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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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7 avril 2026

PAS PLUS QUELQUE CHOSE QUE PAS QUELQUE CHOSE : Démocrite

 Mê mallon to den ê to mêden einai" - Démocrite fragment 156

"Littéralement : Il n'y a pas plus quelque chose que pas quelque chose.

Démocrite crée de toutes pièces un néologisme, to den, à partir de mêden (pas quelque chose, ou rien) qu'il coupe sèchement en deux. Chez un penseur original le choix des mots est toujours signifiant. Démocrite refuse le vocabulaire traditionnel de l'être : to on, ta onta. Ce qu'il a à dire relève d'une approche tout à fait différente : le tourbillon, le "rythme" de l'atome, son tracé dans l'espace, ses filaments inventifs, ses tours, ses rencontres, ses combinaisons, non pas un fragment de corps, mais quelque chose comme la courbure d'une lettre qui croise d'autres lettres. Un alphabeth, ou des alphabeths innombrables qui créent la poésie de l'univers (du plurivers).

Pas plus l'être que le non-être. Mais Démocrite a raison, plutôt : pas plus quelque chose (den) que pas quelque chose (mêden). Dire : quelque chose, ou pas quelque chose, c'est ouvrir un champ de langage oiriginal, qui exprime la distance infranchissable qui se creuse nécessairement entre le mot et la chose - la chose comme réel indicible, insaisissable. "Nous ne savons pas ce qu'est la chose en réalité" - et là encore Démocrite innove, utilisant un terme quasi inemployé en grec, etêê, "réellement, vraiment" - ce qui renverse complètement la définition de la vérité, qui n'est plus la saisie adéquate de l'être, mais l'expression de la distance, perçue par la pensée et déposée dans le langage. On conçoit bien, dès lors, qu'il faille des mots nouveaux, ou un infléchissement révolutionnaire des mots anciens, un travail authentiquement "poiétique".

"Pas plus quelque chose que pas quelque chose" : un régime, non pas intermédaire ou moyen, mais un régime tout autre, définitivement étranger à la fixité des formes ou figures intelligibles, régime tourbillonnaire, régime de vent et de bourrasques, d'explosions planétaires, de naissances impromptues, de mouvement perpétuel. Turbantibus aequora ventis...Toute la sagesse du monde se résume à cette simple épigraphe : mê mallon, pas plus l'un que l'autre, lieu mobile de l'indétermination, de l'ouverture maximale, et de la création-destruction infinie.

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Commentaires
S
Super article, j’ai jeté un coup d’œil sur chacun des blogs, des belles découvertes! C’estintéressant
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D
C'est juste. il y a aussi le remarquable travail de Marcel Conche qui insiste sur la "métaphysique du hasard" de Démocrite.
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G
Oui, mais il faut rappeler que c'est Heinz Wismann qui nous a mis sur le chemin d'une relecture éclairée des fragments de Démocrite. Il est bien vrai que pour les textes de l'Antiquité le philosophe ferait bien d'écouter les leçons du philologue : Giorgio Colli, Wismann, Bollack au premier chef. si l'on veut comprendre ce qui se dit dans la langue, avant toute spéculation.
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D
En voilà un article qui ventile, dépoussière, décrasse et ouvre sur l'abîme où se noie la vérité. Bref, une belle inspiration démocritéenne sortant des poncifs généralement admis qui réduisent l'oeuvre de "La Sagesse" à un déterminisme aussi ridicule que contraire à l'ensemble des fragments dont nous disposons. <br /> <br /> Nous devons (sic) à Aristote une lecture dramatiquement orientée des thèses atomistiques qu'il devait nécessairement discréditer pour justifier ses propres choix philosophiques.<br /> <br /> Merci pour cet effort de restauration quasi-philologique.
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