Le CHANT DES ORIGINES : Chant second : 4
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Mais encore une fois son beau visage
Tendrement m’apparaît dans la buée du songe
Elle marche au soleil, ses cheveux
Flottent, belle oriflamme de jais, devant mes yeux,
Elle se tourne vers moi, ses yeux noirs me sourient
Je flotte dans le ciel azuré
Je ne sais ce qui m’assaille, me renverse,
Dans ce sourire je crois perdre mon âme
Elle s’envole dans les nimbes dorés
Et nous partons tous deux dans le ciel infini
Au milieu de nuages vermeils à franges pourpres
Et nous flottons unis dans une unique étreinte
Nous traversons les mers, les continents immenses
Nous regardons passer les nuages comme des visages d’enfants
Heureux, avec des yeux-pépites qui scintillent
Le temps n’existe plus pour nous
Nous sommes libres, heureux et fous
Insoucieux, dégagés, embarqués – aériens
Rien ne saurait nous tenir, nous retenir
L’immensité du ciel, les mondes, les étoiles
Tout nous parle de nous, rien que de nous
Nous sommes le monde, nous sommes l’univers
Tout l’univers vient danser dans le feu de nos yeux
Et l’immortalité, la joie des dieux, leur rire inextinguible
Et l’amour infini, et la totalité
Tout est à nous, tout est nous !
Le rêve, hélas, ne dure qu’un instant
Je suis assis à ma table de travail
Parfois mon daïmon me visite et me dicte des vers
Parfois, très longuement, il fait silence
Alors je me dessèche comme poisson sur la plage
Je m’étiole et me meurs. Mais toujours
Il revient, ami fidèle, et me libère
De mes angoisses. Je reprends mon poème,
J’écoute la voix qui parle au fond de moi
Les souvenirs reviennent, s’installent comme des amis
Autour de la table, et nous buvons du vin de Samos,
Nous devisons, nous chantons, nous nous esclaffons
Amour, humour, tout est bon
Et nous rions et nous philosophons !
Eh ! qu’importent les amours perdues, les regrets, les déboires
Le mal de vivre, et cette langueur dans le cœur
Quand des amis très chers vous écoutent, vous parlent
Que vous les écoutez, les consolez, les rabrouez
Que le vin comme nectar coule dans votre gorge
Que l’ambroisie et le plaisir chassent tous les nuages !
O mes amis, que l’amitié guérisse de l’amour !
Que le présent éponge le passé !
Non, ce n’est pas la perte qui fait mal
C’est le retour, tantôt, de l’image ancienne,
Celle qui vit en nous comme un corps étranger
Qui se nourrit de nous, séductrice insondable,
Mystérieusement accolée à notre être,
Eponge molle et polymorphe qui boit le sang,
Hydre fatale, et si l’on coupe une tête
Voici qu’une autre repousse encore et encore,
Et l’on dirait que cet enfer n’a pas de fin.
Point n’est besoin de convoquer le samsâra bouddhique
La roue des renaissances interminables
Le châtiment, les douleurs de l’enfer post mortem,
C’est ici, dans ce corps pitoyable
Dans cette âme livrée aux supplices du désir
Dans les fastes mortifères de la mémoire
C’est ici qu’est la souffrance, la cause et l’origine,
Et c’est ici, et nulle part ailleurs
Qu’il faut chercher la délivrance.