07 juillet 2020

UNE ETRANGE MALADIE

  L'été, en cette année troublée, fait une entrée claudiquante, incertaine et cabocharde. Tout ce qui se donne à voir semble frappé d'incertitude, comme si le temps lui-même se mettait à balbutier, et que rien n'assurait plus le passage d'une heure à la suivante. C'est bien sûr une illusion née de nos déboires récents, et chacun sait bien que le temps ne s'arrête jamais, et que, comme dit le poète, c'est nous qui nous arrêtons, ou plutôt, qui trébuchons d'heure en heure, comme ivres, pris de vertige, tremblotants et vacillants. ... [Lire la suite]

16 juin 2020

CE FLUX QUI NOUS TRAVERSE

  Il est rare que le processus de socialisation et l'accès à la culture se puissent faire sans accrocs, sans heurts, sans conflits ni drames subjectifs. La symbolisation est un travail de longue haleine, virtuellement infini. Ce qui fait qu'au soir de la vie, quand les possibilités se restreignent de manière drastique, le sujet peut ressentir avec force le caractère partiel, insatisfaisant de son existence. Bien sûr on aurait pu faire ceci ou cela, courir le monde, ou la prétentaine, étudier le chinois ou l'astrophysique, mais... [Lire la suite]
26 décembre 2019

L' ESSENTIEL et le DERISOIRE : méditation

  Il y a peu de temps j'avais le sentiment gratifiant d'avoir réalisé enfin le but véritable de mon existence : devenir celui que je suis. Ou dire avec Descartes : je suis, j'existe. Ou encore : me reconnaître comme le sujet que j'étais de toujours et qui enfin accédait à la pleine conscience de soi. Pour un peu j'aurais pu écrire, comme Rilke "Mir zur Feier" : pour me fêter. Car, soyons franc, c'est une fête très légitime que de se reconnaître comme sujet de sa propre existence, et enivrante aussi lorsqu'on considère la grande... [Lire la suite]
07 mai 2019

La PRISON du LANGAGE : sujet-objet

  Spontanément chacun estime que le rapport sujet-objet est une donnée immédiate de la conscience. Sentir c'est sentir quelque chose, désirer c'est désirer quelque chose, penser c'est penser quelque chose. Et chacun posera, sans autre forme de procès, que cette activité de sentir, de désirer et de penser est l'acte d'un sujet. On en conclut au rapport nécessaire, indépassable du sujet et de l'objet. Nietzsche demandera fort pertinemment si, en cette affaire, nous ne sommes pas prisonniers de la grammaire, laquelle organise toute... [Lire la suite]
02 février 2019

DESTITUTION SUBJECTIVE : du flux

  Lacan serait-il bouddhiste ? Lui aussi - voir l'article précédent - prône un travail de désaisissement du sujet qu'il appelle "destitution subjective" ou expérience du "désêtre". L'idée est claire : il faut pousser le travail de déconstruction de l'imaginaire jusqu'aux ultimes conséquences. Désêtre signifie renoncement à l'être, au mirage d'une substance stable et permanente, telle qu'elle se construit dans les décours de l'identification. Motaigne le disait déjà : "d'où tirons-nous ce titre d'être nous qui ne sommes qu'un... [Lire la suite]
11 janvier 2019

MEMOIRES : du flux et de la permanence

  C'est très étonnant : les choses glisssent, les impressions glissent, les souvenirs glissent, on dirait que rien ne se fixe plus, et tout va à la débandade. A ce tarif je perdrai bientôt la connaisssance de mon propre nom. C'est un effet de l'âge, pour sûr, mais aussi, sans doute, d'une complexion particulière. Montaigne écrivait quelque part que rien ne le tient ni le retient : je ne saurais mieux dire. Et comme lui je puis me plaindre des fluctuations de ma mémoire, ce vase troué. J'ai beau m'efforcer, j'oublie le livre que... [Lire la suite]

04 janvier 2019

L'ART de la SIESTE

  La sieste, comme le thé au Japon, ou les fleurs, peut être élevé au rang d'un art. J'y excelle, sans fausse modestie, de la pratiquer congrûment depuis des années. Mais la durée, et la répétition même n'y suffisent pas. Il y faut une intentionnalité très particulière. Je m'allonge sur mon lit, je m'étire, je m'installe dans une position confortable, et je laisse aller. Après quelques instants de flottement je me sens descendre dans un espace ouvert, très loin des embarras de la vie ordinaire, des pensées et des soucis du... [Lire la suite]
25 août 2018

FLUX : méditation

          Nous croyons que nous sommes des corps     Stables comme des marbres - hélas     Nous ne sommes que des flux     Flux branchés sur d'autres flux     Flux de flux, milliards de flux     Ils coulent de toute éternité     Dans tous les sens à la fois     Nul ne sait d'où ils viennent, où ils vont      Mais ils vont       Inexorablement branchés, entremêlés,     Et tous ils vont... [Lire la suite]
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22 mai 2017

FLUX : poème

       Où donc est-il       Le soleil de la terre - et la mer elle-même      Semble se retirer. Seul sur la rive      Et le regard dans les étoiles qui crissent      Je me souviens d'une époque ancienne      De rivages bleus où je courais enfant      Sans rien savoir du temps. Nous passons      Comme passent les nuages dans le ciel      Sans rien tenir, rien retenir.    ... [Lire la suite]
Posté par GUY KARL à 18:01 - - Commentaires [0] - Permalien [#]
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06 janvier 2016

THEORIE des FLUX (2) - du corps comme illusion

  Qu'est ce qu'un corps ? Que ce soit un nuage, une rivière, une plante, un oiseau, une femme ? Je vois deux manières de répondre, complètement inverses l'un de l'autre, selon que vous vous placez dans la stabilité ou dans le flux.  La première consiste à définir le corps comme un ensemble plus ou moins organisé, structuré, harmonique, d'éléments assemblés, reliés entre eux par la puissance d'une forme. C'est ainsi par exemple que les Stoïciens disent que c'est la forme qui organise une matière inerte, "femelle", passive.... [Lire la suite]