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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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13 mars 2020

DE LA PERTE ET DE LA PROMESSE

 

Je voudrais revenir sur cette phrase que j'ai écrite tantôt, qui appelle un prolongement : "chacun sait bien ce qu'il perd mais ne voit guère ce qu'il gagne". C'est tout le problème de la socialisation, et peut-être la cause de tant de récriminations et de ressentiments de l'individu à l'égard de la culture.

Freud avait lumineusement attiré notre attention sur le poids considérable des sacrifices exigés par la culture : renoncements instinctuels, répression ou refoulement des pulsions, limitations et frustrations de toutes sortes, d'où résulte une insatisfaction chronique, ou la névrose. Ajoutez-y la censure inconsciente exercée par cette instance refoulante intériorisée, qu'il appela le Surmoi, et vous voyez qu'il reste peu de place, et d'énergie, pour la libre expressivité du sujet. Tout cela est bien connu, mais aussitôt oublié.

Mais la perte la plus douloureuse est celle du premier objet d'amour, si intimement lié à l'image du moi et comme soudé à lui dans une sorte de communion ou confusion originelle. Cette phase ne saurait durer. Une première séparation fondatrice va jeter le petit enfant dans un épisode dépressif, où il expérimente nécessairement la douleur de la perte (l'objet est séparé de moi, je suis séparé de lui), avant de trouver de nouvelles modalités de contact. Par exemple : il peut comprendre que l'objet est tantôt présent, tantôt absent, que cette alternance rythme le régime de la satisfaction et de l'attente. Durant les absences, il est essentiel qu'un tenant-lieu, un objet transitionnel, présentifie symboliquement l'objet absent, comme ce doudou que l'enfant traîne partout avec lui, qui permet de lier l'angoisse. Ce qui serait définitivement traumatisant c'est, pour l'enfant, la conviction que l'objet est détruit, qu'il ne reviendra jamais, et dès lors la vie n'est plus qu'un enfer de douleur.

C'est ce qui rend si douloureuse la mort d'un proche. Nous ne sommes pas équipés, psychiquement, pour supporter cette disparition définitive, et nous allons chercher des représentations consolantes par lesquels nous nions le fait pour conserver un lien imaginaire : "maman est au ciel, c'est une étoile qui te regarde, qui continue de briller pour toi". Et bien sûr, toutes les croyances en l'immortalité ou en la réincarnation.

Nous pouvons à la rigueur consentir à perdre si nous trouvons par ailleurs quelque gain dans l'opération. Comment expliquer au jeune enfant que tous ces renoncements qu'on lui impose trouveront un jour, dans l'avenir, une heureuse compensation, plus encore, qu'ils l'introduisent dans un ordre social et symbolique, celui des hommes ou des femmes, où il pourra jouer sa partition de sujet autonome, conscient de soi et respectable ? C'est "la promesse" : une parole donnée par quelqu'un qui jouit d'une véritable autorité morale, à quelqu'un qui n'est pas encore adulte mais qui est appelé à le devenir. C'est le père qui dit à son fils : "voici l'épée de mon propre père, que j'ai portée dignement, elle est pour toi, montre-toi digne de cet honneur".

On peut évidemment estimer que cette promesse est un leurre, que rien ne saurait valoir ce qu'on a perdu, et que la culture, au bout du compte, n'est qu'un marché de dupes. Cela arrive, et c'est parfois justifié. Il faut bien reconnaître que la promesse n'est pas toujours tenue, que des circonstances tragiques peuvent fausser tout le processus, ou qu'il y ait tromperie ou trahison. Ces occurrences sont abondamment traitées dans les romans. A l'inverse on voit mieux en quoi consiste le noble travail de la transmission, du parentage si l'on veut, qui consiste bien à réguler le jeu pulsionnel, non pour casser ou castrer, ou laisser foisonner en tous sens, mais pour favoriser une transmutation symbolique.

La philosophie antique ne parle que de cela, et Montaigne le rappelle à chaque page : "faire l'homme dûment" : tel que par l'éducation il accède au meilleur de sa propre nature.

 

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"Nous ne sommes pas équipés, psychiquement ... "<br /> <br /> <br /> <br /> Oui mais parce que l'école et la société, d'une manière générale, ne nous apprend pas à devenir fort, juste à être dépendant, faible et à avoir peur de tout. <br /> <br /> Une réorganisation complète de la société pourrait augmenter notre potentiel psychique a 100 % minimum pour ne pas dire à 1000.
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