09 mars 2018

DESIR et JOUISSANCE : Lucrèce

  C'est peu de dire que Lucrèce, en son De Natura Rerum, peigne les illusions de la passion amoureuse : bien mieux, il décrit l'impasse du désir et de la jouissance. "Morsures, aiguillons, blesser, brasier, arracher, combat ..." - un vocabulaire guerrier pour dépeindre "la fureur", "la violente ardeur" qui consume l'homme  en proie au désir, qui, désespérant d'atteindre "sa proie" s'acharne en vain sur le corps de la belle, et ne pouvant la saisir toute, toute entière à la fois, "erre incertain sur le corps tout entier".... [Lire la suite]

22 janvier 2018

HUMEUR,VALEUR : idiosyncrasie et vérité

  Jour après jour je reviens : où donc étais-je, dans quelle brume de noirceur et de moiteur ? Pourtant cela aussi était de quelque réalité, cela aussi avait sa logique, sa véracité, sa vérité. Quand l'âme est valide et le corps content il en découle une certaine vision du monde, qui a sa réalité : mais le défaut qui s'y attache  est de nous faire croire qu'il s'agit là d'une norme du vrai et que cet état est destiné par nature à durer toujours. On s'habitue au plaisir, on finit par croire qu'il est l'essence de notre... [Lire la suite]
09 août 2017

Le CHANT des ORIGINES : Chant troisième, 4

                          4   Certains, glissant dans le comaDescendant doucement dans les marais du songeS'engouffrent dans les arcanes d'un long tunnel Au bout duquel, brillante et douce, une lumièreSemble les appeler ; ils vont, irrésistiblementDe l'avant, happés par le sublime ; Ce qu'ils désiraient de toujours, cet ardent,Ce poignant désir de savoir, n'était-il pasSoudain réalisé, Il suffisait de marcher quelques pas de plusEt tout était...Mais soudain une... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 20:59 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
Tags : , ,
08 août 2017

Le CHANT des ORIGINES : Chant Quatrième, 3

                3  L'ennui haine du temps.Que savons-nous du temps, s'il glisseOu s'il est immobile ? Nous ne voyonsQue mouvements, déplacements, altérations,Que le printemps succède à l'hiver Que l'oiseau chante, et s'arrête de chanter,Que chaque instant, unique et singulier,Jamais ne revient, Que nos pensées passent comme des feuilles.Nous disons : c'est le temps. Hélas que disons-nous ?Nous replâtrons d'un mot le trou de l'ignoranceNous figeons dans un mot le mouvement du mondeNous... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 14:32 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : , , , , ,
06 mars 2017

Du "PIEUX MENSONGE"

  Les grandes traditions, pour arracher l'esprit aux séductions de l'immédiat et aux attachements infantiles, utilisent la technique du "pieux mensonge", en faisant miroiter des perspectives séduisantes, des lendemains enchanteurs, lesquels ont pour effet de stimuler le désir et de l'orienter dans de nouvelles directions. C'est une technique à double tranchant, car l'impétrant, après avoir fait un long voyage, peiné à travers les broussailles, les ravines et les déserts, peut se retrouver fort dépourvu au regard du nouveau... [Lire la suite]
31 décembre 2016

DE l' ILLUSION FONDAMENTALE : le "sujet" et le monde

  Plus on découvre moins on voit. Cela pourrait illustrer la véritable nature de la connaissance, son mouvement et sa déconvenue. Mais que diable veut-on voir ? Ce qu'on appelle la science, du moins pour les moins naïfs, devrait se reconnaître là, confirmant les intuitions fondatrices de Démocrite : de ce qui est réellement, nous sommes à jamais loin. Toute avancée génère de nouvelles obscurités. Nous voici ramenés aux fondamentaux : le cerveau reptilien, la faim, la soif, la peur, la fuite et l'agression. Nous sommes des... [Lire la suite]

04 mai 2016

De la VERTU d'AMOUR

  Une des scènes les plus réussies, et il en est beauoup dans l'excellent "Amadeus" de Milosz Forman, met en présence l'empereur et Mozart, devant quelques courtisans amateurs de musique, tous inconditionnels de l'opéra italien. Mozart ricane : ces opéras italiens "chient du marbre", rien ne vaut un bel opéra allemand, qui ferait valoir les "vertus allemandes". - "Et quelles sont ces fameuses vertus allemandes ?" demande l'empereur. - " L'amour Sire, l'amour !". Je doute que l'amour soit une vertu et je ne dirai pas, comme... [Lire la suite]
06 novembre 2013

De la DESILLUSION

    Quand on est revenu de toutes nos illusions, quand tous nos espoirs de vie intense et tropicale se sont envolés, que reste-t-il? La plate monotonie de la vie quotidienne, la conversation, le petit vin entre amis, le soleil qui se lève et se couche, l'ombre et la lumière, ou, comme disait Rimbaud, une dure réalité à étreindre. Survivre au désenchantement, voilà une dure épreuve. Dans le remarquable film "Les invasions barbares", les personnages, tous anciens soixante-huitards dégrisés, passent en revue la kyrielle de... [Lire la suite]
11 avril 2013

ILLUSION ET VERITE

    Chercher c'est tourner en rond, si l'on en croit l'étymologie : circum, circonvolution. Autour de quoi? D'un trou. Encore faut-il faut-il voir  le trou. Or toute notre activité de penser est déterminée par le refus de voir, et l'habituelle orientation du savoir est de ne pas savoir. Nietzsche remarquait que l'erreur, je dirais plutôt l'illusion, est une nécessité vitale, une protection nécessaire contre le tragique, une dénégation obstinée des conditions fondamentales de l'existence. Vivre c'est vouloir, c'est... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 15:42 - - Commentaires [2] - Permalien [#]
Tags : ,
25 février 2010

Du PARADOXE de la BEAUTE : l'illusion nécessaire

Je le sais bien, même la beauté est périssable, qui n'est qu'un fruit sublime de nos illusions. "Auch das Schöne muss vergehn" écrit Schiller : même le beau doit périr. Dans le "Vergehn" résonne le signifiant "passer". Passer c'est périr, mais avec une notion d'indétermination. Périr est sans recours, et marque le terme inéluctable de toute existence empirique. Passer est plus subtil, parce que le terme n'est pas explicitemùent indiqué. On peut passer sans périr, comme un nuage passe, et la brise, et... [Lire la suite]