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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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5 mai 2025

De la VERITE du CORPS : SCHOPENHAUER

 

 

« Chacun a pu se convaincre par expérience que sa connaissance est dans une dépendance absolue au cerveau, et il est aussi facile de croire à une connaissance sans cerveau qu’à une digestion sans estomac ». (Schopenhauer : Suppléments au Monde, XVIII).

C’est Schopenhauer qui, le premier à l’époque moderne, donne au corps sa véritable place dans la philosophie, et ses lettres de noblesse. Pourquoi le corps ? Parce que le statut du corps est double. D’une part, comme objet sensible, il est offert à la perception comme tout autre objet du monde, déployé dans l’espace, soumis aux lois générales de la représentation. Dès lors il est un objet de la connaissance scientifique, et comme tel soumis aux lois ordinaires et universelles de la causalité. Corps vu, pensé, disséqué à l’occasion, connaissable jusqu’à un certain point. Mais chacun voit bien que cette connaissance est fort imparfaite : chaque corps possède des qualités impénétrables, une activité spécifique et imprévisible, qui nous mettent en présence d’un mystère insondable. Spinoza disait : « Nous ne savons pas ce que peut un corps ».

D’un autre côté, notre corps est bien autre chose qu’un objet de perception externe, il est vécu de l’intérieur, senti, sentant, agissant, voulant, en un mot : vivant. Nous sommes à la fois ce corps représenté, et ce corps agissant et voulant, cette énergie qui se déploie dans le monde et qui semble manifester une volonté fort étrangère aux catégories de la raison pure. Schopenhauer en concluait que nous n’avons pas accès, du dehors, par la seule raison, à l’essence des choses, mais qu’ « une route, partant du dedans, nous reste ouverte : ce sera en quelque sorte une voie souterraine, une communication secrète qui, par une espèce de trahison, nous introduira tout d’un coup dans la forteresse, contre laquelle étaient venues échouer toutes les attaques dirigées du dehors."

Avant de poursuivre, que le lecteur me pardonne une confidence. C’est cette phrase, et la merveilleuse image de la forteresse imprenable – et prise de haute lutte – qui décida, je crois bien, de ma vocation de philosophe ! Pensez donc : trouver un chemin vers l’essence des choses, et plus encore, de mon propre être intime, quel programme exaltant ! Alors que je pourrissais dans une adolescence sans joie, voilà qu’un homme vraiment divin m’offrait la perspective insoupçonnée et vertigineuse d’une grande et profonde vérité !

Revenons au corps. Dans son corps sentant, agissant, voulant, Schopenhauer découvre le principe universel qui régit le monde humain, mais aussi bien animal et végétal, et toute la nature enfin : Vouloir–Vivre, tendance fondamentale présente en chaque être, obscure, inconsciente, toute puissante, aveugle et irrépressible, travaillant à maintenir, conserver, développer la vie, à lutter, à affirmer envers et contre tout et tous, la nécessaire conservation de son être  propre. Ce Vouloir n’est pas une qualité seconde, c’est l’essence même de chaque être du monde, sa « nature » principielle.

Le renversement schopenhauerien consiste en ceci - je cite : « dans notre propre conscience la volonté se présente toujours comme l’élément primaire et fondamental, sa prédominance sur l’intellect est incontestable, celui-ci est absolument secondaire, subordonné, conditionné. » Or la toute-puissance de la volonté se révèle à nous de l’intérieur, dans le corps. C’est donc dans le corps que se révèle la vérité fondamentale. C’est en lui que s’opère ce miracle par excellence : la liaison nécessaire de la connaissance externe (le corps comme représentation) et de l’intuition interne ( le corps comme expression immédiate de la volonté). C’est donc en lui que nous découvrons  ce chemin qui nous mène au cœur de la citadelle.

Renversement de la philosophie académique et rationaliste. Schopenhauer ouvre la voie à de nouvelles et dangereuses explorations, mais exaltantes comme les danses en l‘honneur de Dionysos.

Ici, à nouveau, la vérité, alètheia, est à la fois le non-caché (a-lètheia) et la danse sacrée (alè-theia.

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