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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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9 juin 2008

De la CHOSE suite II

Pour en revenir à la clinique et y vérifier au moins partiellement nos propositions, je demande que l'on examine à nouveaux frais la dialectique des passions. Qu' y voyons-nous si ce n'est un détournement massif de la réalité ambiante au profit quasi exclusif et obsessionnel d'un "objet" (amante, collections diverses, sexe, pouvoir etc) dont Lacan écrit fort justement qu'il est élevé à la dignité de la Chose, devenant le signifiant absolu de la totalité toujours manquée mais que le sujet ( l'est-il encore?) s'efforce désespérément de réaliser, au moins sous forme de fantasme, cherchant pour ainsi dire à coller à la Chose au point de s'y engloutir. On pourrait continuer de la sorte avec l'examen des diverses addictions, comme la drogue, à laquelle finalement on sacrifie sa vie. Et enfin je verrai une autre forme, plus étrange peut-être, dans des états dits "maniaques" où le sujet se sent gagné par une sorte d'euphorie sans limite, capable de tout, et même de voler comme un avion si l'envie l'en prend, au mépris de toute réalité, et physique et sociale. On dirait que la personne réintègre le stade du narcissisme primaire et s'identifiait au Tout dont elle est pourtant manifestement séparée. D'où les conduites insensées, les comportements asociaux, provoquants, absurdes, irrationnels qui inquiètent l'entourage et finissent par nécessiter un internement provisoire.

On sait que la manie et l'hypomanie, forme atténuée de la première, sont le revers assez fréquent de la mélancolie, formant ce qu'on appelait jadis la maladie maniaco-dépressive et que notre psychiatrie récente qualifie plutôt de trouble bipolaire. Dans la mélancolie la Chose est vécue comme absente, trou blanc dans une structure blanche, ruinant tout intérêt possible aux objets, et dans l'état maniaque la Chose se présentifie dans un délire occasionnel aux conséquences redoutables. La forme exclusivement mélancolique ( trouble unipolaire) existe également, mais plus rarement. La tendance dominante est de considérer les deux états, mélancoliques et maniaques, comme l'envers et l'endroit d'un même désordre structural. Quant à en déterminer l'origine la bataille fait rage entre les "biologistes" partisans du tout-biologique et neuronal, et les "psychiques" qui, à la suite d' Abraham et de Freud, cherchent une origine historique, surtout dans les traumas de la petite enfance. Pour ma part je n'ai pas d'opinion définitive, chaque théorie ayant sa pertinence. De plus on voit bien qu'il faut, dans la pratique médicale courante, et des médicaments et un suivi psychologique. Cette querelle devrait bientôt cesser avec l'avancée des recherches.

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