03 janvier 2020

Du DEMONIQUE

  Le démonique est la dimension la plus intime, la plus secrète, la plus puissante. Et la plus ignorée. Tout conspire, et le monde, et l'éducation et la culture même, à l'étouffer, sans jamais y parvenir tout à fait. Par suite de cette déformation quasi universelle elle ne trouve son expression ordinaire que sous la forme monstrueuse du démoniaque, sa triste et funèbre contrefaçon. A moins que par un autre trait elle ne se déguise sous les espèces comiques de l'angélique. Mais la nature profonde ignore le ciel autant que... [Lire la suite]

28 novembre 2019

DU RAPPORT AU VIVANT : Montaigne

  Voici un texte d'une brûlante modernité : Il y a "un certain respect qui nous attache, et un général devoir d'humanité, non aux bêtes seulement, qui ont vie et sentiment, mais aux arbres mêmes et aux plantes. Nous devons la justice aux hommes, et la grâce et la bénignité (bienveillance) aux autres créatures qui en peuvent être capables. Il y a quelque commerce entre elles et nous, et quelque obligation mutuelle. Je ne crains point à dire la tendresse de ma nature si puérile que je ne puis pas bien refuser à mon chien la fête... [Lire la suite]
27 septembre 2019

L'ENIGME du JAILLISSEMENT : Héraclite

  Retour, encore, sur la sentence d'Héraclite : "nature aime à se cacher" : phusis kruptesthai philei. Je me demande s'il ne faudrait pas plutôt considérer le "kruptesthai" comme un mode passif : être caché". Phusis aime être cachée, ou, le mode propre de phusis c'est d'être cachée. Soit, en plus expressif : "Celé, le mode propre de la croissance" - ce n'est plus exactement une traduction, mais une tentative, dans les mots d'aujourd'hui, de faire parler une très ancienne intuition, dont la force est perdue dans la version... [Lire la suite]
15 mars 2019

Du LANGAGE hors NATURE : les Sophistes

  Les Sophistes grecs, si mal nommés, si mal compris, avaient déjà fait une découverte majeure, dont aujourd'hui encore nous ne mesurons pas tous les effets : nomos s'oppose à phusis, nomos n'est pas contenu dans phusis. Entendons : la coutume, la règle, la loi (nomos) sont d'un autre ordre que les faits naturels (phusis). Platon voulait que la justice comme norme de la conduite individuelle s'inscrive dans la justice de la cité, qui elle même se rangerait à la justice du cosmos. Double inclusion. Aristote soutiendra que l'homme... [Lire la suite]
14 février 2019

Le PROBLEME du NATURALISME

  Parler, comme faisait Deleuze, de "Naturalisme" au sujet d'Epicure et de Lucrèce, est encore une approximation. Il se proposait de construire une machine de guerre contre les puissances de manipulation, idéologie et religion, qui édifient des superstitions, littéralement des constructions en surplomb, pour asseoir le contrôle par la peur et la culpabilité. Revenir à la nature, observer les lois de nature et vivre selon les lois de nature serait une efficace entreprise de desintoxication et fournirait un programme général de... [Lire la suite]
10 décembre 2018

"NATURE AIME A SE CACHER" - Héraclite

  "Nature aime à se cacher" - c'est ainsi que l'on traduit d'ordinaire la sentence d'Héraclite : phusis kruptesthai philei. Traduction évidemment exacte dans la littéralité, mais faussement évidente. Dans leur étude "Héraclite ou la séparation" Jean Bollack et Heinz Wisman traduisent : "la chose comme elle vit aime à se cacher". Et-ce encore une traduction, ou une interprétation ? Ils ont manifestement eu le souci de déplier la notion de "phusis" (nature) pour faire entendre le sens originel de ce terme : la poussée vitale. ... [Lire la suite]

01 août 2018

LE REEL EST PARTOUT LE MEME : méditation

  Le réel est partout le même. Cette phrase je l'ai déjà écrite ici, au détour d'autres réflexions. Je l'éprouve encore plus vraie, plus décisive. On peut bien voyager en cent pays lointains, rechercher la variété, la diversité, climats, paysages, plaines et montagnes, et la mer et la glace, et le nord et le sud, on est toujours dans le même monde, s'il n'existe qu'un seul monde. La diversité fait illusion : c'est comme un jeu qui amuse, mais n'instruit pas. Et comme dit cet auteur japonais dont j'ai oublié le nom : "à la fin il... [Lire la suite]
31 juillet 2018

Le TOUT selon EPICURE (2) - et de la sensation

  Epicure vient de poser la base de la physique : "le tout est". Il poursuit : "Car, que les corps soient, la sensation l'atteste sur toutes choses à elle seule, et c'est sur elle qu'il est nécessaire que s'appuie le raisonnement pour témoigner sur l'inconnu (adèlon), ainsi que je l'ai dit plus haut". Ce passage brutal de l'universel (le tout) à la particularité de la sensation - qui ne saurait, en un instant donné, ne recevoir qu'un nombre limité d'impressions - ce passage est surprenant, et paraîtra même inconséquent : "En... [Lire la suite]
30 juillet 2018

Le TOUT selon EPICURE

  Parménide avait écrit : "esti gar einai" : littéralement : car être est. On ne peut penser que être n'est pas. Penser que être n'est pas, c'est prendre le chemin de la perdition. - Notons au passage que Parménide ne dit pas  : l'être est, mais être est. La différence n'est pas à négliger, Parménide ne fait pas de la métaphysique, il n'invoque pas un Etre suprême, il constate et pose sobrement : il y a de l'être, et il serait irrationnel d'affirmer le contraire. Reprenant toutes les choses depuis l'origine, Epicure répond... [Lire la suite]
09 mai 2018

De l'INSUBSTANTIALITE (2) - la "chose"

  Quel intérêt, direz-vous, à méditer sur l'insubstantialité du monde et du moi ? Des quatre modes précédemment analysés je retiens, vous l'avez compris, le quatrième, le seul qui présente quelque cohérence dans la pensée. Le seul qui offre une vue dégagée sur le réel, et nous libère un tant soit peu de l'attachement. Qu'il y ait des "choses" nul n'en doute, mais nous ne savons guère ce qu'elles sont. Elles existent "pour nous", et ce "pour" est incontournable. Celui qui mange une pomme ne se soucie pas de la nature de la pomme... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 11:52 - Commentaires [3] - Permalien [#]
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