07 mai 2019

La PRISON du LANGAGE : sujet-objet

  Spontanément chacun estime que le rapport sujet-objet est une donnée immédiate de la conscience. Sentir c'est sentir quelque chose, désirer c'est désirer quelque chose, penser c'est penser quelque chose. Et chacun posera, sans autre forme de procès, que cette activité de sentir, de désirer et de penser est l'acte d'un sujet. On en conclut au rapport nécessaire, indépassable du sujet et de l'objet. Nietzsche demandera fort pertinemment si, en cette affaire, nous ne sommes pas prisonniers de la grammaire, laquelle organise toute... [Lire la suite]

03 avril 2019

"TOUT EST LA ET JE NE SUIS RIEN"

  Dans sa tragédie "Tasso", modèle indépassable d'écriture classique, Goethe écrivait : "Tout est là, et je ne suis rien".  Moi qui me croyais le centre sensible et rayonnant du monde, moi qui ne vivais que de moi, de mes pensées, de mes images, de mes désirs, à la sombre lumière de l'échec je me découvre tout autre, rapetissé, réduit à ce peu que je suis en vérité,  fragile barque chancelante entre deux néants, et tout autour de moi, que vois-je ? - la prolixité d'un monde insondable, inépuisable, qui fut là de... [Lire la suite]
29 mars 2019

DEUIL et MELANCOLIE

  Dans l'expérience douloureuse de la perte, celle d'un être cher, d'une amitié, d'un idéal, la vraie question est de savoir ce que dans l'objet nous perdons, dont la chute nous affecte au plus vif. Freud avait remarqué, au sujet du deuil, que si nous savons consciemment QUI nous perdons, nous ne savons pas Ce que nous perdons, ou si l'on veut, ce que le défunt représentait pour nous, dans les arcanes de notre inconscient. Sans doute une certaine image qui nous faisait plaisir, une certaine qualité d'être qui nous apportait des... [Lire la suite]
25 juin 2018

De l'ETRE, du NON-ETRE et du PASSAGE : Pyrrhon avec Héraclite

  La puissance propre de la pensée pyrrhonienne - que Montaigne a bien saisie - est de nous contraindre par un forçage scandaleux et fécond, à nous extraire des catégories ordinaires de la pensée, nous jetant tous nus dans l'effroi de l'irreprésentable. Sur quoi repose notre conception du monde ? Sur le principe de tiers exclu, qu'Aristote avait sacralisé comme fondement de la logique. Entre A et non-A il n' y a pas de tierce possibilité. Ce qui donne, pour notre problème : entre l'être et le non-être il n'y a pas de tierce... [Lire la suite]
13 avril 2016

Le REEL du CHANGEMENT : sensations

  D'un certain point de vue, le réel a le même statut que la mort  : absolument certaine, mais inconnaissable en tant que telle. On sait qu'on va mourir, mais on ne sait pas quand, ni comment. A cette différence près, que si le réel est généralement ignoré, voire dénié ou forclos, il n'en reste pas pas moins omniprésent, alors même que nous nous en détournons. Nous vivons dans les représentations, oubliant notre être, pourtant immergé dans le présent du monde. Un être en gésine, toujours à venir et toujours échappé.... [Lire la suite]
19 mars 2014

Du RIEN, du NEANT et du ZERO - et la question du sujet

    L'étymologie, cette maîtresse capricieuse, nous enseigne, contre l'opinion courante, que rien c'est quelque chose : res, rem, qui donne "rien", signifie "chose", et conduit à "réalité". Pourtant l'évidence nous dit que le rien c'est l'absence de la chose, son absentification matérielle ou réelle. "Je ne vois rien" : la chose n'est pas là où je l'attendais. C'est précisément ce point qui importe : c'est parce que je m'attendais à voir quelque chose, que j'avais construit dans mon esprit un espace psychique destiné à... [Lire la suite]
14 mars 2011

De l' ETRE - et de la NATURE

La pensée grecque nous a légué ce redoutable poison de l'Etre, mais aussi le remède qui sauve. L'Etre fut l'obsession de Parménide puis de Platon, qui voulaient tous deux fonder la connaissance sur un socle sûr et immuable, et qui en vinrent de la sorte à déprécier le monde sensible, jugé trop mouvant, trop insaisissable, affecté de tous les maux de la relativité et de la subjectivité. Il en résulta cette terrible dichotomie du sensible et de l'intelligible, cette séparation absurde de l'âme et du corps, cette dévitalisation du monde... [Lire la suite]