BLANCHEUR MUETTE - Livre II
LIVRE DEUX
HEPHAISTOS
1
Mais par le trou passe le vent du monde
Impénitent
Tumultueux, tourbillonnaire
Le corps s’en va en tous petits morceaux
Aux quatre vents
Tourbillonnant dans la lumière
Il ne faut rien garder
Laissons passer laissons courir laissons flotter
S’évanouir
Notre pauvre mémoire
L’extase
En un seul mouvement solaire
Abolit, réunit
Le vivre et le mourir
2
L’utérus maternel
Long tunnel obscur
Pas de lumière
Pas de lampions
Pas de soleil
Il fait très froid
Je rampe, coudes écorchés
Genoux tailladés
Je brûle de froid dans mes artères
Tétanisé
Pendant vingt ans j’ai reculé devant l’effroi
La gorgone hideuse et violeuse, gueule ouverte
Le Moloch pédophage
A présent
Quoi qu’il en coûte
Je rampe dans le tunnel
J’ai traversé le marécage intestinal
J’ai vomi le cloaque et l’abject
Etron de la mélancolie
Demain, peut-être
Au détour d’un méandre de chair
Une lueur
Lointaine galaxie, à des années-lumière
Viendra chauffer mon cœur.
3
Evangile selon Saint Guy
Rendez à chacun son trou
C’est la parole de justice
La haine, c’est de porter le trou de l’autre
Voyez comme il est grand, profond, marécageux
Comme l’antre de la Méduse
Rendez méduse à la Méduse
Que chacun porte son propre trou
C’est la parole de sagesse
Celui qui porte le trou du monde
Engendre, éternise la haine
Il est la croix et le fléau du monde
Le trou
Est la chose du monde la mieux partagée
Rendez à chacun son trou
C’est la parole de vérité.
4
Héphaïstos
Dans les boyaux de la Méduse
J’ai vécu quatre vingt mille ans
Et avec moi toute l’humanité
Hachez, hachez menu
Brisez, cassez, crachez
Par tous les pores du corps
Flatulence et purulence
Miasmes et spasmes
Expulsez, éructez, vomissez !
Sous la hache d’Héphaïstos
Les corps se mettent à craquer
A hurler
Le sang gicle en paquets
De pourriture, de moisissure !
²
Mais après quelque temps
La blessure cicatrise
Un souffle pur et vif
Un autre sang, une autre ardeur
Fait danser le corps!