JOURNAL du 21 janvier
Comment ne pas sombrer dans une forme aiguë de misanthropie? Autant j'ai souvent plaisir à discuter de ci de là avec tel individu particulier qui peut se montrer ouvert, intelligent et bienveillant, autant le spectacle global de l'histoire et de l'actualité humaines en général m'inspirent un découragement, une honte et un désespoir sans bornes. Quand on se réjouit naïvement de la découverte du Nouveau Monde et qu'on célèbre au cinéma les conquêtes de Christophe Colomb et consorts, moi je sombre dans une profonde mélancolie : je vois les Indiens réduits en esclavage, leur culture sabordée jusqu'à l'extinction finale. Une telle abomination est chez nous totalement forclose dans le discours, et tout se passe comme si rien ne s'était passé. Combien de milions de morts dans l'ensemble de l'amérique entre le XVII et le le XX siècle?
Que dire de la situation d'aujourd'hui? Le monde est mieux au courant des atrocités commises, des catastrohes provoquées par l'avidité, des conséquences prévisibles de la globalisation du marché mondial. Et alors? N'est-ce pas un appel pressant à un changement radical de comportement, à une révolution planétaire? Mais l'homme peut-il changer, là est la question. Sous la pression d'événements imminents on sait parfois prendre des mesures positives. Mais dans le fond de la psychè rien ne change. Nous sommes hélas plus proches des chimpanzés que des bonobos. La haine est le fond de la nature humaine. Ajoutez-y l'avidité sans bornes, l'ignorance crasse d'autrui et de sa souffrance, et vous avez toujours encore le tableau du Samsâra tel que l' a dépeint Bouddha voici vingt-cinq siècles!
Je m'offusque et me lamente. Et je ne sais que faire. Au moins apprendrai-je à témoigner de mon dégoût absolu et de ma totale opposition au règne des requins. Pour finir, s'il faut choisir entre l'espèce humaine et la sauvegarde de ce qui reste de nature, eh bien vive la nature! De toute manière ce choix n'est que théorique. Si la planète meurt ce n'est pas l'homme qui survivra avec toute sa technoscience, qui pour l'instant travaille surtout selon la logique de la pulsion de mort.
A croire, avec Freud, que le vrai but du désir c'est le retour à l'inanimé!