06 mars 2020

VARIATIONS SUR LE MAL : journal du 6 mars 2020

  Qu'est-ce que le mal ? Fondamentalement le mal c'est ce qui fait souffrir. C'est d'abord la douleur du corps, ou dans le corps. Pourquoi faudrait-il, au nom de quelle aberration, tolérer ce qui peut être évité ou supprimé, ou pire le sanctifier ? Qui fait son lit de la douleur l'infligera aux autres. Voyez Savonarole : bientôt sous prétexte de moralité on persécutera les artistes, on brûlera les livres, puis les hérétiques, les filles de joie et les homosexuels. On veut croire que la douleur expurge, élève et sanctifie, et... [Lire la suite]
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19 novembre 2019

UN VOYAGE AUX ENFERS : fantaisie bouddhique

  Si, comme Ulysse dans Homère, je pouvais faire un voyage éclair dans les Enfers et que je n'y pusse rencontrer que deux ou trois personnes de mon choix, ce n'est pas avec Socrate que je m'entretiendrais : il m'a toujours profondément agacé, et cette fameuse ironie que l'on loue conventionnellement dans les Universités m'a toujours semblé un mauvais piège, un attrape-nigaud, une arnaque. Quant à sa phrase illustre : "je sais que je ne sais rien", elle est dans Démocrite, lequel est infiniment plus avancé sur la question du... [Lire la suite]
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24 juin 2019

HASARD, TRAGIQUE, REEL : Hommage à Clément Rosset

  Je sais tout ce que dois à Clément Rosset. De toute son oeuvre, que j'ai lue à peu près intégralement, c'est "La logique du pire" qui m'a marqué le plus durablement. Ce livre fut un coup de tonnerre qui m'ébranla jusqu'au fondement. Il renversait nombre d'idées familières, acceptées jusque là comme évidentes, et ouvrait un gouffre dans ma sensibilité, que rien depuis n'a jamais comblé. Je m'en suis si profondément imprégné que je ne sais pas, à cette heure, ce qui vient de lui et ce qui m'appartient en propre, si toutefois je... [Lire la suite]
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17 avril 2019

QUAND SUIS-JE MOI-MEME ?

  A quel moment de notre vie pouvons-nous dire : voilà, c'est moi, c'est vraiment moi ! Et que cela ne soit pas une simple toccade, un moment fugitif, mais un duratif, une constante, un continuum qui soutienne la charpente.  Voilà un homme saisi soudain d'une inexplicable exaltation : il parle fort, il s'agite, il court à droite et à gauche, il prétend révoquer son passé, calamiteux dit-il, il achète des appartements, dilapide son bien, court la prétentaine, court la gueuse, fait la fête, et, à l'entendre, il s'est enfin... [Lire la suite]
29 mars 2019

DEUIL et MELANCOLIE

  Dans l'expérience douloureuse de la perte, celle d'un être cher, d'une amitié, d'un idéal, la vraie question est de savoir ce que dans l'objet nous perdons, dont la chute nous affecte au plus vif. Freud avait remarqué, au sujet du deuil, que si nous savons consciemment QUI nous perdons, nous ne savons pas Ce que nous perdons, ou si l'on veut, ce que le défunt représentait pour nous, dans les arcanes de notre inconscient. Sans doute une certaine image qui nous faisait plaisir, une certaine qualité d'être qui nous apportait des... [Lire la suite]
03 février 2019

De l' IDENTIFICATION : des images et du sujet (Six articles successifs sur ce thème)

  Voici ma formule : entre deux identifications, un suspens, émergence du sujet. L'identification est un processus mental très complexe et très puissant. Elle détermine une gande part de nos pensées, de nos images et de nos actions. Victor Hugo, enfant, s'écrie : "Je serai Chateaubriand ou rien". Identification à l'idéal, mais heureusement pour lui et pour nous, il n'est pas devenu Chateaubriand, ce qui était d'ailleurs impossible, mais Victor Hugo. Une identification complète serait catastrophique : Johnny Weismuller devenu... [Lire la suite]

03 février 2019

De l' IDENTIFICATION II : "s'identifier sans s'identifier"

  S'identifier à quelqu'un c'est se faire autre. C'est par des identifications successives que le sujet avance, si toutefois il sait les abandonner sur le chemin. Il faut savoir déjouer la prise, s'arracher, courir ailleurs. Ce n'est pas facile. J'ai connu un noble universitaire, estimable à tous égards, qui déclarait honnêtement qu'il lui était impossible, aujourd'hui, de quitter la défroque du maître à penser, de se ranger à l'aune commune. C'était comme de perdre une identité sociale chèrement conquise, de se retrouver tout... [Lire la suite]
03 février 2019

De l'IDENTIFICATION III : douleur et symptôme

  Dans un internat de jeunes filles, une des pensionnaires reçoit une lettre de rupture de la part de son bien-aimé. Elle pleure, elle se lamente, elle gémit. Gageons que sur l'heure toute la colonie va verser des larmes amères, à qui gémira, souffrira le chagrin le plus intense. Dirons-nous que ces jeunes filles s'identifient toutes à celle qui fut blessée et rejetée ? Sans doute, mais plus profondément elles s'identifient à la douleur, ou si l'on préfère au symptôme, ce dernier terme n'exprimant rien d'autre que... [Lire la suite]
29 mai 2018

APOLOGIE du MOI

  En voilà assez ! Assez de malmener ce pauvre moi accablé de tous les maux de la terre ! "Le moi est haïssable" dit-il. Et l'autre y voit le condensé pitoyable de toutes les identifications. Ces propos ont quelque valeur dans le processus de déconstruction, lorsqu'on désire atteindre la source du désir, explorer les couches profondes de l'inconscient. Ou encore lorsqu'on veut décentrer le sujet, le mettre en relation avec le vaste monde. Mais de quelque manière qu'on s'y prenne on en revient toujours au moi, sans lequel la vie... [Lire la suite]
24 mai 2018

De la TYRANNIE du SURMOI : plaisir et culpabilité.

  Cette primauté du plaisir que j'ai tenté de retrouver et d'exhiber dans l'article précédent se voit immédiatement combattue par un régiment de forces contraires, qui vont singulièrement en amoindrir les effets. Je remarque déjà que plusieurs commentateurs s'empressent de rappeler au secours - de la morale, je suppose - les nécessités sociales sous les espèces, tantôt du moi, tantôt du surmoi. Que le moi s'efforce d'endiguer la puissance incontrolée des pulsions pour maintenir l'unité psychique, cela se conçoit aisément : il... [Lire la suite]