Le THERAPEUTE et le SAUVEUR
Suite à une intervention extrèmement fine et fondée de notre ami Démocrite je suis en devoir de confesser quelques erreurs. Il faut en effet distinguer soigneusement la position tragique de la position pessimiste, selon une perspective admirablement analysée par Clément Rosset ( Logique du Pire PUF) Je renvoie à ce texte indépassable. Pour ma part je constate que la différence m'apparaît à moi aussi évidente à mon intelligence, mais que ma sensibilité profonde, plutot mélancolique, m'amène très souvent à assimler tragique et pessismisme. La raison distingue, mais la sensibilité ne suit pas. Je dois lutter perpétuellement contre une image négative et doloriste héritée de mon catholicisme d'enfance qui m' a marqué plus que je ne voudrais. Or le Christ est le sauveur. Mais qu'est-ce qu'un sauveur? Et pourquoi ai-je intégré cette image du sauveur dans mon inconscient de manière si profonde que je n'arrive pas à m'en libérer complètement. Le sauveur vient au secours d'une création, ou d'une créature fondamentalement corrompue par le péché originel. De fait "tout est foutu" depuis le départ pour l'homme sans Dieu, comme le montre si clairement Pascal, sauf si et exclusivement si la créature s'en remet au sauveur. Le pessimsme fondamental appelle une solution inconditionnellle, une soumission inconditionelle, en clair nous sommes dans la perversion sado-masochiste.
Un persécuteur : le diable. Une victime : l'homme corrompu, un sauveur (et un seul) : le Christ. Voilà qui dessine clairement ce qu'en Ananalyse transactionnelle on appellle le Triangle Dramatique, scénrio de base de toutes les perversions. Dans l'affaire qui est le plus pervers? Le Diable persécuteur, initiateur du mal et de la tentation? La victime qui se laisse manipuler comme un hochet, cédant à ses tentations charnelles ou à ses fatasmes de domination, ou le Sauveur, qui deviendrait inutile si le mal disparaissait avec la figure du Séducteur? Et chacun peut plus ou moins permuter avec les autres, dans une espèce de partouze nèolibérale où le persécuteur devient victime, le sauveur persécuteur, et la victime accusateur, ou persécuteur, et sauveur à son tour? Les rôles ne dépendent pas des personnes mais de la structure dont le fondement est à explorer. En tout cas pas de sauveur sans victime ni monde méchant, ou mauvais, ou malédiction initiale. A la rigueur le pervers absolu c'est dieu, idée que défendent d'ailleurs les Gnostiques contre les chrétiens., en prétendant que le dieu judéo chrétien ne peut décemment être l'auteur d'une abomination telle que nous la vivons.
Le thérapeute n'est pas un sauveur, ou ne devrait pas se fantasmer comme tel, sinon il fait entrer son patient dans la galère interminable de le perversion pseudo thérapeuthique: il éternise le mal en la personne d'un fautif (par exemple un des parents), il infantilise son patient en le transformant en objet sexuel ou en passionaria du malheur, il s'éternise lui-même comme l'incontournable, l'indispensable, l'Unique en somme comme Dieu. Le pervers manipule sa victime pour en faire une création sans volonté, sans désir, pur objet de son fantasme; Et ça marche!
Le thérapeute ne vise pas à sauver mais à soigner, c'est à dire : prendre soin, soutenir, éclairer, faire réfléchir. Lui même se soumet préalablement à la loi thérapeutique fondamentale : tu ne profiteras pas de ta position pour aliéner l'autre à ton désir, à le soumettre à tes fantasmes, à en faire un objet de pure jouissance narcissique. Tu le respecteras dans sa liberté et ses choix. Et tu exigeras de lui respect à ton égard. Bref c'est le contrat de base qui fait Loi d'abstention sexuelle, interdiction de mainmise psychique et de domination mentale. Le sauveur veut prendre la personne pour l'assujetir, le thérapeute ne veut rien , même pas guérir : il se rend disponible dans l'écoute pour le surgissement de la liberté.
Finissons avec le mot fameux de Groddeck : le médecin soigne, c'est la nature qui guérit GK