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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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26 septembre 2016

Des ARBRES et du JARDIN

 

Mon fils m'a offert un bel olivier qui trône sur mon balcon. Son feuillage se découpe en sombre sur le feuilage plus clair de l'allée. C'est le don que fit Athéna, jadis, aux mortels, pour leur garantir meilleure vie. Pour moi, homme du Septentrion neigeux, il n'est pas aisé de me familiariser avec ces arbres du sud, qui, spontanément, me semblent manquer d'ampleur, de solennité, de royauté. Il me faut former mon entendement, ma sensibilité à des formes différentes, plus modestes, plus convulsives. Reste ceci : mon olivier n'a que faire de ma sollicitude, tout ce qu'il demande c'est de la lumière et de l'eau, grâce à quoi il se développera de lui-même, "selon sa nature". Laissons-le faire et croître. La nature n'a que faire de nous, elle se passe de nous, et nous survivra quoi qu'il advienne. Dans un monde voué à l'impermanence, où nous-même nous glissons sur la pente sans retour, voilà de quoi se réconforter, quand on a l'âme poétique.

Pascal écrit à peu près ceci - je cite de mémoire - "tout le malheur du monde vient de ce que l'homme ne puisse rester seul dans sa chambre". Diable ! Que serait une société où les hommes restent seuls dans leur chambre ? Voilà qui n'arrangerait guère les commerçants, les publicistes et les entrepreneurs ! Il est vrai qu'une telle société serait fort pacifique, voire moribonde. Pourtant il y a du vrai dans l'idée de Pascal : qui est capable de supporter une solitude durante, de se supporter soi-même, sans aller courir le marché, les affaires, les conversations, la politique sur l'agora, tous les lieux de plaisir ou de débauche ? L'excellent Hume raconte dans son "Traité sur la nature humaine", qu'après quelque méditation philosophique un peu soutenue, il lui faut impérativement aller voir du monde, converser dans les salons, jouer au tric trac, s'esbaudir et s'alléger, faute de quoi il sombrerait dans une définitive mélancolie. Hé quoi, nous ne sommes pas tous des mathématiciens rivés à leur formules, des astrophysiciens ou des métaphysiciens qui se nourissent de spéculations hallucinatoires. Il y a dans le travail de l'esprit quelque chose d'essentiellement dangereux, qui est de s'envoler jusqu'à perdre pied, de se prendre pour un dieu dans la contemplation éthérée des sphères célestes. J'ai vite senti ce danger, et je m'en suis gardé scrupuleusement en revenant très vite aux activités physiques, heureux contrepoint à la rêverie. L'allemand possède un mot très expressif, que je ne puis rendre avec exactitude : Schwärmerei - réverie exaltée, chimérique, souvent utilisé avec une nuance minorante, dépréciative. Je me souviens d'un tableau présentant un poète misérable, couché sur un grabat, l'eau filtrant à travers le toit, dans une lamentable masure, mais lui, bravement, continue d'écrire sur ses tablettes, ignorant superbement le désastre de sa vie. Titre : le pauvre poète ! 

En m'observant avec attention je vois que sans être un hyperactif, tant s'en faut, il m'est difficile de rester inactif plus de quelques minutes : je me promène, je fais la sieste, je lis, j'écris, tout cela avec une certaine facilité, mais rester assis sans prendre un livre, sans noter quelques idées en fumant ma pipe, voilà qui m'est quasi imposssible. Je vois que ma pensée s'emballe, que je m'agite, que je cherche à fuir, que je m'angoisse. Je ne puis me calmer qu'en décidant, impérialement, de me mettre en relaxation, ce qui est fort agréable, mais représente aussi, sans doute, une manière de fuite. J'aimerais pouvoir ne rien faire, très simplement, sans souci d'aucune sorte, sans mauvaise conscience, comme font certains hommes vieux que l'on voit assis sur un banc, dans les allées et les parcs, et y rester très longtemps, parlant parfois, et se taisant plus encore, et l'on dirait presque à les voir immobiles qu'ils sont devenus eux-mêmes des arbres dans le jardin, impavides et heureux comme les dieux d'Epicure.

 

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Commentaires
A
. Et certainement, absents du temps et de l'espace !!!?
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