05 juin 2017

De la MORT du CHRIST : HOLBEIN le JEUNE

  La représentation d'un Bouddha squelettique, émacié, est fort rare en Orient. Je n'aime pas cette figure. Pas davantage les Bouddhas ventripotents, rigolards et rabelaisiens qui ont fleuri en Chine. J'aime le regarder comme un homme ordinaire, justement proportionné, bien fait de corps et d'esprit, avec ce demi-sourire quasi imperceptible, si énigmatique, qui lui confère je ne sais quelle majesté discrète, toute de réserve et d'attention intérieure. Cette présence est si forte qu'elle vous saisit d'étonnement : est-il possible... [Lire la suite]

26 avril 2017

Que signifie "SAGESSE"?

  Si le mot "philo-sophie" a un sens, il désigne clairement son objet et sa visée : sophia, que nous rendons fort improprement par "sagesse", mot insipide et galvaudé qui évoque je ne sais quelle mièvrerie de sentiment, quelle réduction pathétique de l'instinct de vie. Les Grecs ne l'entendaient pas ainsi. Le mot avait encore, à cette époque, une valeur d'énergie et de courage, que nous retrouvons également dans l'"arètè" cette excellence de la pensée et de la conduite, que nous avons affadie outrageusement dans la notion de... [Lire la suite]
15 novembre 2016

De l' IMMORTALITE de L'AME : imaginaire et symbolique

  Lorsqu'on est enfant on a bien du mal à concevoir ce que signifie la mort : une absence, sans doute, qui prendra bien fin un jour. Le défunt reviendra, c'est certain. Puis vient un temps où l'enfant soupçonne l'affreuse vérité : le défunt ne revient pas. Mais alors que devient-il ? L'enfant voit qu'on enterre le défunt, mais dans le même temps des âmes charitables, pour faire passer la pilule, lui expliquent que l'âme du mort séjourne dans le ciel, parmi les étoiles, et que de là haut il voit, il regarde, il est toujours... [Lire la suite]
16 août 2016

De l'HOMME NON-MORTEL

  Hourrah ! Le saviez-vous ? Les olibrius de la Silicon Valley, après "l'homme augmenté", le "transhumanisme" et autres faribolles, nous ont concocté un nouveau concept : le non-mortel. Moi qui croyais savoir que les hommes en général, et Socrate en particulier, sont mortels, voilà qu'il me faut débrouiller la subtile différence entre l'immortel et le non-mortel ! En lecteur passionné de l'Antiquité, je savais, depuis Homère et Hésiode, que le qualificatif d'Immortel était réservé aux dieux, dont c'était la noble et... [Lire la suite]
20 octobre 2014

D'une SINGULIERE SCHIZOPHRENIE : réel et désir

    Question : qui désire l'immortalité? Voilà sans doute le désir le plus vain que l'on puisse imaginer, et pourtant...C'est lui qui inspire tant d'artistes, de poètes, de créateurs en tout genre. Laisser quelque chose qui témoigne du passage, un petit reste arraché à la mort, un fétiche fantasmatique et dérisoire érigé à la face de l'univers, voilà qui motive, qui excite, qui stimule, qui inspire les entreprises les plus folles. Tel qui pourrait vivre paisiblement dans une retraite dorée, goûter aux joies sereines d'une... [Lire la suite]
10 octobre 2014

Leçon du Désir

    Depuis que j'ai fini mon ouvrage je suis en apesanteur. Ce n'est pas un post partum, ni une décompensation, mais une sorte de flottement, de glissement sur les ailes légères du temps qui passe, et qui me porte. Je n'ai plus rien à faire, j'ai rempli mon contrat. Quel contrat? Un contrat entre moi et moi, une sorte d'obligation toute intérieure, purement privée. Sans doute me suis-je dit, à une époque lointaine, à une date indéterminée, à peu près ce que s'était dit Schopenhauer : "j'ai trouvé que la vie est une énigme,... [Lire la suite]

26 août 2013

Le PARADOXE EPICURIEN : mort et immortalité

    Si l'on veut saisir pleinement le sens et la portée de l'éthique épicurienne il faut se rendre sensible à cette tension - ce tonos, cette tonique - très particulière qui la sous-tend, et que je traduirai par la formule suivante : vivre mortel d'une vie immortelle. Ce paradoxe est absolument central, il importe d'en saisir l'esprit sans verser dans les chimères de l'idéalisme. Premier point : il n' y a aucune parade à la mort individuelle : "Face à la mort nous sommes tous une citadelle sans défense". La vie que nous... [Lire la suite]
22 juin 2012

MOURIR sans PERIR : Lao-Tseu K-958

          « Mourir sans périr c’est la Longue Vie ». Comment entendre cette énigme de Lao-Tseu ? On sait que les Taoïstes ont forgé cette notion de Longue Vie, dont le sens nous échappe encore. Parfois ils parlent même des Immortels, ces figures emblématiques de la sagesse. Mais je ne crois pas que cette notion d’immortalité soit à prendre au pied de la lettre. Ce n’est pas le sujet individuel qui accède à l’immortalité, ce qui serait absurde, mais une certaine qualité de vie, une... [Lire la suite]
13 mai 2011

ETERNITE du CERCLE : du SPHAIROS, et d' EMPEDOCLE

« Elle est retrouvée Quoi? L’éternité. C’est la mer allée Avec le soleil ». (Rimbaud) Le cercle de vie se referme, mais la vie continue. Paradoxe de la durée. Chronos était là avant, il est pendant, et après. Rien ne l’arrête, rien ne l’arrêtera. Pourtant, dans cette conscience paisible de l’achèvement, quelque chose persiste en dépit du temps. Et si le corps, et si la conscience avec lui, va à la mort, une autre conscience, qui est à la fois elle-même et une autre, différant d’avec elle-même, gagne secrètement une demeure... [Lire la suite]
14 octobre 2010

"Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels"

"Nous sentons et nous expérimentons que nous sommes éternels" : Spinoza. Cette proposition peut laisser songeur. Je voudrais l'examiner ici de plus près, dans mon propre style. Il y a, ici, quelque chose d'essentiel qui demande questionnement attentif et sans complaisance. J'allais écrire : il y va de notre existence même. Remarquons d'abord que Spinoza ne parle pas de l'immortalité mais de l'éternité. Certaines religions promettent l'immortalité de l'âme dans une autre vie. Spinoza ne dit pas cela. L'immortalité est une... [Lire la suite]