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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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13 avril 2021

NEPENTHES - ou comment soigner le mal de vivre

 

La conversation entre les convives risque fort de s'enliser dans l'évocation de mauvais souvenirs.

  "Mais la fille de Zeus, Hélène, eut alors une idée.

   Dans le vin du cratère elle jeta de cette drogue

    Qui calme douleur et colère et qui donne l'oubli

    De tous les maux ; il suffisait de boire un tel mélange

    Pour empêcher un jour durant les larmes de couler

    Quand bien même on eût perdu et son père et sa mère,

    Ou bien que de ses propres yeux on eût vu devant soi

    Son frère ou son enfant succomber sous les coups du bronze"

                                 Homère, Odyssée, IV, 221 et sq

On se demande depuis trois mille ans quel pouvait bien être cette "drogue" miraculeuse qui supprime la douleur, calme la colère et confère une sérénité proche de l'indifférence. C'est le fameux "népenthès" - terme qui signifie "sans douleur", nè-penthès - qu'Homère lui-même attribue à des plantes venues d'Egypte, le pays des médecins. On n'en sait guère plus, et d'ailleurs peu importe. Ce qui nous intéresse ici c'est de relever le fait que dans des âges fort reculés l'humanité ait cherché, et trouvé, des remèdes plus ou moins efficaces contre les douleurs du corps et les maux de l'âme (tristesse, colère, mal d'amour, nostalgie etc). Ce souci médical trouvera un prolongement exceptionnellement fécond dans la philosophie, dont un pan essentiel sera consacré à la recherche de la paix intérieure, sous le titre général de sagesse.

A cette époque la distinction radicale du corps et de l'âme, notre dualisme cartésien, n'existait pas encore, mais elle viendra très vite. Pour les Grecs de l'époque archaïque la liaison des deux, corps et âme, est assurée par le thymos, terme intraduisible, qui renvoie à une zone obscure du côté de la poitrine, siège des émotions, des humeurs, des affections. A partir de quoi nous avons plusieurs termes, dont il faut percevoir la dimension physiologique. Athymie, manque de tonus, langueur, fatigue, lassitude, voire dégoût de vivre. Dysthymie : désordre, agitation, exaltation avec des chutes et des abattements. Euthymie : disposition calme, réglée, idéal de santé, stabilité. Ces dispositions découlent d'abord d'un certain état du corps, et de l'environnement, sur lesquels la médecine peut agir. Par exemple on  attribue à la mélancolie une source corporelle, la "bile noire", et aux variations bien connues de cette pathologie les aléas imprévisibles de la bile, soumise aux fluctuations du chaud et du froid, du sec et de l'humide, de l'alimentation et du mode de vie. A partir de quoi on cherchera les conditions favorables au rétablissement, par l'hygiène et la pharmacopée.

Ces conceptions peuvent paraître dérisoires, mais en savons-nous beaucoup plus ? Nous aussi nous cherchons dans le biologique la source de nombre de pathologies mentales. L'opposition radicale entre le physique et le biologique nous semble de plus en plus discutable. Les Anciens parlent des fluctuations de la bile, et nous des neurotransmetteurs, supposés agir, ou ne pas agir, selon des lois inconnues. Quant au  népenthès nous avons le nôtre, ou plutôt les nôtres, dans la gamme impressionnante des psychotropes. D'une manière ou d'une autre il faut bien se rendre à cette constatation : le condition humaine est telle, en dépit de tous les progrès dont nous nous enorgueillissons, qu'il est difficile, voire impossible, de se passer complètement de stimulants, de tranquillisants, de toxiques en un mot. Chaque civilisation a inventé sa propre norme de consommation et de régulation, tout comme elle a inventé son habitat et son système politique. Il faut bien trouver, en sus de la médecine, des solutions au mal de vivre, surtout lorsque la religion ne fournit plus ni espoir ni consolation. Marx ne l'appelait-elle pas "l'opium du peuple" ?

 

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Commentaires
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En parlant d'opium, à lire avec une tasse de thé et des madeleines, why not ? : confession d'un opiomane anglais de l'élégant Thomas de Quincey. <br /> <br /> Au début du XX siècle, l'opium est légal à Londres et les magasins ont fleuri un peu partout comme les coquelicots.
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