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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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7 décembre 2012

La ROUE du SANSARA : de l'ENCHAINEMENT CONDITIONNEL

 

 

 

 

Mon rêve de cette nuit me sollicite...J'étais une fois de plus en classe, avec des élèves dissipés, à tenter de faire saisir l'intérêt existentiel de la philosophie. Peine perdue, et comme mille autres fois, dans ce rêve désespérement "étrange et pénétrant", mille fois recommencé, je me retrouve seul avec ma persistante ardeur, mon incompréhensible acharnement. Car si j'avais le moindre bon sens je m'abstiendrais de rêver, ou, à défaut, je ferais des rêves folâtres et pipiesques! Hélas nous ne décidons pas de nos rêves. C'est là une limite de notre puissance, avec laquelle il faut compter. Bref, je faisais cours. Sujet - je vous le donne en mille : "la philosophie est la connaissance du désir".

Cet apologue onirique ne sera pas tout à fait vain puisqu'il m'inspire quelques traits incisifs. Pensant à la séduction qu'inspire la beauté je me suis dit que cet effet, le charme invicible du beau, est la résultante de certains facteurs connaissables et analysables, qui agissent comme autant de conditions nécessaires. Des sensations de plaisir, des perceptions, l'harmonie, l'équilibre des formes, un mouvement corporel, et je ne sais quoi d'aérien, de léger, de fragile qui inspire la confiance, la complaisance. Chacun, là dessus, fera sa propre nomenclature. Mais il en va de même pour la laideur, le monstrueux, les passions, et toutes les constructions mentales. Ce qui compte, c'est la conscience de l'enchaînement, son caractère nécessaire, sa logique interne, la fatalité de la conséquence. Si telles conditions sont réunies alors se produit tel effet, presque toujours dans une totale inconscience : cela se produit, voilà le fait. Mais tout fait relève d'une somme de conditions, sans lesquelles il n'apparaîtrait pas. Connaître les conditions c'est se donner les moyens de décomposer le processus, de le réduire à ses éléments, donc de l'interroger, de l'interrompre, de le dévier, de lui ouvrir d'autres issues. Nos actions ne sont le plus souvent que des réactions, d'autant plus impératives qu'elles se grossissent et se renforcent de toutes les réactions antérieures accumulées, et cela fait une énorme machinerie réactive, automatique et répétitive, qui tend de nature à se durcir, pour devenir une "cuirasse caractérielle"(Reich). Ce qu'on appelle le moi serait une sommes d'habitudes figées, de réactions durcies, d'automatismes, de processus inconscients.

Tel voit une jupe, et le voilà qui court. Tel autre se précipite au casino. Le troisième ne peut prendre un ascenseur sans verdir et pâlir. Voyez aussi les descriptions psychophysiologues de Sappho : la douceur de ta peau me conduit en Aphrodite, ah déesse que fais-tu de moi?

Considérant tout cela je repensai à la théorie de la coproduction conditionnée : douze chaînons liés entre eux, formant un cercle fermé sur soi. (ignorance, formations mentales, conscience, nom et forme, six domaines sensoriels, contact, sensation, soif, appropriation, devenir, naissance, vieillesse et mort). On peut faire démarrer le cercle à n'importe quel terme, par exemple la naissance et l'on aura dans l'ordre les onze autres, pour retrouver la naissance à la fin. Si on commence par le désir ( la soif), de la même manière on tournera dans le cercle pour se retrouver au point de départ. Le mécanisme n'a pas d'origine assignable, pas de cause unique et fondatrice - le sansara n'a pas de commencement - il ne relève pas d'une analyse causale transitive, il s'exprime plutôt comme une série fermée de conditions qui se conditionnent les unes les autres. 

Cette approche est très différente de l'analyse psychanalytique en ce ce qu'elle ne croit pas en l'existence d'une cause des causes - un trauma, un mal-dit, une négligence ou carence symbolique - qui expliquerait le processus de répétition. Les causes se perdent dans l'océan du passé, de l'héritage et de la transmission des générations. On le voit bien au sujet de la dépression pathologique, laquelle semble défier toute  recherche causale, le sujet s'épuisant en vain à mettre une explication rationnelle sur l'énigme de sa souffrance, toutes les causes  exhumées se révélant également valides et invalides. Il vaut mieux déplacer l'attention sur le présent, examiner comment se font les enchaînements, comment telles conditions provoquent tel résultat, et de fil en fil dénouer l'écheveau du malheur.

Bouddha lui-même attachait la plus grande importance à la théorie de la coproduction conditionnée, qui donne aux Quatre Vérités Nobles un fondement radical. "Qui voit la coproduction conditionnée voit le Damma ; qui voit le Damma voit la coproduction conditionnée". (Rappelons que de Damma c'est tout ensemble le réel, le vrai, et la doctrine de vérité - la Voie)

 

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Commentaires
G
Remarque intéressante: je pense comme vous qu'il y a un principe pré-individuel qui détermine cette volonté. Mais on peut en prendre conscience, et dès lors se déterminer par rapport à elle. Choisir en somme de vivre ou non, jusqu'où, et à quelles conditions. Ce qui était un devoir inconscient devient l'objet d'un choix.
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H
vouloir vivre certes. mais quel est le sujet (valide) de ce dessein? Une foule hétérogène veux que je vive. Les uns par besoin affectif, les autres par pure malveillance. Le seul sujet légitime du "je veux que je vive" serait le spectre pré-natal, moi, juste avant la conception dont je suis l'effet, ou le résidu. Et celui-là, il faut le chercher, le ranimer, le ramener à la vie. C'est facile. Il suffit de l'inventer.
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H
vouloir vivre certes. mais quel est le sujet (valide) de ce dessein? Une foule hétérogène veux que je vive. Les uns par besoin affectif, les autres par pure malveillance. Le seul sujet légitime du "je veux que je vive" serait le spectre pré-natal, moi, juste avant la conception dont je suis l'effet, ou le résidu. Et celui-là, il faut le chercher, le ranimer, le ramener à la vie. C'est facile. Il suffit de l'inventer.
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