promène toujours, et plus que jamais, assuré de ma liberté inprescriptible. De Bouddha je vais à Montaigne, de Pyrron aux Epicuriens, d'Héraclite à Schopenhauer, sans méthode, sans programme, sans recherche autre que le bon plaisir et l'injonction du moment. Je n'approfondis rien. Je batifole. Je vaticine. "Papillon du Parnasse je vais de fleur en fleur". Le savoir n'est pas mon souci. J'estime en savoir assez, et plutôt de trop en vérité. Je m'applique - si toutefois ce mot a encore un sens chez moi - à oublier plus qu'à retenir. Je me transforme en seau percé. A peine sais-je encore quelques citations, dont je pusse à l'occasion éblouir mes auditeurs. Je vois bien que nul ne peut sentir et penser à ma place. Retour à la conscience la plus vive, la plus originelle. Et si je feuillette de ci de là quelque auteur c'est pour m'esbaudir et me revigorer. C'est l'examen perpétuel de la conscience, de ses folâtreries, de ses ratés et de ses saillies qui fournit matière à philosopher. C'est là exercice et joyeuseté inépuisable.

Toute cette amusette, cependant, ne  manque pas de sérieux. Mais c'est un sérieux allègre, de plus en plus allègre. Moi qui pleurais beaucoup je ne pense plus qu'à rire. C'est là leçon de santé. Pour autant je ne suis pas aveugle, mais j'entends ne plus m'affliger en vain de ce que je ne peux changer. L'héroïsme est une illusion de jeunesse. La lucidité vous rend plus grave d'abord, franchement hilare au seuil de la vieillesse. Gigantesque rire chinois : " Quand tu comprends les choses sont ce qu'elles sont. Quand tu ne comprends pas les choses sont ce qu'elles sont".

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