11 juin 2019

HISTOIRES DE FOUS

  Il ya deux sortes de fous : ceux qui ont perdu la raison, ceux qui ont tout perdu, sauf la raison. Les premiers, historiquement, sont ceux qu'on enferme ou médicalise. Les seconds font carrière dans la politique. Ils ont toujours raison, contre tous, contre l'ordre des choses. Pour autant faut-il parler de perte ? Est-il possible de perdre la raison sans perdre l'usage de toutes les autres facultés ? C'est le cas de la démence, qui est un cas particulier de folie, particulièrement effrayant. Dans les autres cas, celui qui... [Lire la suite]

04 juin 2019

PAR RAPPORT A NOUS, LA MORT

  Je voudrais revenir encore sur la formule d'Epicure : "mèden pros hèmas einai ton thanaton" (Lettre à Ménécée, 124) : "la mort n'est rien par rapport à nous" - traduction de Marcel Conche - bien meilleure que l'habituelle : "la mort n'est rien pour nous", laquelle induit en sous-main une sorte de déni, laissant croire que la mort n'est pas, et que nous serions en quelque sorte dispensés de mourir. Dire "par rapport à nous" c'est mettre en avant le non rapport : la mort existe, c'est le fait massif qu'il n'est pas question de... [Lire la suite]
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07 septembre 2018

La VERITE de la SENSATION : Epicure

  La sensation, dans le texte magistral d'Epicure, occupe une position à la fois fondamentale - toute connaissance vient des sens - et cruciale, en tant que par elle se fait la Krisis, l'examen critique par lequel se fait le retour à la "chose même". Voyons cela de plus près. L'aisthesis, la sensation, pourrait se définir comme l'effet que produit à la surface d'un corps sensible le contact d'un autre corps. Une "impression" dira plus tard, fort justement, Hume. Un corps me frôle,  je sens le contact sur ma peau. La... [Lire la suite]
12 mars 2018

De la MORT de SCHOPENHAUER

  Après son déjeuner, comme il fait tous les jours, il va s'asseoir dans son fauteuil pour une petite sieste réparatrice. Il s'endort doucement. Quand la bonne, un peu plus tard, vient dans le salon, elle s'aperçoit qu'il est mort. Ainsi donc il a glissé insensiblement du sommeil dans la mort. Il ne s'est rendu compte de rien, il était vivant, il n'est plus. Le plus remarquable en cette affaire c'est qu'il ne sait pas qu'il est mort. Il ne l'a pas vue venir, il n'a pu s'y préparer, l'anticiper, la redouter ou la souhaiter :... [Lire la suite]
28 novembre 2017

Du VOULOIR VIVRE et du REEL

  Selon une légende ancienne Dionysos se contemplant dans le miroir y voit le monde, parce qu'il est le monde. N'en est-il pas ainsi de chacun de nous ? Nous voyons ce que nous sommes, au sens le plus large. Nous croyons voir le monde tel qu'il est - mais comment pourrions nous savoir et voir ce qui est hors de nous -  nous ne voyons qu'une image, et dès lors, comment distinguer ce qui est image et ce qui est réalité ? Schopenhauer disait : le monde est ma représentation. Tout ce que je perçois est conditionné, organisé par... [Lire la suite]
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15 décembre 2016

"Le SOLEIL a la GRANDEUR d' un PIED d' HOMME" : HERACLITE

  Heinz Wismann nous dit ceci : imaginez Héraclite couché tout du long dans l'herbe à révasser. Surgit un importun qui lui demande : "Quelle est la grandeur du soleil ?" C'est une question classique à l'époque et les savants rivalisent d'ingéniosité, multipliant les hypothèses théoriques. Héraclite se contente de relever la jambe, de dissimuler le soleil avec son pied, et de répondre :" Le soleil a la grandeur d'un pied d'homme". C'est évidemment une facétie. Héraclite aimait déjouer le sens des questions, se jouer du... [Lire la suite]

15 septembre 2016

De l' EMOTION

  La tradition philosophique se méfie de l'émotion, avec raison sans doute. Mais il faut éviter les jugements hâtifs et unidimensionnels. Dans l'émotion nous expérimentons notre présence au monde, bien plus, et plus intensément que dans les accalmies et les bonaces. L'habitude, la répétition, la sécurité, le bien-être nous amolissent, nous endorment. La conscience, goûtant le plaisir de la prévisibilité, se met béatement à somnoler, dans l'illusion que ce bien-être va durer toujours. Mais chacun sait bien, au fond de lui, que... [Lire la suite]
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24 novembre 2013

De la CIBLE INTERIEURE

    La cible véritable, celle qui devrait nous tenir lieu de fin et de loi, c'est la cible intérieure, qui, bien conçue, bien positionnée, est à la fois le soi et le tout. Nous nous perdons tout autour de nous, courant, nous démenant, trépidants comme des diables pris de folie, alors que l'humble et magnifique secret est qu'il n' y a rien à trouver qui ne soit déjà là, toujours déjà présent dans l'intimité féconde de notre coeur. Les anciennes traditions enseignaient la congruence merveilleuse de l'intériorité subjective... [Lire la suite]
13 septembre 2013

SE PAYER DE MOTS

    C'est plus qu'une inélégance. Se payer de mots c'est tromper autrui en se trompant soi-même. C'est une manière futile de fuir les difficultés de la pensée, et comme la seiche, de répandre un écran d'encre noire pour enfumer le débat. Tous les bonimenteurs y sont experts. Chez un philosophe ce serait comique si ce n'était si pernicieux. L'histoire de la pensée regorge de poncifs alléchants, de fumisteries, de pièces controuvées pour boucher le trou du réel. Tel ce Platon qui déclare que le philosophe est un... [Lire la suite]
09 janvier 2009

DE L' ORIGINE de la PHILOSOPHIE

L'origine n'est pas le simple commencement historique, lequel peut se dater aux environs du VI siècle avant notre ère, dans la région de Milet, avec les premiers penseurs indépendants comme Thalès, Anaximère et surtout Anaximandre. Cette question concerne plutôt les historiens. L'origine est plus difficile à déterminer parce qu'elle ne se situe qu'indirectement dans dans le temps, factuellemnt si l'on veut. Une origine peut rester longtemps celée dans le brouillard du passé avant que d'apparaître, et de faire événement dans un présent... [Lire la suite]