28 octobre 2019

DU LIVRE INTROUVABLE

    Une librairie. Je demande à une dame si elle possède en rayon un livre qui s’intitule « Pyrrhon ». Oui, dit-elle, et elle me tend un grimoire poussiéreux sur lequel figure bien le nom de Pyrrhon. Je le feuillette rapidement, et je vois qu’en fait c’est un livre religieux farci de références christiques et patristiques. « Ce n’est pas ce que cherche, Madame » et je lui rends le livre. Mais alors je me demande quel pourrait bien être le livre que je cherche, sachant que Pyrrhon n’a rien écrit. Ce ne... [Lire la suite]

16 juillet 2019

TERRIBLE LA PAROLE DU DIEU : pseudo-Héraclite

  Je me prends à rêver. Imaginez que sous les fondements du temple d'Artemis à Ephèse on mette à jour une tablette de pierre avec l'inscription : ainos tou theou ainos, "terrible la parole du dieu" - n'en déduirait-on pas, dans l'enthousiasme, que c'est une citation d'Héraclite, perdue depuis des siècles et enfin retrouvée ? Pour plusieurs raisons : le lieu (c'est ici qu'Héraclite a offert son livre à la déesse), le contexte culturel (l'oracle de Delphes), l'intention philosophique, le style extrêmement ramassé, et surtout le... [Lire la suite]
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29 mai 2019

Des DEGRES de l' ECRITURE : aphasie,poésie,discours

  Le degré zéro de l'écriture c'est le silence de la feuille blanche, qui, à son tour, se différencie entre le  mutisme et l'aphasie. Par mutisme il faut entendre la forme pathologique, où tout l'appareil du langage est pour ainsi dire bloqué dans la gorge. L'aphasie, qui lui ressemble de l'extérieur, est tout au contraire cette réserve de vacuité où se tient celui qui en sait trop pour dire, qualité pyrrhonienne par excellence. L'aphasique est au plus près du réel. Le degré un serait la poésie : c'est un subtil mélange de... [Lire la suite]
05 janvier 2018

AUTOPORTRAIT : poésie 10 (nouvelle version)

                               AUTOPORTRAIT                                                         Poésie 10     ... [Lire la suite]
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16 novembre 2017

Du REFOULEMENT ORIGINAIRE, et du REEL

  De quoi parlons-nous quand nous parlons ? Une des innovations les plus spectaculaires de Freud fut d'introduire le concept de refoulement originaire. Si je comprends bien, cette opérataion est l'effet du langage. Le mot est le meurtre de la chose, entendons : dorénavant tu désigneras par un mot l'objet de ta demande, ce qui revient à éloigner la chose de la satisfaction directe, à la retirer dans une nouvelle sphère qui se surajoute à la première, qui ne lui est nullement équivalente, et qui, de plus, relève en quelque sorte... [Lire la suite]
09 octobre 2017

De l 'ENIGME : de la parole et du silence

  Le mot "énigme" est grec ; "ainigma", parole qui dit sans dire, allusivement, indirectement. Elle ne désigne pas explicitement l'objet, mais elle tourne autour, comme autour d'un astre brûlant, ou d'un trou noir. Elle exige, elle somme, elle oblige, elle menace. Malheur à celui qui ne parvient pas à la déchiffrer, qui, comme pour l'énigme de la Sphinge, sera dévoré - à moins que, comme Oedipe, il ne trouve la clé, et alors c'est la Sphinge qui meurt. Le maître de l'énigme c'est Apollon, le dieu "oblique", celui qui agit à... [Lire la suite]

02 octobre 2017

PAROLE de POETE : émergence et expressivité.

  D'où s'origine le mot ? L'expérience poétique, familière et pourtant, par quelque malignité de notre condition, si rare, nous en dit quelque chose, si nous savons, sans intention particulière, nous taire, être simplement ici : un arbre parmi les arbres, un calme sans pensée, et soudain voici une pie, surgie on ne sait d'où, qui saute de branche en branche, mordille gaillardement l'écorce de l'arbre, s'acharne, et pique de son bec, vorace, et saute encore. Mais tout cela s'est enregistré passivement, moment silencieux, moment... [Lire la suite]
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06 août 2017

Le Chant des origines : Chant sixième, 1

CHANT SIXIEME 1 Anachronique, archaïsantHellénisant, latinisant, taoïsant, bouddhéisant,Supramoderne à l'aventureJe vais par tous les tempsSans souci des époques, des modes,Alliances et convenances.La vérité est de tous les tempsToujours cachée, toujours présente,Elle n'a que faire de nos savoirs,De nos humeurs, de nos tumeurs. Le premier, Démocrite en a fixé la norme :"Ce que sont les choses, réellementNul ne peut le savoir". Et pourtantIl rêvait de fixer les effets à la causeDe construire un écheveau total des causes et des... [Lire la suite]
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15 décembre 2016

"Le SOLEIL a la GRANDEUR d' un PIED d' HOMME" : HERACLITE

  Heinz Wismann nous dit ceci : imaginez Héraclite couché tout du long dans l'herbe à révasser. Surgit un importun qui lui demande : "Quelle est la grandeur du soleil ?" C'est une question classique à l'époque et les savants rivalisent d'ingéniosité, multipliant les hypothèses théoriques. Héraclite se contente de relever la jambe, de dissimuler le soleil avec son pied, et de répondre :" Le soleil a la grandeur d'un pied d'homme". C'est évidemment une facétie. Héraclite aimait déjouer le sens des questions, se jouer du... [Lire la suite]
07 mars 2016

PAROLE et DISCOURS : du commencement

  Je crains fort de m'être insidieusement efferré moi-même. C'est le risque inhérent à toute expression, orale ou écrite, que de poser une parole, qui, pour être authentique au moment même où elle est proférée, se fige sur le champ en discours. Ce qui était mouvement, risque, ouverture, appel vers l'inconnu, d'être fixé dans les mots, se voit en quelque sorte réifié, rigidifié, transmuté en socle, ou en statue d'airain. C'est le destin ordinaire de l'art dont le contemplateur ne voit que l'oeuvre achevée, alors qu'elle n'est que... [Lire la suite]