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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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LE JARDIN PHILOSOPHE : blog philo-poiétique de Guy Karl
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27 janvier 2008

L'AVANT et l'ARRIERE : philothérapie

Chez l'animal le ventre est soigneusement protégé sous la masse osseuse et musculeuse du dos, quand une solide carapace ne recouvre pas tout le corps comme une forteresse ambulante. L'homme, se tenant droit, exhibe inévitablement toutes ses parties vitales, visage, cou, torse, coeur, plexus, estomac, ventre et jusqu'aux parties sexuelles, si vulnérables, chez la femme comme chez l'homme. De fait l'arrière est comme l' élément nuit, et l'avant l'élément jour. Dans certaines méditations chinoises on invite expressément le méditant à faire circuler l'énergie depuis le bas-ventre, par le méridien avant, jusqu'à la partie supérieure du palais, en inspir par exemple, puis de pratiquer un long expir depuis cette zone supérieure du palais en remontant vers le haut du crâne pour descendre  lentement le long de la colonne vertébrale, jusqu'au périnée. On peut évidemment pratiquer l'inverse selon les effets que l'on veut obtenir. L'essentiel est de réunir les énergies yin et yang dans la grande circulation globale, unifiant l'avant et l'arrière autour de l'axe de la colonne.

Sur le plan érotique on constate une différence énorme entre la sensibilité extrême de l'avant du corps par rapport à l'arrière. La poitrine, les seins, la ceinture et les zones sexuelles évidemment font l'objet d'un surinvestissement libidinal, à croire que la peau n' a jamais été complètement cousue. Dans certains mythes hindous on nous explique que les dieux avaient tiré toute la surface de la peau disponible de l'arrière vers l'avant, mais qu'il manquait toujours quelque morceau de tissu pour refermer correctement le tout : il reste toujours des trous,comme la bouche, l'anus, le sexe (faut-il rappeler que sexe vient de section, sectionner) ou des cicatrices de trous, comme le nombril. Heureusement, un bout de peau supplétive, retourné à l'envers dans le trou féminin, pourrait figurer le vagin, et un autre bout roulé en avant pourrait figurer le pénis. Mais l'essentiel est de bien voir l'égalité des anantomies: sexe en creux ou sexe exhibé, c'est toujours un sexe, simple différence "géographique". Dans ce mythe il n'est nulle part question d'un supposé manque de pénis qui torturerait l'inconscient de la femme, et dont Freud a voulu faire la clé de l'insatisfaction féminine..A la femme il ne manque rien. C'est là une fantaisie machiste qui a eu son heure de gloire mais qui ne tient pas la route. D'ailleurs Freud lui-même en doute dans ses derniers écrits, avant que Mélanie Klein ne vienne expliquer que l'objet manquant, si tant est qu'on puisse le définir, pour la fille comme pour le garçon, c'est le sein, non le sein réel, mais le sein fantasmatique qui contiendrait toutes les jouissances imaginables. Un fantasme donc, commun aux deux genres, et qui se spécifierait par la suite au long de la ligne de démarcation qui fera du garçon un homme et de la fille une femme. La question du pénis, supposé représenter l'objet de convoitise féminin (ce qui reste à vérifier et qui me semble, quant à moi, une explication controuvée) ne surgit que bien plus tard quand il s'agit de s'y retrouver dans la différenciation sexuelle. Le destin sexuel de la fille me semble reposer davantage sur les relations premières à la mère que sur l'envie ou le rejet éventuel d'un pénis, pour lequel elle a de toute façon une équivalance tout à fait appréciable dans les zones sensibles de son anatomie. Je renvoie ici à ce que j'écrivais récemment sur le mythe de Tirésias, dans la rubrique "Mythopoiétique") .

Poursuivons. Comment deux êtres se manifestent-ils leur tendresse? On ouvre les bras, on ouvre tout le haut du corps, la poitrine se dilate, le plexus s'épanouit, le coeur se met à battre plus fort, et surtout on enveloppe l'autre tout contre soi, on le presse sur sa poitrine, on le tient serré, parfois à l'étouffer, on halète de plaisir, on ferait presque un si la chose était possible. Aimer, instinctivement, c'est serrer contre soi, c'est envelopper, c'est presser l'autre, l'avant du corps de l'autre contre l'avant de son propre corps. Poitrine contre poitrine, ventre contre ventre. Quoi de plus émouvant que cet élan d'embrassade éperdue, allègre, comme si un instant la peau du corps se refermait tout à fait, comme si l'inévitable blessure de la séparation était colmatée, annihilée, et qu'une surabondande d'effusion nous étreignait l'un et l'autre dans une sorte de spasme d'amour! On n' a jamais vu deux amants, en se retrouvant, se plaquer dos contre dos! Et si je veux bien croire que le dos lui-même puisse être érotisé dans un jeu amoureux, c'est plutôt le bas du dos, et les zones de lubricité lombaire et anale! Non, la vraie peau, la vivante, la sensible, l'"érectile" allais-je dire, c'est la peau du ventre, avant tout, et par extension tout le  devant du corps.

Délire subjectif? Il me semble souvent que le vrai trou du corps n'est pas, comme on le pense d'habitude, le trou du sexe. Peut-être existe-t-il un trou impossible à représenter, sans figuration ni localisation précises, et qui ferait que,  quelque part, par le fond avant du corps, par le bas ventre sans doute, nous sommes reliés à la vaste nature universelle. Ce n'est qu'une image. Mais peut-être existe-t-il quelque chose comme cela dans l'inconscient collectif qui fait que, quoi que nous fassions, et jusque dans la mort, nous restons à jamais les divins fils de  la nature. 

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