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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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18 octobre 2021

VATICINATIONS SUR LA NECESSITE INTERIEURE

 

Je m'étais donné comme règle de n'écrire plus que par nécessité intérieure, ou par plaisir. Je vois passer les semaines et je n'expérimente plus qu'une sorte de vide mental, qui n'est pas franchement désagréable sans être agréable pour autant, quelque chose comme le degré zéro de la pensée. D'un autre côté je vois que l'on peut vivre sans écrire, tout en reconnaissant que c'est là une vie plutôt terne : l'écriture, quand elle est portée par un grand désir, contribue puissamment à dynamiser la vie, à faire chanter les couleurs dans l'exaltation du langage.

Quelques écrivains notoires, après cinquante ans d'activité littéraire ininterrompue, décident soudain de poser la plume. Quelle est la raison de cette décision, en particulier la raison secrète, celle que l'on ne livre pas au public, et qui est pourtant déterminante ?  On peut imaginer qu'ils ont le sentiment d'avoir tout dit, du moins  ce tout qui constitue leur contribution la plus personnelle, ce quelque chose qui n'appartient qu'à eux, cette vision, cette intuition, cette lecture du monde, ce regard nouveau, ce nouveau style. Quand cela est dit, tout est dit, et le risque est grand que toute nouvelle production ne soit dorénavant que plate répétition. "Qui ne sut se borner ne sut jamais écrire" (Boileau).

Quelques uns vivent de leur plume, condamnés à produire sans relâche, avec ou sans inspiration. C'est à mes yeux la pire des situations : Balzac se déclarant lui-même "le forçat de la littérature". Un tel destin ne peut échoir au poète qui est certainement le plus pauvre, le plus misérable de tous les artistes.

Ce qui fait la valeur irremplaçable d'un écrivain, d'un philosophe ou d'un poète, c'est la capacité de percevoir, de sentir, et de formuler tel aspect du réel qui est généralement obturé, négligé ou nié par la conscience commune - qui est d'ailleurs une sorte d'inconscience planifiée, au service du confort intellectuel, de la bienséance et de la répression. Et pourtant cette innovation, cette révélation n'en est pas vraiment une : tout cela que l'artiste expose, en fait, est connu de tous, mais ne doit pas être vu, et dit encore moins. Les Fleurs du mal, de Baudelaire, ont fait scandale, l'auteur condamné en justice, pour avoir osé dire ce que tout le monde sait mais ne veut pas entendre.

On se demandera peut-être, si l'on n'est pas artiste soi-même, pourquoi ce risque, pourquoi cet acharnement à saisir cette part maudite de l'existence. Je pense que l'artiste n'a pas vraiment le choix ; de par son histoire personnelle, sa destinée singulière, il est voué à rencontrer "cela" - et s'il se dérobe à cette tâche essentielle il se condamne au plus grand malheur, celui d'avoir renoncé à devenir ce qu'il est. Pour lui écrire ou peindre est une sorte de malheur, mais ne rien faire est un malheur plus grand encore. Comme quoi la voie du désir n'est nullement une sinécure pavée de roses, et s'il y a beaucoup de plaisir dans l'activité créatrice il ne compense que très faiblement l'effort, le doute et la douleur de l'enfantement.

 

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Commentaires
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Si on ne fait les choses que par nécessité intérieure ou par plaisir, comment pourrait-on être mal ?
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P
Bienvenue au club ! Pour ce qui est du sculpteur, le travail de "forçat" n'est pas seulement psychologique mais bien souvent aussi physique... mais je reconnais que le poète, en particulier aujourd'hui, est bien le moins "visible" des artistes! O tempora, O mores ... Merci pour ces pensées si sensibles et si bien ciselées.
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X
Bonjour, <br /> <br /> Il y a aussi des artistes qui vivent et écrivent le malheur avec bonheur. J'adore le soleil mais j'aime aussi les sombres forêts, le vent, la pluie et le froid...
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