04 juillet 2019

QUI ES-TU ? - Bodidharma

  Qui lirait attentivement les pages de ma rubrique "journal" en saurait sur moi à peu près autant que moi, c'est à dire : rien. Demandez à quelqu'un : Qui es-tu ? C'est le mettre à la torture. Il pourra retourner la question pendant mille ans (mille kalpa diraient les maîtres du Chan) qu'il n'obtiendrait rien de plus qu'une solide migraine. Là- dessus l'animal, et déjà l'humble compagnon du logis, le chien-oreilles-dressées, le chat au regard oblique, ou l'âne si vous avez un âne, l'animal quel qu'il soit, il est ce qu'il est,... [Lire la suite]

07 mai 2019

La PRISON du LANGAGE : sujet-objet

  Spontanément chacun estime que le rapport sujet-objet est une donnée immédiate de la conscience. Sentir c'est sentir quelque chose, désirer c'est désirer quelque chose, penser c'est penser quelque chose. Et chacun posera, sans autre forme de procès, que cette activité de sentir, de désirer et de penser est l'acte d'un sujet. On en conclut au rapport nécessaire, indépassable du sujet et de l'objet. Nietzsche demandera fort pertinemment si, en cette affaire, nous ne sommes pas prisonniers de la grammaire, laquelle organise toute... [Lire la suite]
01 mai 2019

PERCEPTION HORS LANGAGE ?

  Par ma fenêtre ouverte je vois une myriade de feuilles délicates, d'un vert tendre, très doucement remuer sous la brise, dans le ciel bleu de printemps. Mais tout cela je le dis parce que je veux décrire, et pour décrire il faut des mots, lesquels vont inévitablement déchirer, morceler ce qui était d'abord une perception globale sans langage. C'était un moment de pur bonheur : je regardais, ou plus exactement, je voyais, quoi ? un tableau d'ensemble, une masse indistincte de formes et de couleurs, avant que par un fâcheux... [Lire la suite]
15 mars 2019

Du LANGAGE hors NATURE : les Sophistes

  Les Sophistes grecs, si mal nommés, si mal compris, avaient déjà fait une découverte majeure, dont aujourd'hui encore nous ne mesurons pas tous les effets : nomos s'oppose à phusis, nomos n'est pas contenu dans phusis. Entendons : la coutume, la règle, la loi (nomos) sont d'un autre ordre que les faits naturels (phusis). Platon voulait que la justice comme norme de la conduite individuelle s'inscrive dans la justice de la cité, qui elle même se rangerait à la justice du cosmos. Double inclusion. Aristote soutiendra que l'homme... [Lire la suite]
14 mars 2019

Du RAPPORT au LANGAGE

  La question me taraude depuis plusieurs jours, jusqu'à ce qu'enfin je parvienne à la formuler correctement - ce qui est la condition première de toute entreprise de pensée. A quoi se rapporte un sujet humain s'il est évident que pour vivre et penser il lui faille de toute nécessité se rapporter à quelque chose, ou à quelqu'un ? Celui qui prétendrait se couper radicalement de toute référence, ou qui se verrait isolé très longtemps, sombrerait dans la folie. Dans l'extrème solitude il faut encore un livre, ou l'image d'un homme... [Lire la suite]
02 octobre 2018

PURGATION PYRRHONIENNE

  Le pyrrhonien ne détermine rien de façon dogmatique et suit les apparences (phainomena) : "lorsque des impressions variées nous frappent, nous dirons qu'elles apparaissent, les unes et les autres ; et la raison pour laquelle ils posent, disent-ils, les apparences, c'est qu'elles apparaissent". (DL,IX 107) J'aime cette position purement nominative, qui éxclut tout développement, tout verbiage ; les apparences apparaissent et sont les apparences parce qu'elles apparaissent. Que dire d'autre ? Il s'agit bien de ramener l'usage... [Lire la suite]

03 septembre 2018

ADELON : critique de l'invisible

  Dêlos : Ile qui vit naître Apollon et Artémis. dêlos : visible, apparent, clair, évident, manifeste. adêlos : invisible, obscur, incompréhensible.   "Le pyrrhonien, déclare Sextus Empiricus dans ses "Esquisses pyrhoniennes" (livre I, 7), ne donne son assentiment à aucune des choses obscures (adêlon)". Ces "choses obscures" désignent ce qui échappe à notre capacité de compréhension, toujours relative à notre état, à notre position, aux apparences, comme par exemple de saisir la nature intime d'un phénomène. Je ne sais... [Lire la suite]
25 avril 2018

LA CONNAISSANCE DE SOI, un leurre ? - PYRRHON

  Reprenant la formule delphique: "connais-toi toi même et tu connaîtras l'univers et les dieux" je me propose de la soumettre à ce qui pourrait-être une exploration pyrrhonienne. On ne sait pas, malheureusement, ce que Pyrrhon a pu penser de cette injonction, à supposer qu'ii s'y soit attardé, ce qui est loin d'être sûr. De son maître Démocrite il a pu retenir la formule "je sais que ne sais rien" (qui n'est pas une exclusivité socratique), et ce savoir paradoxal qu'il n'existe pas de savoir en vérité. De là découle... [Lire la suite]
10 avril 2018

De l'INCONNAISSANCE et du REEL : PYRRHON

  Pourquoi ne peut-on vraiment connaître la réalité ? La réponse traditionnelle est d'invoquer les faiblesses constitutives de notre nature. La réponse de Pyrrhon est autrement radicale, sans pour autant exclure la première. Il pose tranquillement cette thèse étonnante que les choses échappent de nature à toute prise : "il les montre également in-différentes, im-mesurables, in-décidables. C'est pourquoi ni nos sensations, ni nos jugements ne peuvent ni dire vrai ni se tromper". Cette dernière phrase est quand même... [Lire la suite]
15 mars 2018

PETIT ADDENDUM à l'article précédent

  Petit addendum, certes, mais, selon moi, du plus grand poids : si par le langage nous sommes séparés des choses il n'en faut pas conclure que les choses n'existent pas, ou qu'elles soient négligeables. Sur ces questions fondamentales, et de haute conséquence, je me découvre très résolu, moi qui le suis si rarement, et qui sur tant de sujets n'ai guère de position arrêtée. Le réel, ça existe, mais non point sur le mode de l'être : apparence, apparition plutôt, ou apparaître des apparences, cela insiste, cela se fait entendre,... [Lire la suite]