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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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2 février 2016

POURQUOI des THEORIES ?

 

La vraie question que l'on devrait se poser en philosophie, et que l'on ne se pose guère, est la suivante : pourquoi avons tant besoin de théorie ? A quels besoins répond cette exigence ? Et que se passerait-il si l'on savait s'en libérer ?

Il y a peu d'exemples d'une position de ce genre. Dans l'Antiquité je ne vois que Pyrrhon et Bouddha. Dans la modernité Nietzsche en approche parfois. Mais il n'a pas su maintenir jusqu'au bout cette position d'exigence, réintroduisant des images et des idéaux (le surhomme, la volonté de puissance, l'éternel retour) alors qu'il avait admirablement dégagé le terrain par une critique sans concession.

Alors, pourquoi des théories ? Il y a bien des réponses possibles. Epicure par exemple est attaché à une théorie atomistique de l'univers parce qu'elle lui semble la seule qui puisse fonder une éthique dégagée des mythes, de la peur des dieux et de la mort. L'étude de la nature est déjà en elle-même une thérapeutique : seule une vision rationnelle de la réalité peut nous libérer des craintes et des désirs irrationnels. Cette option est évidemment fort respectable, elle correspond à une certaine politique de libération, et satisfera aisément l'esprit logique, mais elle fige la pensée dans une position réaliste, laquelle ne présente aucun danger, il est vrai. Elle peut même favoriser un certain type de guérison, mais n'évite pas le piège du savoir. Que savons-nous, en effet, de la structure de l'univers, des corps et de la psyché ? Le savoir épicurien est un savoir utile, libérateur et thérapeutique, mais ce n'est pas forcément la vérité.

Pyrrhon, pourtant formé, comme Epicure, aux enseignements de Démocrite, ouvre une perspective tout autre. Toute théorie est élaborée à partir d'un référent, d'une archè qui organise les propositions, développe une hiérarchie, soutient un système de valeurs. Par exemple, chez Platon, l'opposition de l'intelligible et du sensible, de la science et de l'opinion, de la vérité et de l'erreur. Le tout suspendu à l'Idée du Bien, comme réalité ultime. Pour faire tomber un système, quel qu'il soit, il suffit de faire vaciller le principe organisateur, et tout le reste suit, puisque tous les éléments sont interdépendants. Pyrrhon est celui qui déclare qu'il n'existe aucun point de vue absolu, que tout point de vue est relatif à un observateur, à une situation, à un rapport spatial, temporel, culturel et autres. Il n' y a pas de levier d'Archimède pour soulever le monde. Donc : ni critère de vérité, ni principe fondateur, ni référent stable, mais une certaine "égalité" de statut - si par là nous entendons le fait que rien ne distingue radicalement ceci de cela, ou par parler comme il faisait : "les choses sont également immaîtrisables, inconnaissables et sans critère". Ne pouvant savoir (déjà Démocrite avait dit que nous savons pas ce que sont réellement les choses) nous inventons de toutes pièces des référents supposés inaltérables (Dieu, le Logos, l'âme connaissante, l'Idée du Bien et autres farines) à partir de quoi nos bâtissons des chateaux de sable, "que vent emporte", ou l'histoire, ou l'oubli des générations.

Il est bien difficile, en effet, de ne pas rationaliser l'irrationnel, de ne pas enregimenter le chaos, de ne pas croire, de regarder l'immensité du ciel sans y chercher quelque point-source, sans chercherà y lire les lignes de la destinée. Nietzsche dira brillamment, réactualisant Spinoza : "chaos sive natura", le chaos ou la nature, le "ou", ici, posant l'équivalence des deux termes.

Quels besoins satisfait la théorie ? Le besoin de sécurité, de régularité, de prévisiblité - tout cela nous l'appelons pompeusement "rationalité" - mais c'est, plus prosaïquement, de la peur, la vieille peur ancestrale, préhistorique, anthropologique, d'une espèce originellement démunie, oubliée lors du partage inaugural, sans instinct infaillible pour gérer sa conduite, sans certitude finale autre que la mort.

Lorsque Bouddha enseigna la théorie de la vacuité, cent moines paraît-il, moururent sur le champ. C'en était trop. La bonne vieille théorie brahmanique, avec ses déités innombrables, sa réincarnation, ses sacrifices d'animaux et ses mythes de salut, au moins vous évitaient l'angoisse du non-savoir.

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Commentaires
O
Le plaisir est partagé; et partageons les remerciements; « si je puis me permettre » un avis : prenons Platon pour exemple; je lis ses œuvres comme des « essais »; ce terme impliquant une humilité; mais l’Histoire a voulu y voir le plus souvent l’affirmation péremptoire d’une théorie; certes, pour avancer une théorie, il faut y croire; cependant ici ou là il remet en question ce qu’il affirmait ailleurs; il ne manque pas selon moi d’humilité. Les philosophes ont aussi mis en avant le doute, notion essentielle à toute pensée. Les philosophes sont des cherchants, même quand ils semblent dogmatiques; c’est souvent le public, à la recherche de maîtres, à la recherche de certitudes rassurantes, qui les teinte de dogmatisme
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N
Pour commenter ici j'ai du me limiter tant sur le fond que sur la forme, je n'aime pas etre " censuré " comme vous le faites mais je voulais participer un peu a votre blog pour mieux comprendre vos idées et celles de ceux qui vous commentent. J'etais surtout curieux de savoir a qui j'avais a faire. <br /> <br /> <br /> <br /> Je n'ai pas le désir d'écrire un blog comme vous le faites, le plaisir de l´écriture et le monde de la philosophie ne m'interesse pas plus que ca puisque j'en ai fait le tour comme Rimbaud le fit avec la poésie et se tira en Afrique.<br /> <br /> <br /> <br /> Bien sur je vous souhaite bonne route et surtout profitez bien du paysage c'est l'essentiel.
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G
Adresse aux commentateurs : je vous remercie de suivre avec intérêt ces chroniques sans suite ni fard, et je m'en veux quelquefois de ne pas y répondre plus souvent. Mais cela n'est vraiment pas possible, il y faudrait bien trop de temps. Je vous avouerai que mon souci premier est d'avancer dans la suite de mes réflexions, de me plier aux exigences de mon daïmon intérieur, et que hors cela, je n' ai plus guère d'énergie pour autre chose. Cela ne signifie nullement que je dédaigne les remarques qui me sont faites, je les lis toujours avec attention, et parfois ils m'inspirent de nouveaux développements, ce pour quoi je vous remercie.
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D
J'aime ces textes sceptiques. Il s'en dégage une profonde humilité dont une grande part de la philosophie me semble dénuée.<br /> <br /> <br /> <br /> Merci.
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K
C'est bien la peur l'obstacle ultime à surmonter. La phóbos (« effroi, peur ») à éliminer ! S'en délivrer pour que libération advienne ! Celle de l'esprit libéré de la chaîne de causalité qui aliène en éliminant les causes.
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