16 juillet 2019

TERRIBLE LA PAROLE DU DIEU : pseudo-Héraclite

  Je me prends à rêver. Imaginez que sous les fondements du temple d'Artemis à Ephèse on mette à jour une tablette de pierre avec l'inscription : ainos tou theou ainos, "terrible la parole du dieu" - n'en déduirait-on pas, dans l'enthousiasme, que c'est une citation d'Héraclite, perdue depuis des siècles et enfin retrouvée ? Pour plusieurs raisons : le lieu (c'est ici qu'Héraclite a offert son livre à la déesse), le contexte culturel (l'oracle de Delphes), l'intention philosophique, le style extrêmement ramassé, et surtout le... [Lire la suite]
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28 juin 2019

LE TROU BLANC - troublant !

  Nous ne pouvons comprendre les débuts de rien. L'origine à jamais est voilée - et volée, du même coup, à l'intellect, qui bute sur l'impossible. Scène primitive à tous les étages, scène sans spectateur, chambre obscure. Bien sûr cela fait fantasmer à l'infini, d'autant que ces constructions mentales tournent à vide, se nourrissent indéfiniment de leur échec. Cela fait des épopées héroïques (la quête du Graal, le voyage aux Enfers, la rose mystique etc), des romans, des autobioraphies, des poèmes, des  philosophies. On... [Lire la suite]
07 juin 2019

ELOGE DU MINIMUM : minimum sensible, minimum pensable

  L'épicurisme, à l'inverse des philosophies de l'Etre, de la Substance et autres oripeaux de la mégalomanie humaine, promeut la difficile pensée du minimum. "Non plus quam minimum" répète Lucrèce. Il y a deux figures du minimum : le minimum sensible et le minimum pensable. Le minimum sensible marque la limite en de çà de laquelle le sujet ne peut sentir ni percevoir.  On perçoit les qualités d'un objet, on peut percevoir sa forme, sa position dans l'espace parce qu'on est situé au delà du minimum : c'est l'image que nous... [Lire la suite]
06 juin 2019

MOINS QUE RIEN C'EST QUOI ? - LUCRECE

  Je voudrais faire part au lecteur d'un embarras philosophique. Voici ce qu'écrit Lucrèce au sujet de la mort en III, 926 et 927     "En conséquence il faut penser que la mort est beaucoup moins pour nous     S'il peut exister moins que ce que nous voyons être un rien" Ces deux vers viennent conclure un passage consacré au sommeil, qui est une période de repos, sans conscience. Cette comparaison est traditionnelle. Mais alors qu'après le sommeil le sujet se resaissit, la mort entraîne... [Lire la suite]
05 juin 2019

L'IMAGINATION TOXIQUE : LUCRECE

  Lucrèce apporte une belle illustration du thème que j'ai développé dans l'article précédent (III, 870 à 887). Voici un homme qui gémit sur lui-même, imaginant de cruelles souffrances après la mort, et qui pourtant déclare, dans le même temps, qu'il ne croit pas possible "qu'il subsistât une sensibiité dans la mort". Cet homme tient un double langage. Par la raison il consent à sa disparition, qui entraîne l'insensibilité, et par l'imagination il se donne une sorte d'immortalité, mais bien douloureuse, puisqu'elle est peuplée... [Lire la suite]
04 juin 2019

PAR RAPPORT A NOUS, LA MORT

  Je voudrais revenir encore sur la formule d'Epicure : "mèden pros hèmas einai ton thanaton" (Lettre à Ménécée, 124) : "la mort n'est rien par rapport à nous" - traduction de Marcel Conche - bien meilleure que l'habituelle : "la mort n'est rien pour nous", laquelle induit en sous-main une sorte de déni, laissant croire que la mort n'est pas, et que nous serions en quelque sorte dispensés de mourir. Dire "par rapport à nous" c'est mettre en avant le non rapport : la mort existe, c'est le fait massif qu'il n'est pas question de... [Lire la suite]
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23 mai 2019

LA VIE COMME RESISTANCE A LA MORT : Bichat

  Je voudrais interroger le mot fameux de Bichat : "La vie est l'ensemble des forces qui résistent à la mort". Cette formule prend le contrepied de la conception classique et commune qui définit la vie comme puissance d'expansion. On regarde l'enfant, et l'on s'émerveille de voir comment il grandit de jour en jour, développe des facultés nouvelles, et pour un peu on finirait par croire qu'il va se développer à l'infini. Mais la croissance s'arrête bientôt, et déjà commence un sourd et lent travail de décomposition, dont chacun... [Lire la suite]
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03 avril 2019

"TOUT EST LA ET JE NE SUIS RIEN"

  Dans sa tragédie "Tasso", modèle indépassable d'écriture classique, Goethe écrivait : "Tout est là, et je ne suis rien".  Moi qui me croyais le centre sensible et rayonnant du monde, moi qui ne vivais que de moi, de mes pensées, de mes images, de mes désirs, à la sombre lumière de l'échec je me découvre tout autre, rapetissé, réduit à ce peu que je suis en vérité,  fragile barque chancelante entre deux néants, et tout autour de moi, que vois-je ? - la prolixité d'un monde insondable, inépuisable, qui fut là de... [Lire la suite]
13 décembre 2018

GAME OF THRONES : une bonne nouvelle

  Entre autres activités hautement culturelles je me plais à visionner méthodiquement la série "Games of Trones" dont on aurait grand tort de méconnaître la portée philosophique. On y trouvera d'étincelants dialogues sur la nature du pouvoir, l'art de duper les hommes et de les conduire à la crainte, à l'aveuglement volontaire et à la servitude, de savoureuses saillies sur la stupidité, le fanatisme, la croyance aveugle, il est vrai dans un contexte d'une épouvantable cruauté. Rarement l'horreur insigne de la condition humaine... [Lire la suite]
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04 décembre 2018

De la CONSCIENCE PERSONNELLE et TRANSPERSONNELLE

  Un commentateur objecte à un précédent article, où j'exposais l'idée que la mort est une annihilation complète, qu'il est possible  de considérer le décès comme un changement d'état plutôt qu'une annihilation. Ma réaction immédiate est de dire que le seul changement d'état constatable et incontestable est le cadavre. Mais mon cadavre n'est pas moi : c'est une décomposition qui ramène le corps à l'ordre implacable et anonyme de la nature. On me dira sans doute : l'homme n'est pas seulement un corps et l'on peut imaginer... [Lire la suite]