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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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20 juin 2007

DU CORPS II

Autoérotisme: le coprs comme source de la pulsion (zones érogènes) est aussi objet (objets partiels) de la pulsion. Une courbe rétroactive dont le but est la satisfaction. Dans son trajet la pulsion rencontre l'autre des soins corporels dont le rôle est extraordinairement important. C'est cet autre qui éveille, ou éteint, les zones pulsionnelles, avec son coefficient propre d'excitation érotique. Dans l'absolu l'autoérotisme n'existe pas puisque toujours un tiers vient médiatiser quelque chose du travail pulsionnel, l'enrober de paroles tendres ou méchantes, la colorer de manière spécifique. Cette trace de l'autre est vraisemblablement ineffeçable, et laisse une marque affective singulière qui viendra colorer les émois pulsionnels futurs. Le premier amour est toujours la mère, et l'on n' a pas fini d'en sonder les incalculables conséquences, pour le garçon comme pour la fille.

L'idéal serait que le corps anatomophysiologique soit innervé tout entier de libido. On sait que cet investissement libidinal se fait par stades successifs: oral, anal, phallique, génital. Des couches de plus en plus nombreuses du corps vécu sont ainsi progressivement sensibilisées, rattachées à une synthèse unifiante qu'on appelle le Moi. Ce moi est largement inconscient, tant il est vrai que  cette image psychique qui se construit de la sorte n'est nullement pensée, mais vécue dans une immédiateté médiate, dans une sorte d'adhérence sans distance. Le moi ne se connaît pas lui-même, mais il se projette dans les fantasmes, rêves ou créations imaginatives, comme le dessin d'enfant par exemple, ou encore le jeu. On sait que Winnicott utilisait le jeu comme technique d'investigation et d'expression ce qui lui permit un travail en profondeur avec ses petits patients.

Malheureusement il arrive souvent que telle partie du corps soit purement et simplement gommée dans la représentation: tel autiste n' a pas de corps propre, pas de conscience des organes et des membres. Tel schizophrène ignore totalement sa bouche, ou n' a pas d'estomac, ou de pénis. Tel mélancolique déclare  être un corps sans contenu, sans organe, immortel comme un pur esprit. Plus banalement la clinique révèle des carences dans la représentation du tout. On parlera de clivage pour désigner un processus où un côté du corps est désolidarisé de l'autre, où l'image du moi a expulsé des zones érogènes inassimiolables ou indésirables. De ce point de vue c'est la clinique des psychoses qui nous a le plus appris sur ces mutilations psychiques inconscientes, ces démembrements spectaculaires, et parfois ces pulvérisations du corps propre. Mais la névrose ne va pas sans refoulement, non pas des zones génitales, mais de la quantité spécifique de plaisir qui s'y rattache normalement. Là où le psychotioque se fantasmera sans sexe, le névrosé éprouvera simplement un dégoût ou un désinvestissement massif de la zone génitale: l'indifférence des hystériques, le dégoût mêlé de fascination des obsessionnels. Dans les structures borderlines on assiste plutôt à des clivages, dédoublements, dysharmonies de l'image du corps, sans morcellement schizophrène, mais avec des trous noirs et des blancs que ne connaît pas le névrosé.( Ce que révèle parfois le traitement des dépressions)

Le corps pathologique, selon notre définition, c'est le corps séparé de ce qu'il peut, privé de sa puissance naturelle d'agir. Les exemples plus haut en donnent une triste galerie de portraits. A contrario on pourra soutenir que le corps sain se construit dans un processus d'investissemnent progressif et complet du corps propre. Le sujet a la représentation correcte de son corps, il peut éprouver sans gêne la tension libidinale dans toutes les zones érogènes et s'y procurer une décharge pulsionnelle satisfaisante, il ne souffre ni de clivages ni de refoulemnts excessifs, il peut jouir de soi et de la vie sans crainte de châtiment, il n'est pas inhibé par la peur de l'autre, il n' a pas honte de soi et ne projette pas ses dégoûts sur les autres. Tableau idéal sans doute dans une société de culpabilité et de fausse libération, mais concept de la santé, opératoire, et nécessaire pour combattre les idéaux ascétiques rémanents ou sournoisement dissimulés.

On voit dès lors la nécessité de l'autoérotisme innocent et libre. Il permet l'investissement libidinal de toutes les zones du corps, et la construction d'une image du Moi non mutilé, non falsifié. Winnicott dirait: le vrai self. Le sujet fait un avec son corps, il n'habite pas une peau vide, une dépouille ou une prison. Il est chez lui, il est lui. Il est un mode actif de la substance universelle.

Il faut se demander pourquoi nos éducations parviennent si rarement à un bon résultat. Outre les pressions sociales et la volonté forcenée de socialiser à tout crin, et trop tôt, nous assistons à une sorte de course à la performance éducative qui transforme nos enfants en caricatures d'adultes. Mais laissons-les vivre sacrebleu! Bien sûr qu'il faut introduire le sens de la réalité, limiter l'égoïsme, introduire du tiers et de la loi. Mais encore une fois : quelle est la force qui exige, et au nom de quoi? L'éducation peut aussi être le prétexte à un subtil travail de sabotage sadique, de compensation haineuse, de récupération narcissique inconsciente. Le miracle est qu'il se trouve des enfants heureux.

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