LE JARDIN SANS VISAGE : cantate
ARGUMENT
Lassé de tous les bavardages je me tourne vers les étoiles. L'univers ne parle pas. Il rugit. Ses immenses rumeurs ne sont-elles que notre passion exorbitée vers le ciel?
Je me retire en moi-même. Je scrute les abysses, assoiffé d'eau calme, épouvanté du bruit. Hélas n'est-il point de silence dans le monde, point de paix dans les coeurs?
Il faut perséverer, sonder plus bas, sonder plus loin. Le bruit n'est qu'un effet, emballement des sphères.
Viendra l'heure tranquille où le regard, sans trembler, s'extasie dans l'ouvert. Enfin le miroir se déchire, une autre terre offre ses jardins en fleurs.
I
SILENCE
C'est entendu
Je peux vivre sans chanter
Mais tellement plus mal
Long jour sans pain ni vin
Amour sans amour
- Une agonie!
Car le rythme authentique est en toi
Rythme du coeur dans le sein de la mère
Rythme -marée
Rythme-rupture et ligature
Rythme -nature
Le silence est le blanc dans la phrase
Par où passe le vent de l'immense
Le vent du fond des âges
Qui charrie des milliards de pensées
Des images qui tourbillonnent
Des souvenirs qui se réveillent
La vie d'avant la vie où tu dormais déjà
Où tu baillais, tu vagissais, tu exultais
Le pouce dans la bouche tu contemplais la vitre
Et les grandes figures te faisaient signe
La forêt proche grondait
Le grand cerf mirifique et sauvage
Brâmait d'amour dans les branchages
Près de l'étang, dans l'herbe mouillée
Des pas d'enfant t'appelaient, un sourire
De fille, énigmatique, un peu triste
Déchirait la langueur du matin
Et déjà tu tremblais dans ton coeur
Et vague, et langoureux, insidieux
Le désir labourait la terre et libérait
Le Temps...
Ah le silence, plus que toute parole
Ouvre à la vraie parole
Celle qui attend longtemps
Et qui gémit dans ton sommeil
Pressé de naître à la lumière.