02 octobre 2018

PURGATION PYRRHONIENNE

  Le pyrrhonien ne détermine rien de façon dogmatique et suit les apparences (phainomena) : "lorsque des impressions variées nous frappent, nous dirons qu'elles apparaissent, les unes et les autres ; et la raison pour laquelle ils posent, disent-ils, les apparences, c'est qu'elles apparaissent". (DL,IX 107) J'aime cette position purement nominative, qui éxclut tout développement, tout verbiage ; les apparences apparaissent et sont les apparences parce qu'elles apparaissent. Que dire d'autre ? Il s'agit bien de ramener l'usage... [Lire la suite]

03 septembre 2018

ADELON : critique de l'invisible

  Dêlos : Ile qui vit naître Apollon et Artémis. dêlos : visible, apparent, clair, évident, manifeste. adêlos : invisible, obscur, incompréhensible.   "Le pyrrhonien, déclare Sextus Empiricus dans ses "Esquisses pyrhoniennes" (livre I, 7), ne donne son assentiment à aucune des choses obscures (adêlon)". Ces "choses obscures" désignent ce qui échappe à notre capacité de compréhension, toujours relative à notre état, à notre position, aux apparences, comme par exemple de saisir la nature intime d'un phénomène. Je ne sais... [Lire la suite]
25 avril 2018

LA CONNAISSANCE DE SOI, un leurre ? - PYRRHON

  Reprenant la formule delphique: "connais-toi toi même et tu connaîtras l'univers et les dieux" je me propose de la soumettre à ce qui pourrait-être une exploration pyrrhonienne. On ne sait pas, malheureusement, ce que Pyrrhon a pu penser de cette injonction, à supposer qu'ii s'y soit attardé, ce qui est loin d'être sûr. De son maître Démocrite il a pu retenir la formule "je sais que ne sais rien" (qui n'est pas une exclusivité socratique), et ce savoir paradoxal qu'il n'existe pas de savoir en vérité. De là découle... [Lire la suite]
10 avril 2018

De l'INCONNAISSANCE et du REEL : PYRRHON

  Pourquoi ne peut-on vraiment connaître la réalité ? La réponse traditionnelle est d'invoquer les faiblesses constitutives de notre nature. La réponse de Pyrrhon est autrement radicale, sans pour autant exclure la première. Il pose tranquillement cette thèse étonnante que les choses échappent de nature à toute prise : "il les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables. C'est pourquoi ni nos sensations, ni nos jugements ne peuvent ni dire vrai ni se tromper". Cette dernière phrase est quand même... [Lire la suite]
15 mars 2018

PETIT ADDENDUM à l'article précédent

  Petit addendum, certes, mais, selon moi, du plus grand poids : si par le langage nous sommes séparés des choses il n'en faut pas conclure que les choses n'existent pas, ou qu'elles soient négligeables. Sur ces questions fondamentales, et de haute conséquence, je me découvre très résolu, moi qui le suis si rarement, et qui sur tant de sujets n'ai guère de position arrêtée. Le réel, ça existe, mais non point sur le mode de l'être : apparence, apparition plutôt, ou apparaître des apparences, cela insiste, cela se fait entendre,... [Lire la suite]
15 mars 2018

GORGIAS : du non-être et du langage

  D'après Sextus Empiricus, Gorgias "met en place, dans l'ordre, trois propositions fondamentales : premièrement, et pour commencer, que rien n'existe ; deuxièmement que, même s'il existe quelque chose, l'homme ne peut l'appréhender ; troisièmement, que même si on peut l'appréhender, on ne peut ni le formuler ni l'expliquer aux autres". La difficulté majeure, dans cette exposition, tient au sens que l'on donne à la première proposition. "Ouden estin" : faut-il traduire "rien n'existe" alors que le grec dit "rien n'est" ? Ce... [Lire la suite]

16 novembre 2017

Du REFOULEMENT ORIGINAIRE, et du REEL

  De quoi parlons-nous quand nous parlons ? Une des innovations les plus spectaculaires de Freud fut d'introduire le concept de refoulement originaire. Si je comprends bien, cette opérataion est l'effet du langage. Le mot est le meurtre de la chose, entendons : dorénavant tu désigneras par un mot l'objet de ta demande, ce qui revient à éloigner la chose de la satisfaction directe, à la retirer dans une nouvelle sphère qui se surajoute à la première, qui ne lui est nullement équivalente, et qui, de plus, relève en quelque sorte... [Lire la suite]
26 juillet 2017

La NATURE et l'ESPRIT : le dia-bolon

  "L'esprit n'est pas au début, pas à la source" écrivait Hölderlin. La source universelle c'est évidemment la nature, entendue au sens le plus large et le plus englobant. Ou encore "l'abîme", selon le mot de Démocrite. Quoi que l'on fasse, elle reste l'insondable, la mystérieuse, l'impénétrable. "La femelle obscure". C'est dire implicitement que l'esprit ne peut naître que d'un déchirement, d'une rupture, d'une distanciation dans la dualité : dia-bolon, oeuvre du diable, séparation et solitude. L'homme se pose en s'opposant.... [Lire la suite]
09 mars 2016

De l' ANXIETE

  L'anxiété est l'angoisse spécifique de l'avenir, perçu comme menaçant, voire catastrophique. L'anxieux se tient pelotonné dans ce présent fragile, comme s'il pouvait empêcher par sa crainte le cours irrépressible du temps qui l'entraîne dans l'incertitude du futur. Demain sera forcément pire qu'aujourd'hui : au moins le présent, fût-il pesant et désagréable, est connu, alors que demain peut être n'importe quoi. Dès lors l'imagination s'enfle à inventer des monstres, des situations inextricables, multipliant à l'envi les... [Lire la suite]
22 février 2016

L'EMPATHIE et la LOI

  La pratique de l'empathie, si difficile, si problématique, suppose, pour être juste et efficace, une claire, inaltérable position médiane, un positionnement rigoureux du tiers, c'est à dire, entre celui qui parle et celui qui écoute, une instance désubjectivée, neutre si l'on veut, à laquelle se réfère l'écoutant, et à laquelle il s'efforce de renvoyer le parlant. C'est la position de la vérité, qui, si en tant que telle, n'est pas énoncée, ou si rarement, n'en reste pas moins la référence à laquelle chacun fait appel.... [Lire la suite]