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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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7 janvier 2009

DU SEIN et du PENIS : thématique de l' ENVIE

Certains des textes précédents peuvent irriter. Mais pour l'essentiel je n'ai fait que retransmettre les leçons d'une certaine vision psychanalytique issue de Freud. Pour ma part, j'y vois beaucoup de vérités. Mais il manque quelque chose, qui est essentiellement le discours - ou la parole - de la femme elle-même sur la féminité. Cela s'explique en partie par des raisons historiques. Voyez la célèbre photo de Freud entouré de tous ses disciples. Il n' y figure qu'une seule femme : Lou Andréas Salomé. La psychanalyse est au premier chef une création masculine. Pour aller plus loin dans les problématiques de la différence sexuelle il faut écouter ce que les femmes analystes en diront à partir des travaux de Mélanie Klein qui renouvellera la théorie grâce à l'observation assidue des petits enfants, et mettra à jour la préhistoire de la petite enfance, dont l'importance ne devrait échapper à personne. Que vit le bébé après sa naissance? Comment évolue le lien fusionnel des premiers mois? Comment se construit la différenciation d'avec la mère? Comment se présente ce moi originel? Peut-on seulement parler de Moi pour une période si obscure et oubliée, à peu près inabordable par les moyens usuels de connaissance?

Un des apports les plus fondamentaux de Mélanie Klein est de montrer - mais Freud l'avait entrevu sur le tard - que l'objet de désir par excellence est le sein : sein réel du besoin alimentaire mais aussi objet imaginaire, fantasmatique en lequel se construisent toutes les attentes de sécurité, d'amour, d'attachement, au sens le plus primitif, aggrippement, pulsion de conservation, avec les angoisses correspondantes d'abandon, de perte, de déchirure voire de morcèlement. C'est à cet âge que prendraient naissance des dispositions psychotiques, liées à de trop grandes angoisses de morcèlement, des sensations traumatiques de haine maternelle ou de déni.

La grande trouvaille de Mélanie Klein, c'est la thématique de l'envie. Passion infantile par excellence, frénésie de souffrir de ne pas avoir ce que l'autre est supposé avoir. Or dans la toute petite enfance le sein n'est pas un objet externe distinct du Moi, mais une partie fantasmatique de celui-ci. Avec un peu d'emphase on pourrait presque dire : je suis ce sein qui me comble. Mais viennent très vite les frustrations. Le sein se met à manquer. Ou plutôt, il se détache, on le lui arrache, on le lui rend pour le reprendre encore. Ce jeu peut devenir agréable dans le contexte de sécurité qu'établit la "mère suffisamment bonne" (Winnicott) ou alors sadique et catastrophique, échange de non-échange, ou plutôt de haine et de destructivité dans la structure perverse ou psychotique de la mère. En tout cas, selon le processus inévitable du nourrissage, l'objet se construit en se détachant, bon ojet qui comble, mauvais objet qui frustre et entretient une envie insurmontable. On devine les conséquences quasi ineffaçables de ces premiers processus de communication. Là dessus lire Mélanie Klein ; "Envie et gratitude".

L'envie fondamentale est donc celle du sein, commune évidemment aux garçons et aux filles. Envie bien difficile à surmonter mais qui finit presque toujours par disparaître au fond de l'inconscient, ce qui ne signifie pas qu'elle ne soit pas agissante sous une forme dérivée. Il en va de cette envie comme des Titans repoussés au fond du Tartare par Zeus. Mais les Titans poussent parfois des lamentations qui s'élèvent jusqu'au ciel! Il en va de même ici. Surtout dans la psychologie féminine : si la fillette reste avec un fond d'insatisfaction tenace et invincible, cette envie pourra se déplacer, lors de la phase dite "phallique" sur la question du pénis. (voir mes précédents articles sur le phallus). On sait que Freud avait inventé ce terme assez malheureux d' "envie du pénis" qui aura une longue destinée. Mais je pense que la problématique est indirecte : envie du pénis par déplacement et reviviscence de l'envie du sein : pourquoi l'autre a-t-il ce que je n'ai pas? La fillette dépourvue de pénis et trop jeune pour avoir de beaux seins comme sa mère se considère à tous égards défavorisée. L'envie de pénis est un pseudo concept, une sorte d'erreur de jugement. Cela explique en particulier la résistance des femmes à ce schéma du manque, galvaudé et peu explicatif, et aussi les échecs d'analyses qui se bornent un peu trop facilement à renvoyer à la différence des sexes comme explication ultime des traumatismes de l'enfance. Une analyse approfondie ne peut se contenter de travailler l'envie du pénis, qui, en fait, renvoie à des troubles antérieurs non résolus.

Le sein est le premier objet, universel. Le pénis est un autre objet, mais bien plus tardif dans l'histoire du sujet. Rien n'en fait un objet de qualité supérieure, malgré sa charge exceptionnelle en investissement imaginaire. ( C'est le seul objet à être manifestement érectile). La femme se console assez souvent dans la maternité et tout le monde voit bien que pour beaucoup de femmes l'enfant est ce qui compte le plus au monde, au détriment parfois du mari ou de l'amant. L'homme  se console de son incapacité d'enfanter par d'autres prestiges, dits virils, ou par la création artistique. Ce n'est pas un hasard, sans doute, si la plupart des grands philosophes, des grands artistes, cuisiniers, modistes, poètes et penseurs sont des hommes.

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