09 mars 2020

SAUVER LA PENSEE

  Sauver la pensée ! Elle qui est menacée de toutes parts par les impératifs d'une société mercantile, autoritaire, qui soumet la liberté aux diktats de la performance. Mais ne nous illusionnons pas : toute société, quelle qu'elle soit, repose sur le principe de l'hétéronomie, la loi externe qui organise le jeu des rapports et des ordres. On ne peut penser qu'en se détachant, au prix d'une certaine solitude, et d'un risque assumé. Ce qui fait que le problème est d'abord interne : le conflit se joue dans le rapporte entre les... [Lire la suite]

06 mars 2020

VARIATIONS SUR LE MAL : journal du 6 mars 2020

  Qu'est-ce que le mal ? Fondamentalement le mal c'est ce qui fait souffrir. C'est d'abord la douleur du corps, ou dans le corps. Pourquoi faudrait-il, au nom de quelle aberration, tolérer ce qui peut être évité ou supprimé, ou pire le sanctifier ? Qui fait son lit de la douleur l'infligera aux autres. Voyez Savonarole : bientôt sous prétexte de moralité on persécutera les artistes, on brûlera les livres, puis les hérétiques, les filles de joie et les homosexuels. On veut croire que la douleur expurge, élève et sanctifie, et... [Lire la suite]
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06 février 2020

CORPS-UNIVERS : POESIE 3 (recueil, 1 à 4)

           CORPS UNIVERS                 ARGUMENT   Formes dissoutes,images disloquées Dans la déroute du corps-arbre, du corps-maison, de l'architecture ordinaire qui magnifie l'unité et le sens, je ne vois nulle tristesse, mais l'aube d'une nouvelle histoire qui porterait dans l'ordre humain les brillantes révolutions de l'astrophysique, parachevant la décentration initiée par la science. Dissous dans l'univers, mêlé aux milliards de courants de la... [Lire la suite]
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24 septembre 2019

APOLOGIE du TROU

  Le trou, s'il est ouvert, est l'organe universel de la jouissance, par où se déversent les détritus, fragments de corps décortiqués, déchets et toxines, et par où pénètrent les effluves et les saveurs du monde. Tout passe par là, entre les bords béants, tactiles et sensitifs. Je dis : jouissance, entendant par là le flux, tous les flux qu'accompagnent les affects, qu'ils soient intenses, voluptueux, irritants, ou quasiment insensibles. C'est par le trou que nous sommes au monde. Question : un seul trou, ou mille trous ? Le... [Lire la suite]
28 août 2019

QUE PEUT UN CORPS ?

  Un saut, un redressement d'équilibriste, disais-je. Je pourrais dire aussi : athlétique. "Nous ne savons pas ce que peut un corps" mais nous voyons d'expérience qu'il peut beaucoup, et que dans certaines situations extrêmes, quand tout semble perdu, c'est bien le corps qui nous sauve. Encore faut-il bien se garder de concevoir le corps à la manière de l'anatomiste et du physiologiste, qui ramènent tout l'édifice somatique à des mécanismes, à la fois très simples et très sophistiqués. Par corps j'entendrai plutôt un réseau... [Lire la suite]
22 octobre 2018

BLANCHEUR MUETTE - Livre II

  LIVRE DEUX     HEPHAISTOS   1     Mais par le trou passe le vent du monde Impénitent Tumultueux, tourbillonnaire Le corps s’en va en tous petits morceaux Aux quatre vents Tourbillonnant dans la lumière   Il ne faut rien garder Laissons passer laissons courir laissons flotter S’évanouir Notre pauvre mémoire   L’extase En un seul mouvement solaire Abolit, réunit Le vivre et le mourir     2    L’utérus maternel Long tunnel obscur Pas de lumière ... [Lire la suite]
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16 octobre 2018

De la MALADIE de l'AME : Diogène d'Oenanda

  "Voyant que la plupart des hommes sont malades de fausses opinions sur les choses et n'écoutent pas le corps, les plaintes importantes et justes qu'il porte contre l'âme, à savoir que, par elle il est tourmenté injustement, accablé et entraîné vers des choses non nécessaires....nous avons voulu venir au secours des hommes de bonne composition". Dans ce passage Diogène d'Oenanda nous livre un diagnostic médical : la maladie vient d'un enflure de l'âme lorsqu'elle se laisse aller à des aspirations infinies qui nous vouent à... [Lire la suite]
18 mai 2018

Du PLAISIR comme PRINCIPE

  En allemand la joie se dit "Freude" - voilà qui devait ravir le cher Sigmund ! Et dessiner pour lui un certain destin, un fatum comme on dit en latin, qui signifie originellement "le dit" (de fari, dire). Les Muses, au chevet du nourrisson, ont édicté le signifiant-maître qui dorénavant guiderait les pas de l'enfant, puis de l'adulte. On se demandera si Freud saura se montrer digne de cette vocation, dans sa vie et dans son oeuvre, ce qui n'est évident ni pour l'une ni pour l'autre. S'il est bien vrai qu'elles commencent en... [Lire la suite]
09 mars 2018

DESIR et JOUISSANCE : Lucrèce

  C'est peu de dire que Lucrèce, en son De Natura Rerum, peigne les illusions de la passion amoureuse : bien mieux, il décrit l'impasse du désir et de la jouissance. "Morsures, aiguillons, blesser, brasier, arracher, combat ..." - un vocabulaire guerrier pour dépeindre "la fureur", "la violente ardeur" qui consume l'homme  en proie au désir, qui, désespérant d'atteindre "sa proie" s'acharne en vain sur le corps de la belle, et ne pouvant la saisir toute, toute entière à la fois, "erre incertain sur le corps tout entier".... [Lire la suite]
25 janvier 2018

LE DELICE DES FLEURS : LUCRECE

    "Pauvres esprits des hommes, ô coeurs aveugles !   Dans quelles ténèbres et dans quels dangers   S'écoule ce petit rien de la vie ! Ne vois-tu pas   Que ce que réclame le cri de la nature n'est rien d'autre   Que pour le corps l'éloignement et l'absence de la douleur, et pour l'âme   Une sensation de jouissance, délivrée de souci et de terreur ?   Nous voyons donc que pour la nature du corps bien peu de choses   Sont nécessaires pour enlever la douleur   Et faire aussi le... [Lire la suite]