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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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9 juin 2025

Du PLURALISME en PHILOSOPHIE

Ce sont les Atomistes qui confèrent au pluralisme ses lettres de noblesse en philosophie. Ce sont eux qui ont pulvérisé la conception de l’Etre-Un, disséminé l’Etre dans le double infini des atomes et du vide, brisé le Kosmos unitaire et sphérique, multiplié les mondes et les univers, révélé en toutes choses la pluralité, la combinaison, la naissance et la corruption. Plus qu’une description fidèle des phénomènes, le pluralisme est une machine de guerre contre l’idéalisme, contre la métaphysique de l’Etre, et en dernier ressort contre la superstition :

« Tantum religio potuit suadere malorum ».(Tant la religion put inspirer de maux : Lucrèce)

Pluralité des formes atomiques, en nombre inconcevable, qui s’agrègent dans le vide infini. Il en découle tout naturellement la thèse de la pluralité des mondes, le nôtre n’étant qu’une formation particulière, sans aucun privilège particulier, soumis, comme toute chose au monde, à la naissance et à la mort. Cette conception, révolutionnaire dans le monde antique attaché au géocentrisme, donne un démenti cinglant  à la suffisance humaine qui veut que la terre jouisse d’une position centrale, exclusive et sacrée. Penser en termes atomistiques c’est ruiner la prétention à la centralité et à l’immortalité. Chaque monde est à lui-même son propre centre, qui ne vaut que pour soi, le temps que dure la combinaison atomique à laquelle il doit sa naissance. L’univers est peuplé de centres relatifs et éphémères. Nous devons nous préparer à la ruine, tout en sachant que si notre monde est mortel, l’univers est peuplé d’un nombre infini de mondes, et que toute perte locale est compensée nécessairement par de nouvelles formations : isonomie. La somme globale (insommable) de matière et d’énergie ne peut qu’être constante si l’on veut que l’univers n’ait ni début ni fin. Dans l’éternité du Tout naissent et passent les formes mortelles, sans épuiser jamais la fécondité inconcevable du Tout.

« Le Tout  a toujours  été tel qu’il est maintenant et sera toujours tel. Car il n’est rien en quoi il puisse se changer ; et, en dehors du Tout, il n’est rien qui, étant entré en lui, ferait le changement » Epicure : Lettre à Hérodote : 39

Pluralité des dieux, en un joyeux polythéisme cosmique. Car ces dieux, si vous tenez absolument à ce qu’il y ait des dieux, vivent, incorruptibles et bienheureux, dans de lointains intermondes, sans souci de nous, de nos peines et de nos prières. Et pourquoi des dieux ? L’essentiel, ici encore, est de poser un nombre indéfini, contre le Démiurge de Platon, le Zeus souverain des Cyniques et des Stoïciens, ici encore, de ruiner à l’avance la tentation moniste, la dictature d’un dieu unique.  Pluralité, éloignement et indifférence, que souhaiter de plus jubilatoire ? Tout un chacun pourra se faire  sa propre conception, à la seule réserve de maintenir l’essentiel de la définition : incorruptibilité et bonheur, ce qui, soit en dit en passant, fait la définition du sage. Le pluralisme des dieux fonde une éthique de l’excellence.

Pluralité des hypothèses : à condition de refuser toute interprétation mythique et de s’en tenir au fondement atomistique, il sera loisible de donner, dans l’ignorance où nous sommes, sous réserve d’inventaire, plusieurs explications des phénomènes naturels, comme la foudre, le mouvement des marées, les éclipses etc.  On rira peut-être de cette négligence méthodologique, mais que fait d’autre notre science contemporaine quand elle multiplie les théories, faute de disposer encore d’un moyen de vérification ? La pluralité des hypothèses a pour fonction d’apaiser les craintes superstitieuses : c’est peut–être cela, mais c’est peut-être autre chose encore…De toute manière il y a une cause naturelle au phénomène, ici aucun dieu, aucune force surnaturelle n’exerce ses ravages. Tranquillisez–vous ! Seule la nature est à l’œuvre puisque seule existe la nature !

Pluralisme éthique et juridique : il y a bien des manières de vivre, de concevoir la vertu, et le bonheur. Diversité des tempéraments, des idiosyncrasies individuelles et collectives. Chaque peuple invente son langage, selon les dispositions locales, et sa constitution particulière. Pourquoi rêver d’un empire universel à la manière d’Alexandre ? L’épicurisme s’inscrit dans le local, répudie les grandes synthèses totalisantes et totalitaires. Laissez la nature faire son office, elle qui agit de mille manières diverses, toujours nouvelles : incertis locis, incerto tempore. De même on cultivera de ci de là des jardins, chacun autonome et souverain, liés entre eux non par la constitution autoritaire mais par la référence commune à la commune philosophie naturelle.

Face à l’Empire, quelle que soit sa forme historique, à son culte de l’uniformité autoritaire, à sa passion de pouvoir et de maîtrise, il se trouvera toujours quelques-uns pour affirmer la singularité, pour cultiver les fleurs de la vie dans une joyeuse, irréductible pluralité.

 

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