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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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8 novembre 2007

Le moi comme surface (III) : de natura deorum

Dans leur grande sagesse les Grecs ont assigné les Immortels en résidence sur le sommet du mont Olympe. De la sorte ils étaient à la fois très loin, jouissant de cette distance indispensable qui inspire crainte et respect, et très proches, mêlés en tout cas à la tourbe commune, à l'unique domaine de la vaste nature. "Incorruptibles, immortels et bienheureux" il sont nés des affres de la sexualité commune, issus souvent de quelque inceste bien senti, d'un  rapt ou d'un viol plus ou moins consenti, livrés comme tout un chacun aux démons de la jalousie amoureuse, de l'envie destructrice et de la haine tenace. Nés, ils ne mourront pas, c'est toute la différence d'avec les mortels. Différence de taille dira-t-on, j'y consens, mais est ce une différence de nature? Après tout ils vivent à la surface de la terre, ils sont faits de matière terrestre, ils représentent dans la nature ce qui est rare et précieux, mais nullement un ordre transcendant, radicalement autre comme sera le dieu des monothéismes. Le sommet d'une montagne, voilà la petite différence. Elle suffit à marquer la hauteur indispensable à la divinité, mais incluse dans l'orbe commun du cosmos habité. D'après la légende il exista même un temps d'or où les hommes et les dieux cohabitaient sagement dans les clairières. Mais ce temps est révolu. Les dieux se sont éloignés, et malgré leur définition intiale ils finiront par mourir.

N'oublions pas les autres divinités subalternes, plus ou moins occultes, celles des sources chantantes, des rivières paisibles, des fleuves déchaïnés, de la mer et des airs, du vent et des tempêtes, du soleil, de la pluie, de l' arc-en ciel. Et toutes ces monstruosités infernales, mi divines mi titanesques, qui exsudent leur ennui sempiternel dans les abîmes du Tartare. Mais le Tartare c'est encore la terre, la terre profonde et mystérieuse des cavernes, des grottes et des précipices. Toute une ménagerie de fauves, de cyclopes, de faunes, des spectres hideux et de gnomes patibulaires hantent ces profondeurs et gémissent de concert avec les soupirs endeuillés de la terre. L'Hadès même aura son temple à Elis, et son serviteur philosophe. Toutes ces divinités, aériennes, éoliennes, aquatiques, telluriques et sublunaires ont leur domaine propre, leurs attributs et leurs fonctions, et leurs limites dans un monde globalement un, d'une seule et unique nature : la Physis éternelle. Aucune transcendance, aucun arrière-monde, aucun dualisme, la nature, rien que la nature.  Immanence absolue de la Surface Absolue.

Les hauteurs et les profondeurs n'introduisent pas à quelque autre monde. Les précipices n'ouvrent pas la porte sur quelque monde impénétrable. Les dieux n'habitent pas le ciel, mais la montagne sacrée. Hommes et dieux partagent inégalement le même sort dans le même cosmos. Il faut penser la vie psychique comme d'une seule pièce, d'une seule surface, avec des plis innombrables qui s'enroulent autour de formations enkystées, avec des auréoles et des creux, des fissures, des discontinuités, des relis et ces plissements, des ruptures de continuité, des cavernes bien sûr, mais toujours de la terre ou de l'eau, toujours de la tourbe et du sable et de la fange, et le séjour olympien lui-même n'est que de terre, de roches et de broussailles!

Il faudra tenter de décrire ces innombrables formes de vie, disparates, diverses et mêlées, antagonistes et amicales qui peuplent la terre et les eaux, et l'azur, et l'âme du feu lui-même, feu du ciel, mais le ciel encore appartient à la même nature. Sur l'immense surface plane et irrégulière il faut penser de brusques chutes et de d'abrupts élancées verticales. Nulle monotonie, mais dans la diversité multiple, incalculable, l'unité de nature est définitivement souveraine.

 

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